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Norvège : la bataille du pétrole des Lofoten

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Publié le 11-12-2009



Faut-il ou non aller exploiter les riches gisements pétroliers qui, selon les industriels norvégiens, reposent au large des superbes îles Lofoten et Vesterålen, au-delà du cercle polaire ? C'est la question qui divise la Norvège depuis longtemps et qui se pose avec plus d'acuité encore au nouveau gouvernement norvégien, entré en fonction cet automne.

Exploiter les gisements pétroliers des Lofoten ? Le premier ministre travailliste Jens Stoltenberg, qui vient d’entamer son deuxième mandat de suite, a pour l’instant repoussé la décision, mais le gouvernement fait l’objet d’un lobbying intense de la part des industries pétrolières. Elles ont d’ailleurs obtenu, déjà,  la réalisation à l’été 2008 des études sismiques, préludes aux recherches exploratoires.
Cet automne, les trois partis de sa coalition ont toutefois convenu dans l’énoncé de leur plate-forme commune de ne pas ouvrir les zones des Lofoten et de Vesterålen à l’exploitation pétrolière durant ce mandat, renouvelant ainsi leur décision de 2006. En revanche, ils doivent décider dans les mois à venir si une enquête d’impact environnemental doit être réalisée d’ici là, ce qui sera selon toute vraisemblance le cas. C’est une façon de laisser la porte ouverte, même si l’industrie estime que la perte de temps est inutile.

"Pic de production dépassé"

Les industriels, parmi lesquels Total, très présent en Norvège, disent qu’il faut remplacer les gisements actuels de mer du Nord. Le pic de production a été passé et les gisements s’épuisent. Il faut donc, disent-ils, partir vers le grand nord afin de garantir la pérennité de l’industrie norvégienne et des emplois qui en découlent. Les politiques disent qu’il faut financer l’état-providence avec les ressources dont on dispose. A la mi-novembre encore, Helge Lund, le patron de Statoil, compagnie pétrolière dont l’état norvégien détient les deux tiers des actions, estimait les revenus potentiels de cette zone à quelque 180 milliards d’euros tandis qu’OLF, l’organisation patronale du secteur pétrolier, promet 2000 emplois dans ces petites îles sans industries, « sans le moindre dommage pour l’environnement ou la pêche ».

Chez les partisans d’une ouverture de Lofoten, comme le Parti du Progrès (droite populiste), deuxième parti du royaume, on se veut aussi rassurants, en notant qu’on n’exploite pas le pétrole du jour au lendemain. « Il a fallu environ 25 ans entre la découverte du gisement de Snø Hvit et le début de son exploitation, explique Pål Arne Davidsen, un conseiller du parti. Les progrès technologiques seront tels que l’on pourra sûrement minimiser au mieux les risques ». Autre argument des pétroliers : l’exploitation future de l’énorme gisement russe de Stockhman, actuellement en phase de développement, entrainera une forte augmentation du trafic maritime au large des côtes norvégiennes. Cela forcera donc de toute façon les autorités norvégiennes à développer des technologies et des services de secours en cas de marée noire.
Pour les pêcheurs locaux et les écologistes, la donne est différente car les eaux des Lofoten sont le sanctuaire du dernier grand stock de morues de la planète et surtout sa zone de reproduction. La moindre marée noire aurait donc des conséquences catastrophiques pour ce poisson dont l’importance économique et écologique est prépondérante. En outre, le tourisme et la pêche offrent bien plus d’emplois que ces hypothétiques 2000 emplois, auxquels les opposants ne croient d’ailleurs guère. Argument supplémentaire pour eux : la Norvège ne peut continuer à immobiliser de tels sommes (le niveau d’activité sur le socle norvégien devrait se maintenir au-delà de 100 milliards de couronnes par an chaque année jusqu’en 2013 selon les prévisions d’OLF) dans une énergie polluante et désuète, au détriment de la recherche et d’investissements dans les énergies renouvelables.

Olivier Truc à Stockholm (Suède)
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