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« Multiplier par 400 la production d’électricité d’origine solaire photovoltaïque entre 2007 et 2020.» L’objectif ambitieux, annoncé par le Ministère de l’Environnement en novembre 2008, dans le cadre du plan de développement des énergies renouvelables, sera-t-il atteint ? C’est en tout cas ce qu’espère Jean-Louis Borloo, en lançant un appel d’offre pour la construction, d’ici 2011, d’au moins une centrale solaire au sol dans chaque région française, pour une puissance cumulée maximale de 300 MW. Un projet qui devrait mobiliser 15 000 hectares de terrain. Forcément, pour les agriculteurs en difficulté économique, la tentation est grande. Quand certains opérateurs leur proposent de louer jusqu’à 10 000 euros l’hectare sur vingt ans, pour y implanter des panneaux photovoltaïques, comment refuser une telle opportunité ? Surtout quand la production agricole n’est plus rentable. De fait, le nombre d’exploitants qui se lancent dans la course au photovoltaïque ne cesse de croître. Jean Héritier, directeur de la Chambre d’agriculture de l’Aude, le constate depuis environ un an. « Ici, dans le Languedoc-Roussillon, nous sommes dans une zone très propice à ce genre de partenariats : le soleil abonde et le secteur agricole est fragilisé, en particulier la viticulture. Une multitude d’opérateurs sollicite donc les agriculteurs, et eux-mêmes prennent parfois les devants. » Et pour cause : cette diversification de leurs revenus est une aubaine en ces temps de crise. Les chambres d'agricultures, communémenent favorables à la pose de panneaux photovoltaïque sur les toits des bâtiments, sont en revanche plus divisées sur la question délicate du solaire au sol. « Nous ne pouvons trancher radicalement, être pour ou contre l’usage des terres agricoles pour le photovoltaïque. On raisonne au cas par cas. Quand certains agriculteurs nous disent « sans le photovoltaïque, je mets la clé sous la porte », ça fait forcément réfléchir. Alors, on essaie de les conseiller, de les alerter sur le type d’engagements qu’ils signent. Quelle sera la durée du contrat ? Dans quelles conditions se terminera-t-il ? Quelles sont les garanties d’assurances ? etc. » Un cadre règlementaire nécessaire Car pour l’heure, il n’existe pas vraiment de règlementation nationale en la matière. Il appartient en fait aux préfectures de signer une autorisation de construction, après avoir consulté l’avis des Directions départementales d’agricultures (DDA), des communautés de communes et des chambres consulaires. En théorie, si le terrain en question présente un bon potentiel agronomique, avec un raccord au réseau d’irrigation par exemple, le projet de ferme solaire a peu de chances d’aboutir. Mais s’il convient de raisonner au cas par cas, un cadre règlementaire serait tout de même le bienvenu. « Il faut des règles. Sur l’affectation agricole ou industrielle des terres par exemple, ou encore, sur la nécessité d’une consultation locale. » Jean Héritier est loin d’être un cas isolé. Ses homologues des départements français concernés (surtout le Sud-est de la France) partagent son avis, ainsi qu’un certain nombre d’opérateurs. David Augeix, directeur régional d’EDF Energies Nouvelles en Languedoc Roussillon, est de ceux-là. « Il manque une politique d’aménagement territorial. Quand un opérateur du photovoltaïque va prospecter des terrains labellisés AOC, je comprends que cela puisse choquer ! Mais le Ministère semble réagir puisqu’il a demandé à tous les préfets d’élaborer un schéma régional des énergies renouvelables, qui aborde notamment la question de l’usage des sol. » Effectivement, un décret en cours de rédaction prévoit que les projets de centrales solaires au sol de plus de 5000 m2 fassent l’objet, à partir de 2011, d’une étude d’impact et d’une enquête publique avant d’espérer obtenir un permis de construire spécifique. Le tarif de rachat pointé du doigt Si les opérateurs peuvent se permettre de louer les terres à prix d’or (entre 2 000 et 4 000 euros l’hectare pour la plupart), c’est en grande partie grâce à un prix de rachat obligatoire par EDF (0,32 €/kWh) bien supérieur au coût de revient des installations. Jean-Louis Bal, directeur des énergies renouvelables à l’ADEME observe l’évolution du marché depuis l’instauration de cette obligation de rachat en 2006. « Les deux premières années, la rentabilité du photovoltaïque au sol était trop faible pour susciter un tel engouement pour la location des terres. Mais le coût des installations photovoltaïques a fortement chuté depuis un an. Il faudrait donc logiquement que le prix de rachat de l'électricité diminue à son tour. Bien sûr, il faudra réduire ce tarif progressivement, pour que les industriels ne soient pas pris au dépourvus. » Un avis que ne partage pas vraiment David Augeix : « je ne vois pas comment on pourrait remettre réellement en question le prix de rachat : ce serait aller à contre courant des engagements de Grenelle de l’environnement en faveur des énergies renouvelables. » La concurrence entre activité agricole et solaire pourrait donc s'accentuer, surtout si les difficultés économiques des agriculteurs s'intensifient.
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