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Entièrement mis sur pied par la grande industrie allemande, Desertec témoigne de l’arrivée de grands groupes industriels et financiers dans un secteur jusque-là occupé par les petites et moyennes entreprises. De quoi s’agit-il précisément ? Douze entreprises, principalement allemandes, se sont réunies en un consortium baptisé Desertec. Ce projet de 400 milliards d'euros vise à construire d’immenses centrales solaires thermiques dans le Nord de l’Afrique et de les relier aux réseaux électriques des pays européens et du Bassin Méditerranéen. Ce qui suppose également la création d’un gigantesque réseau de distribution d’électricité. Il s’agit de couvrir à terme 15% des besoins énergétiques de l'Europe et une grande partie de ceux des pays producteurs. Le 13 juillet dernier, un protocole d’accord a été signé à Munich, la création d’un bureau d’étude suivant au plus tard en octobre. Il devra d’ici trois ans présenter des plans concrets de mise en œuvre. Et si tout va bien, la première centrale pourrait voir le jour dès 2015. Parmi les entreprises fondatrices du consortium se trouvent les fleurons de l’industrie et de la finance allemande, notamment le réassureur Munich Re, qui a pris les commandes du projet, la Deutsche Bank, les géants de l’énergie E.ON et RWE ainsi que le conglomérat industriel Siemens. Des partenaires étrangers pourraient s'y joindre au cours des prochaines années. "Nous sommes très optimistes quant à la participation de l'Italie et de l'Espagne, et nous recevons aussi des signaux encourageants d'Afrique du Nord", affirme Torsten Jeworrek, président du conseil de surveillance de Munich Re et responsable du projet. Il doute en revanche d'une éventuelle participation française, car "la France continue de miser très fort sur l'énergie nucléaire". Quand deux visions industrielles s’affrontent La nouvelle du lancement de Desertec n’a pas tardé à partager le pays en deux. Si le projet a reçu un avis plus que favorable de la Chancelière Angela Merkel et du président de la Commission européenne José Manuel Barroso, la presse allemande ne manque pas de faire écho aux voix discordantes. Quid du financement ? De la sécurité des installations dans des pays qualifiés de « politiquement instables » ? Et de la main-mise de grands groupes industriels sur un secteur qui a été conçu précisément dans un esprit décentralisateur ? « De quoi aurait l’air notre structure économique si toute la production des PME était remplacée par celle des grandes entreprises, parce qu’elles sont dans la capacité de réduire les coûts de production grâce à une production en masse ? » s’interroge Herman Scheer, député social-démocrate, président d’Eurosolar et du Conseil mondial des énergies renouvelables. A la pointe des opposants au projet Desertec, Herman Scheer se fait l’ardent défenseur d’une production en énergie décentralisée, et souligne le danger de voir un monopole s’installer dans le secteur solaire à l’image de ce qui s’est produit avec les centrales atomiques et au charbon.
Siemens ou la reconversion
Desertec vient à point nommé pour le conglomérat industriel encore embourbé dans ses affaires de corruptions. Avec de surcroît des chiffres d’affaires en perte de vitesse, Siemens voit les technologies vertes comme un moyen de sortir de l’impasse. D’ici 2010 à 2012, Siemens table sur des entrées de commandes de près de 15 milliards d'euros dans le cadre des plans de relance gouvernementaux annoncés à travers le monde. Les technologies vertes devraient alors représenter 40% de ces commandes, soit près de 6 milliards d'euros.
Il faut rappeler à ce stade que la loi sur les énergies renouvelables (EEG), à l’origine de la véritable envolée des énergies renouvelables en Allemagne, fut d’abord conçue pour précisément remplir cette vision « décentraliste ». C’est pourquoi les pères fondateurs, en l’occurrence la coalition rouge-vert (SPD-Grüne), ont préféré investir dans des modules photovoltaïques installées sur les toits allemands que dans de grandes centrales dans le Sud de l'Espagne. La moitié de toutes les subventions destinées aux énergies renouvelables a été investie dans le photovoltaïque ces dix dernières années, un cinquième dans l'énergie solaire et seulement un dixième dans le solaire thermique.
Aussi n’est-il guère surprenant de constater que le secteur solaire allemand se trouve fortement marqué par des PME familiales, qui peuvent être cotées en bourse, mais dont les membres se partagent les commandes à la direction et au conseil de surveillance. Certaines d’entre elles restent fidèles à une culture d’entreprises écologiques, où les salariés sont également propriétaires de l’entreprise, comme c’est le cas de Wagner & Co. Ce qui explique l’accueil plus que réservé de Dietmar Schütz, président de la Fédération nationale des énergies renouvelables (BEE) qui compte 30 000 membres, dont une immense majorité de PME : « Les PME sont les garants de l’innovation technique dans le secteur des énergies renouvelables. Un projet comme Desertec montre avant tout que nous disposons d’énergies renouvelables en abondance. Nous devons simplement la raccorder aux réseaux. D’abord en Allemagne, ensuite pour le reste du monde. »
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