Ministère allemand de l'Economie et des Finances
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Un intense débat a opposé, ces dernières semaines, partisans et adversaires d'une nouvelle politique énergétique en Allemagne. Au pouvoir depuis 1998, l'actuelle coalition gouvernementale, réunissant sociaux-démocrates et verts, a fait du développement des énergies renouvelables la clef de voûte de sa politique énergétique. Or, la victoire de Wolfgang Clement, ministre social-démocrate de l'économie, grand pourfendeur des instruments de contrôle écologique, sur Jürgen Trittin, ministre vert de l'environnement, dans la dispute sur les droits d'émission de gaz à effet de serre (GES) suscite l'inquiétude aussi bien des ONG que des sociaux-démocrates et des verts.
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« Un compromis ? C'est une défaite », s'insurge Sven Teske, responsable de la question énergétique chez Greenpeace. « L'intransigeance du ministre de l'économie Clement entache sérieusement la crédibilité de la politique climatique de l'Allemagne. » De fait, le compromis conclu dans le cadre du plan allouant à l'industrie nationale les droits d'émission prévoit un plafond de 503 millions de tonnes d'ici 2017 et de 495 millions d'ici 2012 - l'Allemagne émettant actuellement 505 millions de tonnes de dioxyde de carbone. Des chiffres à comparer avec le plan initial du ministre de l'environnement qui prévoyait respectivement un plafond de 488 et 480 millions de tonnes. La contribution plus faible que prévue de l'industrie allemande dans la réduction des GES signifie que l'industrie des transports et les ménages devront participer à la réduction des gaz à effet de serre, un aspect qui n'avait pas été jusque-là considéré.
Pour Regine Günther, chargée de la question climatique à la WWF, le gouvernement a tout simplement capitulé devant le lobby industriel. « Le gouvernement a de facto castré la politique climatique. Les programmes ambitieux mis en place pour lutter contre les changements climatiques sont tout simplement perdus, » regrette-elle. Elle dénonce le double langage de l'industrie allemande qui, contrairement à ses engagements affichés pour le développement durable, n'a eu de cesse de combattre l'instrument mis en place par l'Union européenne, « l'instrument pour la protection climatique le plus efficace et le moins onéreux jamais mise en place par l'Union ». Et ajoute : « Wolfgang Clement se fait l'avocat d'une industrie digne du 19ème siècle, » tout en relevant que le ministre de l'économie fut en son temps ministre-président de la Rhénanie du nord-Westphalie, un Länder où se concentrent les principaux parcs à charbon du pays.
Ambiance délétère au gouvernement... et dans l'opinion publique
La question de la détermination du seuil d'émissions autorisées n'est pas le seul point de discorde opposant les deux ministères. L'opposition du ministre de l'économie au plan d'allocation nationale s'est accompagnée de propos mettant radicalement en cause le programme de renouvellement énergétique progressivement installé par le gouvernement après que celui-ci ait négocié le retrait progressif du nucléaire. L'écotaxe, ainsi que les différents programmes et législations instaurés pour promouvoir les énergies renouvelables se sont trouvés dans la ligne de mire du ministre de l'économie au nom de la rentabilité économique et de la protection des emplois dans l'industrie. Des propos qui ont provoqué l'incompréhension des membres du gouvernement comme des organisations environnementales.
Une incompréhension d'autant plus grande que l'expansion des énergies renouvelables a permis la création de nouveaux emplois. Selon l'Agence fédérale de l'environnement (Umweltbundesamt), près de 350 000 emplois ont été crées dans le sillon des nouvelles énergies et de l'écotaxe. Et le pays peut afficher de bons résultats en matière de politique climatique : selon le ministère de l'environnement, les énergies renouvelables ont fourni 7,9% de l'électricité consommée et 3,1% de l'énergie consommée permettant une réduction de 53 millions de tonnes de dioxyde de carbone en 2003. L'énergie éolienne est en augmentation de 17% pour atteindre 18,5 milliards de kilowattheures contre 4,49 milliards de KW/h en 1998. Enfin, en dépit des tensions avec le ministère de l'économie, le Bundestag -le parlement allemand- vient d'adopter la nouvelle version de la loi sur les énergies renouvelables qui prévoit d'accroître leur part à hauteur de 20% en 2020.
L'intransigeance du ministre de l'économie et sa remise en cause de la nouvelle politique énergétique du gouvernement n'a cependant pas manqué de creuser la division entre partisans et adversaires de la conciliation entre l'économie et l'écologie, pour reprendre les termes du débat en Allemagne. Outre les réactions sévères des organisations environnementales et altermondialistes, attendus, le récent éclat dans la rédaction du Spiegel, l'un des principaux magazines allemands, reflète bien mieux encore l'âpreté du débat dans l'opinion publique. Une des têtes de pont de l'hebdomadaire vedette a claqué la porte suite à la parution d'un dossier sur les parcs à éoliennes en Allemagne. Ce dossier, qui figurait à la une, se distinguait par une critique très sévère de l'industrie éolienne. Subventions excessives, mauvaise gestion pouvant déraper sur des malversations financières... Certains ont estimé que le dossier pêchait par sa partialité. Aux accusations de « propagande », de « désinformation » ou encore de « défense d'intérêts personnels », la rédaction a opposé un ferme démenti. La tenue de la conférence internationale sur les énergies renouvelables en juin à Bonn et le prestige qui ne manquera pas de l'accompagner contribuera peut-être à rendre le débat plus neutre.
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