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Pensez-vous que les propositions du livre vert de l'Union Européenne pour une politique énergétique commune vont servir le développement des énergies renouvelables ? Jean-Louis Bal : Le livre vert témoigne, pour la première fois, d'une vraie réflexion et volonté d'une politique européenne commune de l'énergie. C'est un grand progrès de poser ce besoin fondamental, car pour résoudre les problèmes d'approvisionnement en énergies fossiles comme pour agir sur le changement climatique, cela ne peut se faire que de manière globale. En revanche, le bémol c'est que ce Livre vert n'est pas précis et il est plutôt un recueil de bonnes intentions. C'est une base de négociation. Quand on le lit, on reste sur sa faim en terme d'objectifs chiffrés, et notamment sur les énergies renouvelables. Le seul chiffre donné dans le livre est celui de la réduction de la consommation d'énergie, qui devrait être de 20 % en 2020, mais là aussi, pas de précision sur la manière d'atteindre cet objectif ! Il va donc falloir définir ces modalités à 25...le travail est encore long.
L'enjeu de " compétitivité " que le Livre vert juxtapose avec le " développement durable " et la " sécurité " est-il compatible avec le développement des énergies propres ? J-L B. : L'Union européenne est dans son ensemble en avance sur les questions environnementales, comparée à d'autres régions du monde, que ce soit le Japon sans parler des Etats-Unis, mais il est certain que nous avons intérêt sur ce sujet à être solidaire. Car si un pays de l'Union fait moins d'effort pour l'environnement que les autres, il est clair que ses entreprises seront avantagées : il faut donc une cohérence pour aller dans le bon sens. Faire face à 25 peut s'avérer alors plus aisé, l'effort financier initial sera un argument de compétitivité très rapidement, puisque l'efficacité énergétique comme les énergies propres "coûtent" moins cher sur le long terme.
Le Livre vert fait état d'objectifs à l'horizon 2020 pour les énergies renouvelables, et évoque des aides pour atteindre les objectifs déjà fixés pour 2010, que vous estimez inatteignables. J-L B. : L'Union européenne dit qu'il faut fixer des objectifs pour 2020, sans les préciser, et évoque en effet la nécessité d'accompagner les politiques menant au respect des objectifs de 2010. Or, grâce au Baromètre européen des énergie renouvelables, qui livre la part des énergies renouvelables, par filière, à la fin 2004, on se rend bien compte que pour le moment la plupart des pays européens ne sont pas sur la tendance qui permettrait d'atteindre les objectifs de 2010 pour les sources d'énergie primaire. Seuls 5 pays (Lituanie, Suède, Finlande, Autriche, Portugal) ont atteint ou dépassé la barre des 12 % dans leur bilan énergétique national. Parmi les 20 autres pays européens, 14 sont en deçà du seuil des 5 % et 7 sous celui des 2 %. Même en prenant des bonnes décisions, quatre ans ne suffiront pas pour leur mise en œuvre ni pour récolter les bénéfices de ces projets. C'est le cas de la France où de bonnes décisions ont été prises, mais elles portent leurs fruits depuis trop peu de temps, sauf sur les bio-carburants. Cela étant, même si on ne va pas atteindre les objectifs de 2010, regarder vers 2020 permet d'être sur la bonne tendance et de fixer des objectifs réalistes et volontaires dès maintenant.
Ce cinquième Baromètre européen des énergies renouvelables a, pour la première fois, intégré des données provenant des dix nouveaux pays membres. Quels enseignements en tirez-vous ? J-L B. : On ne connaît pas encore très bien ces pays, nous savons seulement qu'ils ne pèsent pas aussi lourd que les 15 autres en terme énergétique, au vu de leur niveau de développement, et que ce ne sont pas des pays où existe déjà une politique dynamique en faveur des énergies renouvelables. Ils risquent de nous "plomber" plutôt que de nous stimuler, car ce sont des pays où la croissance de la consommation d'énergie va être forte sans forcément s'accompagner de politiques "durables." On peut envisager cette situation comme une opportunité, dans la mesure où ces pays ont encore une grande partie de leur système énergétique à construire, pour les aider à travailler sur l'efficacité énergétique, sur la sobriété et les énergies propres. En cela, les nouveaux pays entrants représentent l'un des véritables enjeux du Livre vert.
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