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Nouveau souffle pour les énergies marines

Planète \Energies \Energies renouvelables

Publié le 03-06-2010



Développées outre-manche, les filières d'énergies marines commencent à émerger en France. L'Hexagone, qui bénéficie d'un potentiel exceptionnel, se lance à son tour dans la course à l'innovation. Objectif : développer 6 000 mégawatts de production d'énergie d'ici 2020.

A l’occasion des journées de la mer, organisées du 4 au 8 juin sur le territoire, et de la journée mondiale des océans, le 8 juin, le ministère de l’écologie veut rappeler les engagements pris récemment pour développer les énergies renouvelables marines, domaine dans lequel la France accuse un certain retard malgré sa situation privilégiée. Selon l'Ifremer, à l'horizon 2020, 7,7 % des progrès français de production d’énergie renouvelable pourraient être issus des énergies marines. Le Grenelle de la mer a également fixé un objectif de 6 000 mégawatts de production d'énergie à partir des sources renouvelables maritimes en 2020. Eolien off-shore, énergie des vagues, hydroélectricité, le potentiel maritime et les marées exceptionnelles dont bénéficie le pays doivent permettre de développer un « mix énergétique » d’énergies renouvelables, au moment où l’éolien sur terre est mis à mal…

Selon une étude réalisée par EDF, les gisements de courants marins exploitables sont estimés entre 10 et 12,5 GigaWatt (GW) en Europe. Un bon tiers -3 GW environ-, est disponible en France, le long des côtes de la Manche et la pointe de la Bretagne. Plusieurs industriels sont sur les rangs, dont DCNS Group, leader mondial des systèmes navals de défense. Le groupe a crée un incubateur situé à Brest, qui investit actuellement dans les quatre principales technologies du marché : hydroliennes, éoliennes flottantes, énergie des vagues et énergie thermique des mers (technique qui joue sur la différence de température entre l’eau en surface et l’eau en profondeur pour créer de l’électricité). « A l’heure actuelle, le marché n’existe pas encore, mais les projets de R & D sont là, explique Frédéric Lelidec, directeur incubateur de DCNS. La situation est comparable à celle d’Airbus dans les années 60 ! Nous savons que le potentiel existe, mais il faut rester pragmatique : nous avons besoin des premières commandes dès que la technologie sera validée ». Pour l’heure, si les éoliennes flottantes séduisent  - elles ne sont pas visibles du large et ne gênent pas la pêche-, le coût de rapatriement de l’électricité reste élevé, compte-tenu de leur éloignement. « Pour être rentable, il faut que la commande implique un certain niveau de production, poursuit Frédéric Lelidec. L’éolienne flottante est une grosse industrie ».
Après la validation technique et la période de démonstration, la période de développement commercial devrait, comme chez ses concurrents, intervenir en 2015. Le marché pourrait
atteindre plusieurs milliards d’euros par an à moyen terme.

Compétition internationale

Dans cette course à la technologie, - où Ecossais, Britanniques et Portugais sont bien placés- les porteurs de projets de la société lilloise Nenuphar proposent une solution de parcs éoliens flottants, permettant de remplacer les éoliennes offshore bétonnées dans les sols marins. Les coûts d’’investissement sont moins élevés, et la formule innove : ces éoliennes peuvent être implantées dans des profondeurs de 20 à 200 mètres, contre 15 à 30 actuellement. Un atout majeur, car il permet d’éloigner davantage les installations du large. « L’objectif est d’arriver sur le marché en 2013 », espère Charles Smadja, co-fondateur de Nenuphar, qui table sur un chiffre d’affaire de près de 100 millions d’euros d’ici à cinq ans. Pour y parvenir, le projet devra au préalable être retenu par le fond énergie marine de l’Ademe, donnant accès à la phase de démonstration du projet et permettant de faire sauter les verrous technologiques. « C’est une vitrine nécessaire pour démontrer la validité de notre technologie, souligne Charles Smadja. Beaucoup d’acteurs se positionnent au plan international sur l’éolien flottant, notamment aux Etats-Unis et en Grande –Bretagne ».
La concurrence est effectivement rude sur ce marché en pleine explosion. La compagnie pétrolière StatoilHydro a inauguré en mer du Nord la première éolienne flottante à grande échelle au monde. En France, Areva est sur les rangs avec l’entreprise norvégienne Sway et s’est également associé à Prokon Nord Energie systeme GmbH, société allemande spécialisée dans la fabrication de pales pour les turbines éoliennes offshore.

L’avenir radieux des hydroliennes ?

Sabella, l’entreprise qui a installé la première hydrolienne sous-marine française en 2008, à Bénodet, cherche quant à elle des solutions au moindre coût d’investissement, « là où les britanniques ont mis beaucoup d’argent sur la table, avec des projets très sophistiqués» souligne Jean-François Daviau, président de Sabella SAS. Là aussi, les grands industriels affluent, chacun cherchant à prendre le leadership sur cette technologie prometteuse : les hydroliennes présentent l’avantage de ne pas nuire à la faune sous-marine, ne font pas de bruit et évitent les conflits d’usage avec la pêche. La mise à l’eau du démonstrateur de Sabella est prévue pour 2011 et le tarif d’achat de 0,15 Euro/kW devrait attirer les investisseurs… Actuellement, le coût d’une turbine sous-marine de 200 kW s’élève à 600 000 euros, soit un coût comparable à celui d'une éolienne offshore.

L’acceptabilité sociale conditionne les projets

Malgré leurs atouts, les énergies marines devront pourtant franchir les obstacles de l’acceptabilité sociétale. Elles « devront montrer qu’elles s’intègrent de façon optimale dans le milieu du point de vue environnemental et qu’elles ne perturbent pas les activités anthropiques », estime l’Ademe dans son rapport de juin 2009. « Comme les autres énergies renouvelables, elles n’éviteront pas l’opposition de certains lobbies », prévoit l’agence. Sur la côte normande, le premier projet français  de «ferme éolienne»* fait actuellement l’objet d’un débat public houleux, entre élus et riverains hostiles, pêcheurs très opposés au projet, associations inquiètes s’agissant du bruit, de la pollution visuelle et des impacts sur la faune et la flore marine. La Compagnie du vent, filiale de GDF Suez, a jusqu’au 31 juillet pour les convaincre. Si le projet est accepté, la première partie du parc pourrait voir le jour en 2012 pour une mise en service en 2014.


*Le «parc éolien des Deux Côtes» s’étend de Dieppe à Abbeville (Picardie et Haute-Normandie)

Véronique Smée
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