|
L’objectif de la Chine est comme toujours ambitieux : doubler la production de gaz non conventionnel (ou gaz de schiste) d’ici cinq ans. Deux raisons principales à cela : d’abord répondre à la demande croissante du pays en énergie et limiter sa dépendance au pétrole et au charbon ; ensuite, lutter contre les émissions de C02. Le plus grand pollueur de la planète veut se tourner vers une plus grande utilisation du gaz qui passerait de 6% de son mix énergétique actuellement à 20% en 2020 et 30% d’ici 2035. Une petite révolution dans un pays où 80% de l’énergie provient toujours du charbon particulièrement polluant. « La demande en gaz dans le pays est insatiable, explique Dave Dai, analyste pour Daiwa Securities. Pour prévenir une pénurie de gaz en Chine, le pays doit donc exploiter impérativement le gaz non conventionnel ». Selon des chiffres avancés par Petrochina, l’un des géants pétroliers chinois, les réserves de gaz non conventionnel en Chine pourraient atteindre 380 000 milliards de mètres cubes, soit 10 fois les réserves estimées du pays en gaz conventionnel. Une véritable mine d’or. Petrochina a ainsi été mandaté par le gouvernement pour mener la bataille de l’exploration et va investir 1 milliard d’euros dans ces travaux. D’ici 2030, un quart du gaz produit en Chine pourrait être du gaz non conventionnel. A titre de comparaison, la moitié du gaz américain est déjà non conventionnel. Les géants chinois prospectent donc tous azimuts et multiplient les alliances en espérant, progressivement, basculer du charbon au gaz. Joint-venture avec les Etats-Unis Mais si la Chine a de l’ambition, elle manque encore de savoir-faire et doit s’allier à des entreprises occidentales et notamment américaines. Les grandes manœuvres ont commencé : le Chinois Highland vient annoncer la création d’un joint-venture avec l’Américain Weir pour l’exploitation d’un gisement dans le Shandong, dans l’Est de la Chine . Dans le cadre d’un partenariat signé par les Présidents américain et chinois, des géologues américains viendront également sur le sol chinois. La China National Offshore Oil Corporation a pour sa part investi 50 millions de dollars en Australie pour exploiter du gaz non conventionnel. Par ailleurs, une série de mesures a été annoncée en octobre dernier visant à accélérer la prospection et l’extraction du gaz non conventionnel dans le pays, dont la mise aux enchères de six blocs d’exploration de gaz non conventionnels, notamment dans les plaines arides de Mongolie intérieure. Seules quatre entreprises chinoises sont en lice : Sinopec, Petrochina, CNOOC et Shanxi Yanchang Petroleum Group. Pollution des nappes phréatiques
Mais l’un des problèmes majeurs de l’exploitation du gaz non conventionnel est la pollution des nappes phréatiques en raison de l’injection d’eau à haute pression pour briser les roches et à l’utilisation de sable et de produits chimiques (voir article lié). Autant d’obstacles au développement de ces technologiques gazières en Occident. Mais pas en Chine, où les raffineries sont installées dans des zones semi-désertiques au Nord et à l’Est du pays. Plusieurs ONG s’inquiètent cependant des rejets polluants notamment dans les lacs et dans le fleuve Yangtze, mais dans ce domaine comme ailleurs la Chine sait faire taire les voix discordantes et ne souffre aucune critique dans sa soif de nouvelles sources d’énergie. Le cabinet de recherche spécialisé Wood Mackenzie vient de publier un rapport complet sur cet appétit chinois pour le gaz non conventionnel. David Thompson, son auteur, précise que « Le développement et l’exploitation du gaz non conventionnel en Chine reste lent mais avec des perspectives significatives en termes de volume. D’ici une vingtaine d’années, on estime qu’un quart de sa consommation de gaz sera tiré du gaz non conventionnel ». La consommation de gaz non conventionnel multipliée par 4 Pour autant, le gaz non conventionnel n’est pas la panacée dans un pays boulimique en énergie. « La Chine a bien compris que le gaz est une source essentielle de son futur mix énergétique, explique David Thompson. Cependant, elle doit sécuriser d’autres sources d’énergie, comme le gaz naturel liquéfié et le gaz conventionnel. La Chine est déjà l’un des plus gros consommateurs de GNL dans la région Asie-Pacifique et sa consommation devrait passer de 31 millions de tonnes de GNL cette année à 46 millions en 2020 ». « La Chine a un gigantesque marché à satisfaire, confirme Arthur Hanna, spécialiste des questions énergétiques chez Accenture. D’ici une dizaine d’années la consommation de gaz conventionnel sera multipliée par quatre et les autres sources de gaz suivront la même tendance ». Pourquoi cet engouement ? « La Chine est engagée dans une volonté de réduire à moyen et long terme ses émissions de gaz carbone et elle veut également réduire sa dépendance aux importations de pétrole, poursuit-il. Le charbon restera la source principale d’énergie en Chine, mais il devrait être confiné aux provinces centrales et à aux industries lourdes. Pour les zones urbaines et les provinces orientales, là où le gouvernement est volontairement engagé dans une réduction des émissions polluantes, le gaz devrait s’imposer progressivement ». Avec quelles conséquences sur l'environnement?
|