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En 2005, les énergies renouvelables ont enfin progressé en France

Sous l'effet conjugué du renchérissement des sources d'énergies fossiles et d'une prise de conscience croissante des enjeux climatiques, 2005 a été l'année de l'entrée dans le développement des énergies renouvelables. Un résultat encourageant même s'il ne permettra pas forcément de tenir, d'ici 2010, l'objectif de 21% d'électricité issue des énergies renouvelables.

L'Ademe vient de publier un bilan des différentes filières d'énergies renouvelables et les résultats sont spectaculaires : une progression de 140% pour le nombre de Mégawatt (MW) d'origine éolienne installés en un an et une vente de chaudière à bois qui a plus que doublé. Face à l'engagement de stabiliser ses émissions de gaz à effet de serre (GES) d'ici 2010 et à sa volonté de les diviser par 4 d'ici 2050, il semblerait que la France soit sur le chemin des énergies renouvelables et de la maîtrise d'énergie.

Un nouveau site pour l'Ademe
En cohérence avec l'augmentation des chiffres sur les énergies renouvelables, les demandes de renseignements auprès de l'Ademe ont aussi considérablement augmenté. Plus d'1,5 millions de visiteurs ont fréquenté ses centres de renseignements et le nombre de visiteurs quotidiens du site Internet a été multiplié par 5 en trois ans pour atteindre les 25 000. Face à cette demande, l'Ademe a décidé se refondre entièrement son site : ademe.fr. Il a fallu deux ans de travail pour en arriver à un site qui soit plus lisible pour ses utilisateurs. L'objectif est de porter à la connaissance du public tout le savoir accumulé par l'agence dont le personnel est mobilisé pour assurer l'actualisation régulière du site.
Concernant la filière bois, il s'est vendu 20 000 chaudières individuelles, en 2005, contre 8 000 en 2004. "Cet envol de la filière bois-énergie s'explique à la fois par l'augmentation du prix du fuel et la mise en place du crédit d'impôt dont bénéficient les particuliers pour ce type d'installations," explique Françoise Jouet, du Syndicat des énergies renouvelables. Les explications sont les mêmes concernant la production d'eau chaude sanitaire individuelle au moyen de chauffe-eau solaire. On est passé de 60 000 m2 de panneaux solaires thermiques, en 2004, à 100 000 m2 en 2005. Par contre la filière photovoltaïque auprès des particuliers n'a pas progressé. Face à la mise en place du crédit d'impôt dans le cadre de la Loi de finance, l'Ademe a supprimé la subvention qu'elle accordait auparavant, rendant à nouveau ce type d'installation peu attractive.

Indéniablement, le renchérissement des sources d'énergies fossiles et l'opportunité de défiscalisation ont profité aux filières d'énergies renouvelables. Mais pour Françoise Jouet cette évolution s'inscrit dans un contexte plus général : "La prise en compte par la communauté scientifique dans son ensemble que le réchauffement climatique est lié à l'activité humaine et la prise de conscience géopolitique par les citoyens que le pétrole se raréfie et qu'il se trouve dans des pays dangereux favorisent cette croissance."
Il faut noter également l'implication des collectivités locales dans le développement des énergies renouvelables que ce soit par les aides individuelles attribuées aux particuliers, les aides à la mise en place de chauffage collectif solaire, par exemple, ou la mise en place de sites de production d'énergie. Chambéry, première ville photovoltaïque de France, a ainsi remporté le championnat des communes impliquées dans les énergies renouvelables, catégorie plus de 50 000 habitants, organisé par le CLER (Comité de Liaison des Energies Renouvealbles)

Si la croissance des filières d'énergies renouvelables est spectaculaire en 2005, c'est aussi parce que la France partait de très bas, notamment en ce qui concerne l'électricité produite à partir d'énergies renouvelables. Moins d'une dizaine de Mégawatt (MW) sont issus du solaire photovoltaïque en France contre des centaines en Allemagne. Côté énergie éolienne, dont la puissance installée a augmenté de plus de 500%, entre 2002 et 2005, il faut reconnaître qu'on atteint 745 MW contre près de 20 000 en Allemagne. Si l'on rapporte le nombre de watt/heure issu de l'éolien par habitant, nous sommes très loin du Danemark, premier en Europe dans ce domaine avec 6 W/h par habitant. "C'est vrai, on partait de très bas par rapport à nos voisins européens. Ces chiffres sont encourageants mais en l'état on n'atteindra pas l'objectif de 21% d'électricité issue des énergies renouvelables d'ici 2010, peut-être en 2012," rappelle Françoise Jouet.

Hélène Gassin de Greenpeace France et membre de l'association Négawatt déplore cet état de fait qui ne permettra pas d'atteindre l'objectif fixé en 2010 alors que techniquement c'est possible. "Si, du ministère à la préfecture, on ne veut pas atteindre les 21%, on ne les atteindra pas. La priorité gouvernementale aujourd'hui c'est l'EPR, pas les énergies renouvelables," explique-t-elle en tempèrant fortement la croissance des filières d'énergies renouvelables : "Quand on part de très très bas, il n'y a pas de surprise à avoir une croissance à 2 ou 3 chiffres, mais il n'y a pas place à l'autosatisfaction. Il n'y a toujours pas de volonté politique réelle pour le développement des énergies renouvelables. Pour preuve, on continue de rogner le budget de l'Ademe par exemple. Pourtant on sait désormais que le succès des énergies renouvelables ne dépend pas du climat… ou alors du climat politique."

Christophe Brunella
Mis en ligne le : 03/02/2006
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