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Les biocarburants de plus en plus critiqués au sein de l'UE

Planète \Energies \Energies renouvelables

Publié le 05-03-2008



Alors que la Commission propose un objectif de 10% de biocarburants d'ici 2020 dans l'UE, plusieurs études mettent en doute leur intérêt environnemental et social. Réunis à Bruxelles le 3 mars 2008, les ministres européens de l'environnement se sont montrés eux-mêmes réservés sur cette stratégie.

L’une des mesures phares du Plan climat européen provoque désormais le doute parmi les Etats membres. Les biocarburants, censés être incorporés à hauteur de 10% d’ici 2020 par les 27 pays de l’UE, ont en effet été annoncés comme une mesure obligatoire du Plan climat européen, rendu public le 23 janvier 2008. Selon Bruxelles, ils permettraient d’atteindre, parallèlement aux énergies renouvelables, l’objectif de réduction de 20% des émissions polluantes d’ici 2020. Or, le bénéfice environnemental et climatique des biocarburants est de plus en plus remis en cause, à la fois par des scientifiques et des ONG. Récemment, une étude –certes non validée- du Centre de recherche de la Commission s’est montrée particulièrement critique sur l'efficacité des biocarburants à réduire les émissions de GES. Le rapport explique notamment que « l’incertitude est trop grande pour pouvoir déterminer si l’objectif de 10% de biocarburants développé par l’UE conduira ou non à une économie en gaz à effet de serre ». Les émissions indirectes causées par la conversion de terres arables ou boisées pour la production de biocarburants et le déplacement de la production agricole alimentaire en dehors de l’UE pourraient même venir contrebalancer les avantages apportés par les biocarburants.
Pire : « l'utilisation d'engrais azotés a une incidence importante sur les émissions de GES et le changement de vocation des terres peut potentiellement relâcher suffisamment de GES pour annihiler les gains des agrocarburants de l'UE ". Les chercheurs estiment enfin que le plan européen sera non seulement excessivement coûteux, mais qu’il n’aura aucun bénéfice environnemental, ni social.
 Face aux critiques, la Commission assure avoir retenu des " critères visant à garantir leur durabilité ". Seuls les biocarburants d'origine naturelle, permettant d'économiser au moins 35% de CO2 par rapport aux carburants fossiles et non issus de forêts naturelles seront pris en compte, assure-t-elle. Ces arguments n’ont pas convaincu les ministres de l’environnement réunis à Bruxelles. Jugés insuffisants par le Danemark, ils n’ont pas rassuré non plus le Royaume-Uni, qui craint un « développement anarchique », ou la France. Jean-Louis Borloo a notamment rappelé le risque de voir les agriculteurs se consacrer aux biocarburants au détriment des denrées alimentaires, aggravant ainsi la hausse des cours mondiaux. On se souvient de la crise sociale qui a frappé le Mexique, où le prix de la tortilla de maïs, aliment de base de la population, avait augmenté de 30% en 3 ans. L'augmentation de la production d'éthanol aux États-Unis a en effet considérablement réduit les volumes disponibles pour l’alimentation, poussant les prix à la hausse, au Mexique comme à l'échelle internationale.

Négociations en 2008

Ce bilan, pour le moins négatif, conduit les ONG à mener campagne pour demander la suppression de l’objectif européen. Elles relayent, au final, l’opinion des experts présents au Sommet de Bali sur le climat fin 2007. Un sondage effectué sur place pour l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) et la Banque mondiale révélait que seuls 21% des experts, représentants de gouvernements ou d’ONG, croyaient au potentiel des biocarburants de 1ère génération pour réduire les émissions de CO2.
La Commission maintiendra-t-elle son objectif malgré les critiques? Il est probable qu’elle le réexamine, comme l’ont demandé certains Etats, mais qu’elle fasse également pression pour être suivie. Bruxelles veut en effet un accord rapide sur son plan Climat pour prendre le leadership des négociations internationales à venir. « Un nouvel accord international est notre principale priorité d’ici la fin de l’année 2009, c’est pourquoi réaliser nos objectifs est très important pour que nous puissions avoir une forte position dans les négociations » a déclaré le Commissaire à l’Environnement de l’Union Européenne, Stavros Dimas. L’ensemble du Plan climat doit faire face à des négociations qui 'annoncent difficiles mais les 27 espèrent parvenir à son adoption d’ici la fin 2008, avant le renouvellement du Parlement prévu en juin 2009 et la conférence mondiale sur le climat qui se tiendra à Copenhague en 2009.

Véronique Smée
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