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C’est une poudre noire, des particules de charbon de bois de 2 mm maximum ajoutées à la surface des terres agricoles. Ses bénéfices sont significatifs dès la première année. « On augmente de plus de 50 % la production des légumes, en particuliers des oignons, et les quantités de maïs sont triplées. Avec du biochar et très peu d’engrais, les rendements sont équivalents à de l’agriculture chimique intensive, » décrit Guy Reinaud, président de Pro-Natura, la première ONG à défricher l’usage du biochar avec de véritables agriculteurs, en conditions réelles. Le biochar présente un second avantage, presque inespéré : capturer plus de carbone qu’il n’en libère, s’affirmant ainsi comme un « puits à carbone » écologique, stable et à moindre coût. Gain net ? Au moins 40 % du carbone accumulé lors de la croissance des végétaux serait conservé dans le sol et non restitué dans l’air, a calculé l’universitaire Johannes Lehmann dans la revue scientifique Nature. « Le biochar, pour tous les spécialistes qui s’intéressent au sujet, est perçu comme le levier le plus puissant pour limiter le changement climatique en séquestrant du carbone atmosphérique dans le sol à long terme. Actuellement, il y a environ 10 milliards de tonnes (gigatonnes, Gt) d’émission carbone. Avec le biochar, d’ici 15 ans, nous devrions pouvoir en séquestrer près de 2 Gt par an, » poursuit Guy Reinaud. En terre inconnue
Les vertus du biochar résideraient dans la fine structure poreuse de ses suies. Comme une éponge, celle-ci lui permettrait de retenir une plus grande quantité de gaz carbonique. De quoi atteindre environ 150 grammes de carbone par kg de sol enrichi au biochar, contre 20 à 30 gr habituellement. L’apport de biochar réduirait aussi les émissions de méthane et de protoxyde d’azote, deux puissants gaz à effet de serre. Dans le sol, la présence de biochar faciliterait la rétention d’eau et l’absorption des nutriments. Réduisant le lessivage et l’acidité des sols, favorisant l’activité microbienne et le développement d’autres micro-organismes comme les champignons. « Il existe une centaine d’études scientifiques sur le biochar, mais pour l’instant cela reste un domaine de recherche agronomique » observe le président de Pro-Natura… Car tous les biochars ne se valent pas. Leur efficacité dépend d’abord de la nature du sol (sableux, argileux, acide, tropical humide…), mais aussi du type de biomasse végétale utilisée. Bois mort, pailles de riz, feuilles de palmier, fumier, coques de noix ou résidus de scierie... Les propriétés du biochar diffèrent non seulement selon le type de déchets verts employés mais encore, à matière première identique, selon sa température de combustion. « A climats différents, sols différents, donc biochars différents » résume l’ingénieur Ruy Korscha Anaya de la Rosa, ancien de Action Carbone et doctorant au New Zealand Biochar Research Center. « Des projets pilotes sont en place en Australie, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, au Japon et en Nouvelle Zélande, ainsi que dans plusieurs pays en voie de développement. » Bilan carbone négatif
Fabriquer du biochar revient à cuire ces déchets végétaux à quelques centaines de degrés (entre 400 et 700°C) sous très peu d’oxygène. Ce processus de cuisson à l’étouffée - dit pyrolyse - peut se faire avec des équipements de toutes tailles, du rudimentaire au très sophistiqué. C’est pourquoi le biochar suscite autant l’intérêt de start-up. Des « jeunes pousses » désireuses de s’engouffrer dans le créneau porteur des green tech et de la lutte contre le CO2. « La découverte de l’effet du charbon de bois dans le sol date des années 1950, en Amazonie, où on l’a appelé terra preta, explique Ruy Korscha. L’idée que la terra preta pourrait résoudre le problème du réchauffement de la planète date d’un article publié en 1992. » Depuis 2006, la très influente International Biochar Initiative (IBI), un lobby scientifique et industriel présidé par Lehmann lui-même, s’active à faire reconnaître ce procédé. Objectif : l’intégrer au Mécanisme de Développement Propre (MDP), ce qui donnerait au biochar accès au marché de la compensation carbone et de ses incitations financières. A Poznan, en décembre 2008, le biochar a officiellement rejoint les propositions visant à réduire les gaz à effet de serre discutées à la conférence de Copenhague. Biochar responsable ?
Globalement, de plus en plus de voix considèrent désormais la culture du sol, plus que celles des plantes, comme un excellent moyen de contenir nos excès de carbone. Cet entrain n’est pas, cependant, du goût de tous. Une pétition visant à « freiner la ruée vers le biochar industriel » a recueilli courant 2009 la signature de 160 associations écologistes. « Si nous n’y parvenons pas cette année, écrit Almuth Ernsting de Biofuelwatch, l’ONG à l’initiative du texte, nous risquons de nous retrouver confrontés à une nouvelle poussée d’accaparement de terres et de forêts et de destruction d’autres écosystèmes. » A ce jour en effet, aucun code de bonne conduite n’existe pour garantir que la future course au biochar ne soit pas source de déforestation ou en compétition avec la production de nourriture. Les conséquences seraient alors contraires au but recherché.
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