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En 2010 au plus tard, 21 % de l’électricité française devra être produite par le biais des énergies renouvelables, selon la directive européenne du 27 septembre 2001 relative à la promotion de l’électricité à partir de sources d’énergie renouvelables. Pour l’heure, nous en sommes en France à 15 %. Le ministère de l’Industrie rappelait en juillet 2003 que « la filière éolienne doit assurer l'essentiel de la croissance du parc de production d'électricité d'origine renouvelable avec une puissance à installer de 2 000 à 6 000 mégawatts (MW), dont 500 à 1 500 MW par des centrales éoliennes en mer ». La France présente d’ailleurs le second potentiel européen de production d’électricité à partir de centrales éoliennes installées au large des côtes.
Pour atteindre ces objectifs, le ministère de l’Industrie, a décidé de procéder à un appels d’offres pour des centrales éoliennes en mer d’une puissance totale cumulée de 500 MW. Chaque centrale ne pourra avoir une puissance supérieure à 150 MW et ce, afin de favoriser un équilibre des centrales tout au long du littoral français.
L’échéance est courte puisque l’installation devra s’effectuer d’ici au 1er janvier 2007. Les opérateurs candidats – Total-Fina-Elf, Eole Res par exemple - devront déposer leur projet auprès de la commission de régulation d’énergie (CRE) au plus tard le 13 août 2004. La CRE disposera alors de six mois pour évaluer les dossiers et remettre ses conclusions au ministre de l’Industrie qui prendra la décision finale sur le choix du ou des opérateurs retenus.
Ceux-ci doivent répondre à quatre critères principaux : le prix, la capacité technique et financière du contrat, les caractéristiques environnementales du projet, la gestion des conflits d’usages, liés à la plaisance, la pêche ou la navigation commerciale. Ce dernier point est sans doute le plus sensible. « En mer plus qu’à terre, il faut gérer les conflits d’usages. Nous sommes en effet sur le domaine public maritime », rappelle Christophe Jurczak, chargé du bureau des énergies renouvelables et des techniques nouvelles à la Direction générale de l’énergie et des matières premières (DGEMP).
Régler les conflits d’usages
Au niveau local, les pêcheurs font déjà entendre leur voix. Des projets qui étaient dans les cartons n’ont pas tardé à émerger à l’occasion de l’appel d’offres. Plusieurs sites sont ainsi envisagés par les opérateurs face au Havre, au large de Dieppe et de Boulogne sur Mer, dans le Finistère, etc. « Sur tous les littoraux, les opérateurs essayent de trouver des sites où placer les éoliennes en mer. Or, cela représente entre 30 et 50 kilomètres carrés qui seront « perdus » pour la pêche. Cela peut sembler infime mais, ce faisant, on condamne une partie de la pêche côtière, très structurante pour le tissu socio-économique. Et cela, dans un contexte réglementaire toujours plus contraignant », dénonce Jean-Charles Fournier, chargé de mission au comité national des pêches maritimes.
La société Eole Res a, par exemple, défini un site à l’ouest du Cotentin (Manche). « Nous occupons très peu de place mais il est vrai que tout mètre carré compte pour tout le monde. D’autant que la mer présente bien des avantages. Le vent est plus fort, plus régulier. Nous pouvons y transporter des éoliennes de plus grande taille [Ndlr, des machines de 90 mètres de hauteur avec des pales de 100 mètres de diamètre] et, par conséquent, disposer de parcs en production plus significatifs qu’à terre », souligne Bertrand Peuchot, responsable d’Eole Res. « Nous discutons avec tous les acteurs concernés, tous les usagers de la mer. C’est un processus intéressant et nécessaire pour la réussite du projet ».
Les discussions sont engagées de tous côtés, principalement entre le syndicat des énergies renouvelables et le comité national des pêches maritimes. Et les pêcheurs se défendent de stigmatiser l’énergie éolienne, ni d’avoir des visées corporatistes. Mais le syndrome du « not in my backyard » - « pas dans mon jardin » - n’est pas bien loin : « Nous sommes d’accord pour promouvoir les énergies renouvelables mais, dans la mesure des possibilités, nous pensons qu’il est préférable de privilégier les éoliennes de terre », estime ainsi Jean-Charles Fournier.
La question du prix
Autre pierre d’achoppement dans l’appel d’offres, cette fois-ci entre les opérateurs et le gouvernement : le prix. Selon Antoine Saglio, du syndicat des énergies renouvelables, « actuellement, le critère n°1 c’est le prix. Si vous proposez le prix le plus bas, vous remportez l’appel d’offres. De plus, il est demandé, sur vingt ans, un prix en euros par megawattheure qui ne varie absolument pas. Or, la technologie n’a jamais été utilisée en France et les risques de dépassement sont inévitables ».
Bertrand Peuchot, Eole Res, reconnaît également qu’il « est difficile de fixer un prix de manière fine car les critères sont nombreux et le changement d’un seul de ces critères peut avoir un impact majeur sur le prix du kilowattheure ». Autant de questions que devront régler les opérateurs d’ici au 13 août prochain, date butoir pour la remise des dossiers auprès de la commission de régulation d’énergie.
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