
Mona Sahlin, ministre suédoise du développement durable
La Suède veut éliminer le pétrole au profit des énergies renouvelables
Alors que l'Union européenne importe 50% de ses besoins en pétrole et que les prévisions prévoient une augmentation à 70% au cours des 20 prochaines années, la Suède a l'ambition de devenir un « état sans pétrole » d'ici 2020. D'ores et déjà, le pays a fait une large place aux énergies renouvelables, qui alimentent 26% de la consommation énergétique.
"Notre dépendance à l'égard du pétrole devrait prendre fin d'ici 2020, a déclaré la ministre suédoise du développement durable, Mona Sahlin. Libérer notre pays des combustibles fossiles nous procurerait d'énormes avantages, à commencer par la réduction de l'impact des fluctuations des prix du pétrole, qui ont triplé depuis 1996", a-t-elle ajouté. Ce projet, qui vise à faire de la Suède un État sans pétrole, est dirigé par un consortium d'industriels, d’universitaires, d’agriculteurs, et de constructeurs automobiles, qui présenteront un rapport au parlement suédois d’ici quelques mois. Au moment où l’Union européenne tente de trouver un consensus sur une politique énergétique commune (vois article lié), le gouvernement suédois affiche une ambition unique en Europe : sortir de la dépendance économique et géopolitique du pétrole. Pour y parvenir, la Suède s’est fixé des objectifs chiffrés et s’appuie sur différentes mesures, parmi lesquelles un dégrèvement fiscal pour la conversion à des combustibles autres que le pétrole ; une utilisation accrue des énergies renouvelables ; l’accroissement des investissements visant au développement d'une "société renouvelable" et la poursuite des investissements dans le chauffage par quartiers, reposant sur la géothermique et la biomasse. L’objectif est qu’aucun foyer, à partir de 2020, « n’aura besoin de pétrole pour se chauffer et plus aucun automobiliste ne sera obligé d'utiliser de l'essence en tant qu'unique option disponible. À ce moment-là, il y aura toujours de meilleures alternatives au pétrole", a annoncé Mona Sahlin. L’habitat et les transports, secteurs les plus consommateurs, font l’objet de mesures volontaristes. En matière d’habitat, le gouvernement suédois fonde sa politique sur l’incitation fiscale et prévoit un allégement d’impôt pour aider les propriétaires à se convertir aux énergies renouvelables. Il est par ailleurs prévu que ces aides bénéficient également aux collectivités pour leurs équipements (bibliothèques, piscines et hôpitaux).
Au niveau des transports, le défi est plus difficile à relever. La ministre a annoncé une politique ambitieuse pour augmenter le pourcentage des carburants renouvelables et favoriser l’achat de voitures « propres » : offrir aux consommateurs des carburants renouvelables bon marché, détaxer ces véhicules et assurer la gratuité des parkings et des péages urbains, comme c’est déjà le cas à Stockholm pour les véhicules propres.
Une ambition réaliste
Le projet suédois peut apparaître à première vue ambitieux, mais ce pays constitue l'un des plus avancés pour remplir cet objectif. Disposant de sources d'énergie suffisamment diversifiées, le pays satisfait déjà ses besoins en électricité principalement grâce à l'énergie nucléaire, l’hydroélectrique et les énergies renouvelables et figure parmi les états les moins dépendants du pétrole. Depuis la crise des années 1970, la politique suédoise en matière d'énergie et d'environnement a favorisé le principe du « mix énergétique ». Selon l'Agence suédoise de l'énergie, en 2002, 41% de l'énergie produite en suède provenait du pétrole, 14,2% du nucléaire et 35% des sources renouvelables. En tête, la biomasse et l'hydraulique représentent respectivement 59% et 40% de l’énergie produite par les énergies renouvelables, tandis que la production totale de ces énergies a presque doublé en 30 ans en passant de 92 TWh en 1971 à 166 TWh en 2002. Le secteur industriel lui-même est un des moins consommateurs de pétrole, avec des chiffres stables depuis 1994 alors que la production industrielle a augmenté de 70% sur la même période.
Enfin, la Suède est semble-t-il le seul pays, avec le Royaume-Uni, qui pourra satisfaire aux engagements pris dans le cadre du Protocole de Kyoto. Selon l’Institut de Recherche en Politiques Publiques britannique (IPPR), qui a étudié les politiques actuelles des pays signataires et leur plan de réduction des GES, le pays pourrait même aller encore plus loin. L’IPPR estime en effet que la Suède pourrait réduire de 5% ses émissions alors que les objectifs du protocole de Kyoto lui demandaient « seulement » de ne pas les augmenter de plus de 4% par rapport à 1990. Pour les autres pays, la situation est en revanche bien différente et l’objectif global de l’Europe est loin d’être atteint. Alors qu’elle doit réduire ses émissions et atteindre -8% par rapport au niveau de 1990, elle atteindra au mieux +1,2% , et au pire +6,4%, selon l’IPPR.
Véronique Smée
Mis en ligne le : 04/04/2006 © 2009 Novethic - Tous droits réservés
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