Le cloud computing, un nuage pas si vert

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Publié le 10-01-2011

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Le cloud computing, ou informatique en nuage, est en passe de révolutionner l'utilisation des données et logiciels informatiques. Mais son bilan écologique divise. Face à une consommation énergétique vouée à la croissance, le secteur des IT se tourne donc vers des ressources plus propres.

Les services informatiques n'échappent pas à la dématérialisation ambiante. Dernière tendance dans le secteur des IT, le Cloud Computing, littéralement « informatique en nuage », a su se rendre indispensable tant auprès des entreprises que des particuliers. Le concept ? Délocaliser sur Internet les applications et données jusqu'ici stockées dans les postes de chaque utilisateur. Et créer ainsi un « nuage » de contenus informatiques accessibles à toute heure et en tout lieu.

Argument majeur avancé par les géants de la Toile, le « cloud » permet de mutualiser l'utilisation de nombreux services informatiques et de fait, de réaliser des économies d'échelle significatives. En particulier sur leur facture énergétique. D'après le cabinet de consulting Pike Research, dans les dix prochaines années, les dépenses énergétiques des data centers et leurs émissions de gaz à effet de serre devraient ainsi chuter respectivement de 38% et 28%. Le cabinet estime par ailleurs que le marché du « cloud » connaîtra une croissance économique annuelle de près de 30% d'ici à 2015, passant de 46 à 210 milliards de dollars. Analyste chez Pike Research, Eric Woods souligne que « les clean tech permettent de réduire les dépenses énergétiques sans pour autant perturber le fonctionnement du marché. Cette utilisation de logiciels, infrastructures et plateformes informatiques en tant que services est par nature plus efficiente que leur utilisation traditionnelle, et cette dématérialisation est un facteur majeur du verdissement des IT. »

Pour autant, les vertus écologiques du cloud ne font pas l'unanimité. Une équipe de chercheurs de l'université de Melbourne a récemment démontré qu'il pouvait être plus énergivore que l'informatique traditionnelle, notamment en cas d'excès de téléchargements simultanés. Car le transfert des données depuis le nuage jusqu'aux postes des utilisateurs requiert tout de même de l'énergie, de même que le stockage de ces données dans des data centers dispersés aux quatre coins du globe. Le rapport « Make IT Green » publié en mars dernier par Greenpeace dresse d'ailleurs un scénario bien plus noir que celui envisagé par Pike Research.

L'empreinte carbone des data centers mesurée

Le Green Gird, consortium qui rassemble plus de 200 entreprises du secteur IT et organisations publiques, a lancé début décembre 2010 un nouvel outil de mesure de l'empreinte carbone des data centers, le Carbon Usage Efficiency (CUE). Serveurs, systèmes de refroidissement, onduleurs, tableaux de contrôle : tous les composants d'un data center passeront au crible de cet inducateur, mesuré tout au long de l'année pour lisser la consommation. Le Green Grid travaille également à l'élaboration de normes internationales qui devraient voir le jour d'ici 3 à 5 ans.


D'après l'ONG, « d'ici 2020, les principaux acteurs du cloud computing consommeront plus d'énergie que la France, l'Allemagne, le Brésil et Canada réunis. »

Un cloud alimenté aux énergies renouvelables ?

De ces deux projections antagonistes, laquelle fait donc fausse route ? « Ni l'une ni l'autre », répond Pierre Bélier, directeur général d'Avocent France, fournisseur de solutions d'administration pour data center. « Le cloud computing consiste à optimiser les ressources et partager les coûts, pour faire en sorte que les consommateurs n'utilisent les applications que lorsqu'ils en ont besoin. Les dépenses énergétiques seront de fait plus optimales mais effectivement, les data centers vont concentrer de plus en plus de serveurs, et donc consommer de plus en plus d'électricité. C'est pour cela qu'il faut développer des solutions de gestion énergétique innovantes, et notamment recourir à une énergie la plus verte possible. »

Une stratégie d'ores et déjà déployée par certains, à l'image de Google qui via sa filiale Google Energy multiplie les projets de production d'énergies renouvelables. Dès 2006, le leader des moteurs de recherche équipait les toits de son site californien d'une des plus grande installations de panneaux photovoltaïques (1,6 MW). En 2007, la firme faisait la part belle à l'éolien, en achetant vingt années de production d'un parc de 114 MW dans l'Iowa, puis en investissant près de 40 millions de dollars dans deux fermes du Dakota du Nord. Et en février 2010, Google obtenait l'autorisation par la Commission fédérale de l'électricité de vendre et d'acheter sur le marché américain de l'électricité d'origine renouvelable. Un moyen de verdir encore davantage sa consommation électrique, que le géant préfère toutefois garder secrète.

Au rang des acteurs IT les plus « engagés », Yahoo a ouvert en septembre dernier un data center près des chutes du Niagara, dont près de 30% de l'électricité est fournie par une centrale hydraulique. Dans son rapport, Greenpeace salue les initiatives de Google et Yahoo, mais ne manque pas d'épingler Facebook et Apple, bien moins performants en la matière. D'après l'ONG, les data centers d'Apple seraient alimentés à plus de 50% pas des centrales à charbon...De quoi noircir considérablement le nuage.

Anne Farthouat
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