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Longtemps réduite à la portion congrue, la filière française du solaire photovoltaïque commence enfin à prendre de l’ampleur. Limitée à 7 MW en 2005, la capacité de production annuelle des panneaux installés est aujourd’hui estimée à 175 MW (une multiplication par 2,5 en 2008) et devrait fortement se développer dans les années à venir. Certes, l’association professionnelle de l’énergie solaire, Enerplan, reconnaît que la croissance de l’année 2009 devrait être ralentie du fait de la crise économique mais « les incitations fiscales devraient toutefois permettre une croissance de la filière », estime son président André Joffre. Dans un rapport sur l’état de la filière photovoltaïque en France, publié en mars, PricewaterhouseCoopers table même sur une croissance de 200 à 300 MW de la capacité installée en 2009, soit une hausse de 100 à 200 % par rapport à 2008. « Depuis le début de l’année, on observe un léger tassement de la croissance des demandes individuelles, sans doute lié à la crise mais, d’un autre côté on note une explosion des dossiers de la partie professionnels », assure Benjamin Cros, senior manager en charge de l’énergie pour le pôle conseil en stratégie de PricewaterhouseCoopers. Selon le cabinet, la dynamique de croissance devrait d’ailleurs se poursuivre jusqu’en 2010/2012. Au-delà, les experts se rejoignent sur le fait que les prévisions du Grenelle paraissent déjà en deçà des réalités. Reste à savoir dans quelle mesure. Le 15 mai, le ministre de l’écologie, Jean Louis Borloo annonçait « une multiplication par 400 » de la production d’ici 2020. Alors que le Grenelle se fixait 5,4 GW cumulés à horizon 2020 (soit 1 % de la demande d’électricité du pays), l’agence internationale de l’énergie avance elle le chiffre de 18 GW et Enerplan 13,4 GW, « rien qu’en se basant sur le potentiel du bâtiment neuf et de la rénovation de l’existant en France métropolitaine ». Un objectif atteignable à condition toutefois qu’il y ait une pénétration prioritaire du photovoltaïque dans le neuf, qui devrait alors passer de 4% des constructions en 2009 à 70% en 2020, ainsi qu’une utilisation du photovoltaïque dans 2% des bâtiments rénovés...Quant aux parcs solaires, malgré le lancement, le 15 mai, de l’appel d’offre pour la création d’au moins une centrale solaire par région française (avec une puissance cumulée de 300 MW pour un investissement de 1,5 Md€), ils pourraient être un relais de croissance à court terme avec la multiplication du parc par 5, mais leur potentiel final devrait rester limité, selon les analystes. D’ailleurs, comme le rappelle André Joffre, « le photovoltaïque doit être au plus près de la consommation pour avoir une performance optimale. Il y a donc intérêt à le développer davantage en milieu urbain. » Incertitudes En matière de prospective, PricewaterhouseCoopers préfère se montrer prudent et se refuse pour le moment à donner un chiffre sur la production d’ici 10 ans. Car si la France a de nombreux atouts, notamment en matière d’ensoleillement, une grande part d’incertitude demeure quant à l’avenir de la filière après 2012. A cette date en effet, le secteur, en grande partie dépendant de la politique gouvernementale, devra faire face à une baisse des tarifs de rachat de l’électricité photovoltaïque. Des tarifs qui sont aujourd’hui particulièrement attractifs pour les particuliers puisque compris entre 0,32 (pour une installation en superposition) et 0,60 € (quand il est intégré au bâti), soit 3 à 5 fois le tarif de base Edf. Mais la parité réseau (1) pourrait être atteinte dès 2015/2020. Toutefois, Benjamin Cros se montre confiant : « nous pouvons imaginer un scénario à l’allemande où le gouvernement a très bien négocié le développement de la filière. Même si la baisse des tarifs de rachat a eu un effet de ralentissement sur la croissance, la politique volontariste menée depuis dix ans a permis d’installer 5 GW. » Développer la filière Pour rattraper son voisin européen, en plus de la question du soutien gouvernemental, la France devra quand même surmonter quelques problèmes. Aujourd’hui par exemple la filière souffre d’une grande disparité dans la qualité des prestations d’installation/exploitation proposées par près de 180 entreprises. Se pose également la question du stockage et du transport de l’électricité et, tout simplement, de l’accessibilité au réseau : aujourd’hui près de la moitié du parc installé n’est toujours pas raccordée au réseau (voir article lié)…Reste donc à savoir quelle sera la teneur des mesures de simplification des procédures liant Edf aux producteurs, entreprises et particuliers, annoncées le 15 mai.
Le marché du solaire thermique
A côté du photovoltaïque, le thermique fait office de « parent pauvre du solaire », regrette le président d’Enerplan, André Joffre, qui vante pourtant ses « très bonnes performances énergétiques ». Aujourd’hui, le parc cumulé français est estimé à 1,87 million de m2 soit 1314 MWth ce qui a permis de réaliser un chiffre d’affaires proche de 400 millions d’euros. Si la France se hisse dans le top 5 des pays européens en la matière, elle est pourtant très à la traine par rapport à l’Allemagne qui dépasse les 2,5 millions de m2 (+121%), et même l’Espagne (445 000 m2). Enerplan se veut toutefois optimiste : selon ses prévisions, en 2020, le parc cumulé pourrait représenter plus de 21 millions de m2. Cela permettrait d’alimenter près de 7 millions de logements équipés d’un système solaire thermique produisant l’équivalent de 14 GWth. Une performance qui devrait être assurée par le renforcement de la règlementation thermique en 2012.
De plus, alors que la partie aval est particulièrement atomisée, le marché français du photovoltaïque est pénalisé par une filière amont quasi inexistante. Pour l’heure, une seule entreprise française, Photowatt, intègre toutes les étapes en amont, c'est-à-dire de la fabrication du silicium au panneau. Et elle ne produit que 60 MW, dont une grande partie liée à l’exportation. Résultat : la majeure partie de la croissance profite aux industries allemande (pour l’individuel), chinoise (pour les parcs) et japonaise. Après l’échec de SilPro (projet de reconversion d’un site du groupe pétrochimique Arkéma en usine de production de silicium et de panneaux), la France pourrait se tourner vers d’autres technologies d’avenir comme celle des « couches minces », préconise PricewaterhouseCoopers. Pour l’y aider en tous cas, le ministre a d’ores et déjà annoncé un budget de 130 millions d’euros dédié à la recherche et l’innovation dans la filière photovoltaïque pour les trois ans à venir. (1) moment à partir duquel l'électricité produite par une installation photovoltaïque peut être proposée au même prix que l'électricité conventionnelle
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