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Lors du forum TIC 21, il a beaucoup été question des avantages du télétravail. Cette pratique n’isole-t-elle pas les employés ? Il n’est pas question de travailler à distance toute l’année. Si chaque salarié télétravaillait un jour seulement par semaine, on pourrait déjà réduire de façon significative la consommation d’énergie et les émissions de CO2 dues aux transports. La vidéoconférence a un coût environnemental nul, et permet de limiter l’utilisation des moyens de transports. Il faut encourager les chefs d’entreprise à faire leur bilan environnemental, pour qu’ils réalisent les économies qu’ils peuvent faire en appliquant cette méthode. Comment expliquez-vous que le télétravail ait du mal à se généraliser ? Le blocage vient du manque de formation aux avantages des TIC pour le développement durable. Notre société n’est pas assez moderne. En témoigne l’absence notable de la dimension technologique dans les débats du Grenelle de l’environnement. Ces états généraux ont permis de revisiter le XXe siècle, mais pas de construire le XXIe. Pendant ce temps, de plus en plus de personnes, en particulier les jeunes, se tournent vers les TIC, avec un effet de masse. Chacun y trouve son compte, et des projets géniaux, comme Second Life, le prouvent. Pourtant, Second Life et les matériels informatiques sont accusés de consommer beaucoup d’énergie… En effet, pour l’instant, les technologies 3D en microinformatique sont très énergivores. Plus généralement, les TIC correspondent à 5 à 6% de la consommation totale d’énergie d’un ménage. Mais ce bilan peut être amélioré. Il suffit, par exemple, de prendre le temps d’éliminer les données inutiles sur son ordinateur, d’éviter l’envoi de fichiers trop lourds. Chacun peut contribuer à son échelle. Dans notre monde individualiste, la participation collective est un moteur essentiel du développement durable. Mais il faut repenser notre mode de vie. Va-t-il falloir revoir les priorités en matière de consommation d’énergie ? C’est déjà le cas. Je ne crois pas aux agrocarburants, mais les énergies renouvelables naturelles seront indispensables, pour peu qu’elles soient utilisées localement, pour limiter les pertes. L’objectif à trente ans, c’est de ne plus transporter les marchandises. Cela vaut également pour le matériel électronique, qui pourra être produit sur place, et non plus importé, et qui devra être réutilisé. On pourra ainsi utiliser le reste de l’énergie pour déplacer les personnes, uniquement lorsque c’est indispensable. Je pense qu’en 2050, on aura résolu le problème énergétique, grâce à de nombreuses technologies. La contrainte environnementale est un catalyseur qui nous pousse à être créatifs pour sauver notre civilisation. Le problème actuel reste la fracture numérique. La réutilisation des ordinateurs peut-elle suffire à la réduire ? Il y a déjà un gros travail à faire dans ce domaine. Légalement, on peut ramener son ancien ordinateur au magasin quand on en achète un neuf. En pratique, les enseignes ne savent pas quoi faire de ce matériel, qui finit souvent par partir à la casse, ce qui ne résout pas le problème des déchets. Plusieurs entreprises s’engagent cependant à donner leur ancien matériel informatique, aux collectivités locales par exemple. A Valenciennes, nous avions organisé un groupe de travail sur le réemploi des ordinateurs, pour permettre aux différents acteurs de se rencontrer. Mais le réemploi ne suffit pas. Il s’agit essentiellement d’éduquer la population à l’utilisation des TIC. Qu’en est-il des pays en voie de développement, dont la population a difficilement accès aux TIC ? Il y a déjà un milliard d’ordinateurs dans le monde. On se trompe de combat si on cherche à fournir un appareil à chacun. Le problème est l’accès, et non la possession. Pour réduire la fracture numérique, il suffit de permettre l’accès de chacun à un ordinateur connecté à Internet. Cela vaut également pour la téléphonie mobile. Aujourd’hui, on paye à la fois le portable et son utilisation. Si les opérateurs fournissaient gracieusement les mobiles, les utilisateurs en changeraient moins souvent et on limiterait le nombre de téléphones à recycler. Faut-il donc faire pression sur les acteurs des TIC ? Oui, une régulation de l’Etat est indispensable pour faire évoluer la situation. Par exemple, avec une meilleure coordination des fournisseurs d’accès internet, on n’aurait pas besoin d’avoir un réseau wifi par appartement, mais un par immeuble. L’accessibilité aux TIC doit être un service public. Cela permettrait également de surveiller l’impact sanitaire des TIC, des ondes électromagnétiques aux problèmes de relations sociales, en passant par les postures des utilisateurs d’ordinateurs. Ce sont des sujets qui nécessitent d’être étudiés.
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