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Mozambique : le gigantisme des projets de biocarburants inquiète la population

Entreprises \Sites et riverains

Publié le 14-01-2010



Depuis deux ans, des compagnies internationales s'établissent au Mozambique pour produire des biocarburants sur des dizaines de milliers d'hectares. Mais certains projets sont confrontés à une opposition locale et à des difficultés financières liées à la crise économique.

La compagnie Procana prévoit d'établir au Mozambique la deuxième plus grosse usine d’éthanol au monde. Après la signature d’un accord avec le gouvernement mozambicain en octobre 2008, l'entreprise bénéficie d'un accès à 30 000 hectares de terres et à l'eau nécessaire pour cultiver la canne à sucre destinée à alimenter l’usine. C’est le 4ème projet de ce type approuvé par le gouvernement mozambicain en un an. « 100 000 hectares sont aujourd'hui réservés à la production de biocarburants dans le pays », confirme Anna Lerner, responsable du programme biocarburant de l'organisation régionale SADC (Communauté de développement d’Afrique australe). Et ce n’est qu’un début. Le gouvernement, qui entend hisser le Mozambique parmi les grands producteurs mondiaux de biocarburants, rappelle volontiers que les neuf dixièmes des 36 millions d'hectares de terres arables que comptent le pays sont inutilisés.

Une concurrence pour la terre et l’eau

Sur le terrain, la réalité est moins consensuelle. « Les représentants des villages sont en général mécontents de l’“empiètement” de Procana sur leurs terres », explique Alda Saloma, de Centro Terra Viva. Cette ONG mozambicaine a enquêté en octobre 2008 auprès des villageois de Massingir sur leurs relations avec Procana et a recueilli leurs plaintes. Les habitants accusent l'entreprise de ne pas respecter les limites établies et ils attendent toujours les compensations promises. Au Mozambique, la terre est restée un bien public. Cet héritage impose aux industriels de consulter les communautés locales et de négocier des compensations en échange de l'exploitation de la terre. Or, la promesse de Procana de créer des milliers d’emplois locaux ne suffit pas.
Alda Saloma raconte également que la compagnie a pris possession de la moitié des terres destinées à accueillir les communautés déplacées du parc national du Limpopo. Dans le cadre d'un projet transfrontalier avec le célèbre parc Kruger sud-africain, 7 000 personnes résidant au cœur du parc national mozambicain doivent être relogées dans le district de Massingir. Selon le gouvernement et Procana, il y aurait "de la place pour tout le monde". Dans les faits, l'avancement du projet du parc est figé au profit du développement des cultures de canne.
Les habitants de Massingir reprochent également à Procana de leur voler leur eau. Les conditions climatiques régionales nécessitent en effet une irrigation de la canne à sucre toute l'année, et Procana a ainsi obtenu du gouvernement la garantie d'un accès à 700 millions de m3 d'eau par an, en provenance du barrage de Massingir. Les paysans, alimentés par le même barrage, craignent de voir leur propre approvisionnement s’effondrer… Ce mécontentement local intervient alors que Procana n'a investi qu'un millier des 30 000 hectares prévus, faisant écho au problème récurrent des biocarburants : leur compétition avec d'autres usages de la terre.

Des projets ralentis par la crise financière

Si les oppositions locales ne devraient pas pour autant mettre en péril Procana, le couperet pourrait venir d'ailleurs. Le projet a été ébranlé le 6 octobre 2009 lorsque BioEnergy Africa, une compagnie basée dans les iles anglo-normandes qui détient 94% des parts de Procana, a annoncé stopper ses investissements. Les capitaux prévus s'élevaient à plus de 500 millions de dollars. Compte tenu du « climat économique global et de la baisse actuel d'intérêt pour les biocarburants » déclare le communiqué, « la compagnie et ses actionnaires bénéficieraient d'un changement fondamental de stratégie ». Depuis, BioEnergy Africa a été rebaptisé "Sable Mining Africa" et investit dans la prospection minière. « Les grands projets sur les biocarburants ont  d'énormes problèmes financiers, confie Anna Lerner. Pour certaines compagnies, ces problèmes sont liés à la crise financière, pour d'autres il s'agit aussi du projet économique en tant que tel qui n'est pas durable. ».
Le gouvernement mozambicain poursuit cependant sa stratégie en faveur des biocarburants. Répondant aux critiques émises par de nombreux scientifiques et ONG environnementales, il a voté en mars 2009 la mise en place de critères de durabilité et de bonnes pratiques. Des standards qui permettent aussi au Mozambique de répondre aux critères internationaux , car si le gouvernement affiche l'ambition d'une indépendance énergétique croissante, une majorité de l'éthanol produit sera destiné aux marchés occidentaux.

Magali Reinert
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