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Recycler du plastique en essence : oui, mais sous certaines conditions

Aidé par son mari, lui aussi chimiste, le professeur Alka Zadgaonkar aurait réussi à produire de l'essence en chauffant des plastiques à 800 degrés et en y adjoignant du charbon et un produit tenu secret. Soutenue par les pouvoirs publics du pays, la compagnie pétrolière Indian Oil Corporation réfléchit à la possibilité de créer une raffinerie adaptée à ce traitement. La difficulté consiste à parvenir à mettre au point un procédé stable à dimension industrielle, mais aussi, en parallèle, à créer une filière de collecte et de traitement des plastiques.

En chimie, les produits plastiques et pétroliers présentent des liens de parenté, puisque tous font partie de la famille des hydrocarbures. Seule différence : la chaîne de molécules qui constitue les matières plastiques est plus longue. Directrice du laboratoire « Raisoni college of engineering », la chercheuse indienne Alka Zadgaonkar planchait, depuis 1995, sur la façon de recomposer cette chaîne afin de transformer le plastique en essence.

Des tonnes de plastiques inutilisées

L'enjeu est important, puisque l’ensemble des pays de la planète produirait quelque 150 millions de tonnes de plastiques par an (dont 9 000 tonnes environ en Inde). Avec cette matière première aujourd’hui inutilisée, Alka Zadgaonkar serait donc parvenue à produire, à partir d’un kilo de plastique, un kilo de matières énergétiques dans les proportions suivantes : 80 % de carburant liquide (essence, gazole), 15 % de gaz et 5 % de résidus de charbon (coke). Cette matière nécessite ensuite une phase de raffinage pour être exploitable par les moteurs automobiles. La firme Indian Oil Corporation, qui a testé ce procédé désormais protégé par un brevet, devrait construire prochainement une installation « pilote » à Nagpur. La chercheuse estime que si la moitié des déchets plastiques de l’Inde étaient recyclés (soit 4 500 tonnes), cela représenterait une production de 2,5 millions de litres d'essence par jour. Le tout pour un coût total de production estimé à 20 centimes d’euro par litre, en tenant compte de tous les frais.

Du laboratoire à l’usine

Informé de cette découverte voilà quelques temps par voie de presse, Jean-François Gruson, directeur adjoint aux affaires économiques à l’Institut français du pétrole (IFP), a demandé à son équipe d’éplucher le brevet en question. « Il s’agit d’un document plutôt pauvre en informations, qui décrit un appareil de laboratoire – une sorte de catalyseur – mais laisse en suspens tout un tas de questions : quels sont les bilans de matières employées, où sont les descriptions thermiques ?... Bref, je ne vois pas comment on pourrait créer une unité de raffinage à partir d’un tel brevet ». Et le responsable de pointer les multiples interrogations à prendre en compte avant de pouvoir envisager une application industrielle du procédé.

Tout d’abord, tous les plastiques ne se prêtent pas à la combustion, sous peine de générer des rejets de chlore voire de dioxine dans l’air. Tel est le cas du PVC. Ensuite, un tel processus nécessiterait une filière de collecte, de tri et de traitement au point, ce qui n’est pas le cas en Inde à l’heure actuelle. De plus, la nature des essences ainsi produites, après chauffage de matière plastique, est instable. « Si on les stocke sur la durée, ces essences peu raffinées ont tendance à se solidifier de nouveau, risquant d’encrasser les moteurs », souligne Jean-François Gruson.

Enfin, toute cette chaîne de traitement aurait évidemment un coût. La question relève donc de choix industriels, mais aussi de société : vaut-il mieux faire brûler ces plastiques, et rejeter ainsi du gaz carbonique dans l’air, renforçant le phénomène d’effet de serre ; ou bien brûler de l’énergie – et donc émettre également du CO2 -  pour produire un liquide pétrolier à partir de plastiques qui puisse servir de base à des essences évoluées ? « Ce questionnement est comparable à celui que l’on a avec les bio-carburants et en la matière, la démarche de l’entreprise Changing World Tech, aux États-Unis, me semble plus avancée, précise le responsable de l’IFP. Pour notre part, nous travaillons plus sur la façon de fabriquer des plastiques neufs à partir de matières usagées ».

Si le procédé d'Alka Zadgaonkar entrait un jour en phase industrielle, il ne représenterait de toute façon qu’une part alternative à la consommation de pétrole brut. Elle est actuellement de l’ordre de 4 milliards de tonnes par an alors que l'on évalue à  150 millions de tonnes la production mondiale de plastique.

Laurent Campagnolle (Filigrane Press)
Mis en ligne le : 22/06/2004
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