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Depuis les côtes, on ne voit rien. Et on n’entend rien. Norddeich, village balnéaire de la mer du nord, vaque à ses occupations habituelles, la pêche et les touristes venus visiter l’immense parc naturel de la Wattenmeer. Et pourtant, au large des côtes se trouve le plus grand parc d’éoliennes du pays, 12 turbines d’une puissance de 5 Megawatts chacune, destinées à fournir de l’électricité à 50 000 habitations. Areva a construit six de ces éoliennes, l’entreprise allemande Repower Systems les six autres – à 30 mètres de profondeur. « Alpha Ventus symbolise le nouveau monde de l’électricité – et les problèmes qui doivent être encore résolus avant de pouvoir achever le tournant vers les énergies renouvelables », commente le quotidien Frankfurter Rundschau. Avec une part de 17% dans la fourniture nationale d’électricité, les énergies renouvelables, et en tout premier lieu l’éolien terrestre, ont déjà fortement amorcé ce tournant énergétique. Le projet Alpha Ventus a quand à lui demandé 10 ans et 250 millions d’euros au consortium formé par les groupes énergétiques Eon, EWE et Vattenfall. L’Etat allemand a complété avec une enveloppe de 50 millions d’euros.
Investissements dans la recherche Au Ministère de l’environnement (BMU) à Berlin, on fait savoir que l’énergie éolienne offshore figure parmi les priorités de recherche. « Pour la seule année 2008, notre Ministère a soutenu 22 projets concernant l’éolien offshore à hauteur de 33,7 millions d’euros », indique un porte-parole du BMU. « Depuis 2001, ce sont 137 projets de recherche dans l¿éolien offshore qui ont bénéficié de notre soutien, pour un montant total s¿élevant à 122 millions d¿euros ». En ce qui concerne le site Alpha Ventus, un centre de recherche a été spécialement créée, le RAVE (« Research at Alpha Ventus »). Doté d’un budget global de 50 millions d’euros sur cinq ans, le centre est destiné à regrouper l’ensemble des recherches menées autour du site, tant sur des aspects techniques (les mesures et analyses des propriétés du vent par exemple) que sur les impacts environnementaux du parc offshore. Des critiques ont en effet été émises par certaines organisations environnementales lors de la construction du parc, pointant tout particulièrement du doigt la forte pollution sonore en milieux sous-marins. Elles déplorent l’absence de solutions techniques permettant d’amortir le bruit lors de la construction des fondements des éoliennes.
Loin d’être purement académique, ce projet entend au contraire donner le départ à l’exploitation industrielle de l’éolienne offshore en Allemagne. L’Agence aux énergies renouvelables (AEE) précise que la construction d’une vingtaine de parcs à éoliennes totalisant une puissance de 20,000 Megawatts a déjà été autorisée par les autorités administratives. Environ une douzaine supplémentaire sont en voie d’obtenir également le feux vert. « Le vent souffle bien plus fort en mer que sur terre. Le rendement d’une éolienne offshore est d’environ 40% plus grand qu’onshore », relève-t-on au siège de l’agence à Berlin. Si l’éolien offshore se développe comme prévu, il devrait fournir près de 10,000 Megawatts d’ici 2020, soit couvrir 6,2% de la fourniture en électricité du pays. Illusion ? « Les perspectives commerciales pour le marché de l’éolien sont superbes », déclare Andreas Nauen, PDG de Business Unit Wind Power, la filiale éolienne de Siemens. « Le marché mondial va atteindre les 200 milliards d’euros d’ici 2030, contre 30 milliards aujourd’hui. Nous nous attendons notamment à de fortes croissances dans la région Asie/Pacifique, sans oublier le marché nord-américain et européen ». La filiale éolienne de Siemens investit dans la recherche de nouvelles technologies en milieux marins. Elle s’est ainsi associée à StatoilHydro dans la conception d’un parc d’éoliennes flottantes avec des installations oscillant entre 120 et 700 mètres de profondeur (voir article lié), le parc Hywind.
Projet de supergrid européen
Le projet d’étude « OffshoreGrid » issu du programme « Intelligent Energy Europe » entend également montrer tout le dynamisme de l’industrie européenne de l’éolien offshore : de la mer du nord à la mer baltique, en passant par les côtes britanniques et irlandaises, ce sont au total 43 Gigawatts d’ici 2020 qui pourront être fournis, voire 126 GW dix ans plus tard. De quoi bousculer les réseaux traditionnels des fournisseurs d’énergies, relève l’étude, si l’industrie éolienne parvient à surmonter deux obstacles majeurs : d’une part la fluctuation des vents en haute mer, d’autre part la fourniture de clients habitant loin des côtes. La construction d’un « supergrid » - réseau sous-marin- européen est une solution privilégiée par Bruxelles. Elle permettrait de pallier aux périodes de « blackout », et de partager les coûts d’opération. Avec Alpha Ventus, l’Allemagne se donne les moyens d’occuper une place centrale dans ce grand projet européen…
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