Nucléaire : la bataille de la transparence sur les “incidents”

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Publié le 21-07-2008

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Deux incidents nucléaires en dix jours, du jamais vu ? Pas vraiment : des « anomalies de type 1 », l'Autorité de sureté nucléaire (ASN) en recense près d'une centaine par an. Alors pourquoi tant de bruit ? Ou plutôt, pourquoi un tel silence jusqu'ici ? Ces deux incidents ont à nouveau sensibilisé l'opinion publique à la question de la sécurité nucléaire. Résultat d'une politique de transparence ou refus d'une opacité de longue date ?

A défaut d’être propre, le nucléaire se veut désormais « transparent ». Depuis les incidents de Tricastin et Romans-sur-Isère, le mot est sur toutes les lèvres. Rassurer les citoyens, éviter la psychose : tout est mis en œuvre par le gouvernement et l’industrie nucléaire pour limiter l’impact médiatique. Venue donner une conférence de presse sur le site de Tricastin, le 18 juillet 2008, Anne Lauvergeon, la patronne d’Areva, déplorait l’affolement généralisé des derniers jours. « Si à chaque fois que nous sommes transparents, nous provoquons des craintes, il y a un problème. » Seulement voilà : transparent n’est pas synonyme d’innocent. D’autant qu’en matière de communication, la Socatri, filiale d’Areva basée à Tricastin, n’a pas été exemplaire. D’après le Haut comité pour la transparence et l‘information sur la sécurité nucléaire (HCTISN), « non seulement la procédure de déclaration aux autorités s’est faite dans des délais anormalement longs, mais surtout, la qualité de l’information donnée n’était absolument pas en rapport avec l’événement ». Et pour cause : le premier communiqué de la Socatri à l’ASN ne mentionnait pas que des effluents aient pu se répandre dans le milieu naturel. Mais comment expliquer un tel emballement autour de ce que l’ASN qualifie « d’incidents de niveau 1 », sachant que 86 anomalies de ce type ont été recensées en 2007 ? Parce que pour la première fois, les média s’en font l’écho, un peu trop d’ailleurs pour le gouvernement. Jean-Louis Borloo, en conférence de presse à Paris le 18 juillet, prévient les journalistes : « Si vous montez au créneau à chaque fois que se produit un incident de niveau 1, vous le ferez tous les trois ou quatre jours ! » Autrement dit, attention à la surenchère d’informations, elle nourrit la psychose. Elle renforce aussi la communication. D’après Stéphane Noël, secrétaire général du HCTISN, l’incident de Romans-sur-Isère n’aurait jamais fait l’objet d’un communiqué de presse en temps normal. « Mais  cela  aurait pu être interprété comme un manque de transparence, après ce qu’il s’est passé avec Socatri ». Transparence, encore et toujours.

L’ombre du nuage de Tchernobyl

Car dans le domaine de la communication nucléaire, la France a un lourd passif. Cette volonté de transparence politique, Frédéric Marillier l’entend depuis « le mensonge d’Etat » de Tchernobyl. Mais pour ce chargé de la campagne Energie de Greenpeace, la filière nucléaire reste forcément opaque. « Cela s’explique historiquement : c’est une industrie structurée au sein de l’Etat, où la frontière entre militaire et civil est mal définie » (de quoi d’ailleurs embarrasser le HCTISN, qui doit jongler habilement entre secret militaire et droit à l’information). Cette opacité, les ONG tentent inlassablement de la combattre, en diffusant régulièrement de l’information sur les nombreux incidents qui surviennent chaque année. Mais l’étiquette caricaturale qu’on leur colle décrédibilise souvent leur discours. Comment expliquer alors l’importance médiatique de ces derniers jours ? C’est vraisemblablement les mesures prises par le préfet de la Drôme, Jean-Claude Bastion, qui ont provoqué l’émoi des populations. Pour Frédéric Marillier, « c’est la première fois que les autorités prennent leurs responsabilités ». Il félicite le préfet d’avoir agit en conséquence, face à « l’ampleur du problème ». Car la fuite de Tricastin aura au moins permis de dévoiler l’état préoccupant de la nappe phréatique située sous le site. En certains endroits, le seuil de potabilité de l’eau, fixé par l’OMS à 15 microgrammes d’uranium par litre, y est largement dépassé. La pollution ne date pas d’hier. Pour Frédéric Marillier, « cet incident a été révélateur d’une situation qui n’est pas celle qu’on nous fait croire ». Jean-Louis Borloo vient de demander au HCTISN de se pencher sur la situation radio écologique de l’ensemble des sites nucléaires, et souhaite notamment que soient analysées toutes les nappes phréatiques situées près des centrales. Car d’après le ministre, « même s'il ne s'agit pas ici d'un incident nucléaire, mais d'un dysfonctionnement au niveau de l'entretien de la centrale, lorsqu'on travaille dans le domaine du nucléaire, aucune négligence ne peut exister. Et la transparence doit être exemplaire. »

Anne Farthouat
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