Dans un pays profondément marqué par les campagnes anti-nucléaires des années 80, où le célèbre slogan "Atomkraft? Nein Danke" (Nucléaire ? Non merci) fit la une des journaux, pour la première fois une centrale vient d'être désactivée. "C'est un bon signal qui montre que l'énergie atomique n'a plus d'avenir en Allemagne," se réjouit Jürgen Trittin, le ministre de l'environnement allemand (vert). "Il n'y a pas de quoi fêter l'événement. Nous ferons la fête une fois que la dernière centrale sera désactivée," tempère Renate Backhaus, chargée de la question du nucléaire à l'association environnementale BUND (Bund für Umwelt und Naturschutz Deutschland). "Le ministre n'a rien fait, c'est nous qui avons désactivé la centrale," s'insurge, quant à lui, Walter Hohlefelder, président du conseil de surveillance de E.on, l'exploitant de la centrale. Mais, plus de trois ans après la signature du "compromis atomique", une première centrale nucléaire a été désactivée, et une année plus tôt que prévu.
Ce compromis atomique ou "Atomkonsens", signé en juin 2000, limite la durée d'activité des centrales nucléaires à 32 ans contre 60 aux Etats-Unis. Passées ces 32 années, il est toutefois possible de continuer à fournir la quantité restante d'énergie produite. Une fois cette quantité épuisée, la centrale peut être complètement désactivée. A l'époque, le compromis fut accueilli sans grand enthousiasme de la part de l'industrie et des associations environnementales. De l'aveu même des participants, il s'agissait de trouver, avant tout, une acceptation parmi la population la plus large possible et de conserver des emplois.
La question délicate des déchets nucléaires
Le compromis prévoit également la possibilité de transférer la quantité d'énergie produite restante à d'autres centrales. C'est précisément ce qui s'est passé avec Stade et c'est un point critiqué par les associations environnementales. "L'astuce consistant à transférer la production d'énergie vers d'autres centrales fait en sorte que des centrales dangereuses peuvent continuer à fonctionner plus longtemps que prévu," critique Renate Backhaus.
Reste aussi, sous les feux nourris des associations environnementales, la question très délicate des déchets nucléaires. "Chaque centrale qui s'arrête réduit le danger d'accident atomique grave," note Susanne Ochse, spécialiste des questions nucléaires chez Greenpeace. "Mais le problème avec l'arrêt de Stade n'est pas réglé. Le réacteur nucléaire laisse un héritage fort dangereux - 550 tonnes de déchets nucléaires hautement radioactifs qui émettrons encore pendant des centaines de milliers d'années. Il n'y a pour le moment aucune possibilité d'éliminer ces déchets." Greenpeace demande que les entreprises d'exploitations nucléaires soient tenues responsables des dangers liés aux déchets nucléaires et qu'elles financent les sites de stockage.
Le problème des déchets nucléaires figure régulièrement à l'ordre du jour politique en Allemagne. Les déchets atomiques allemands sont traités à l'usine de retraitement de La Hague, mais ces déchets, une fois traités, ne peuvent y rester plus de 25 ans. Ils font donc le retour vers l'Allemagne, au site de stockage provisoire de Gorleben, en Basse-Saxe. Ces transports ferroviaires entre la France et l'Allemagne, connus outre-Rhin sous le nom de "Castor-Transport", sont la cible systématique de militants environnementaux qui n'hésitent pas à se ligoter aux rails pour empêcher la cargaison de passer.
Moins de nucléaire, plus d'énergies renouvelables
Du coté des industriels, on affirme que la centrale nucléaire de Stade aurait été désactivée même sans le Atomkonsens. En raison de la libéralisation du marché de l'énergie en Allemagne, la centrale, construite en 1972, n'était plus économiquement rentable. La décision de désactiver la centrale de Stade fut prise indépendamment du compromis atomique, affirme-t-on chez E.on, l'exploitant de la centrale nucléaire.
L'optimisme du ministre de l'environnement, cependant, ne faiblit pas. L'abandon progressif du nucléaire se fait à l'avantage des énergies renouvelables, le cheval de bataille énergétique de la coalition "rouge-verte" actuellement au pouvoir. De fait, le gouvernement a mis en place il y a trois ans un cadre législatif réglementant les subventions relatives à la construction de nouvelles installations et à la recherche dans ce domaine. Selon des chiffres fournis par le ministère de l'environnement, la production d'électricité par éolienne représente 3,5% de part de marché, soit une production de 17 milliards de Kwh par an. A l'horizon 2025-2030, l'objectif est de produire 15% de l'énergie par l'éolienne. Et d'ici 2020, il n'y aura plus de centrales nucléaires, répète-on au ministère.
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