![]() Planète \Environnement \EnergieL'expansion des « nécrocarburants »Après s'être attaqué aux pesticides, Fabrice Nicolino, journaliste écologiste, dénonce à nouveau l'agriculture industrielle en s'attaquant cette fois à l'expansion fulgurante des biocarburants en France et dans le monde. Dans son livre enquête « La faim, la bagnole, le blé et nous » (Editions Fayard) il remet en cause le choix de développement d'une filière, qui n'a pas prouvé ses avantages écologiques et serait même contre-productive.
Novethic : Vous rebaptisez les biocarburants « nécrocarburants » dans votre livre, pourquoi ? Pourquoi dénoncez-vous la stérilisation à marche forcée par les biocarburants ? Fabrice Nicolino : Les biocarburants nécessitent des pesticides et engrais. Massivement. Ce sont évidemment les mêmes méthodes de production que celles de l’agriculture industrielle. En France, un lobby s’est créé, en 1992, à l’initiative des producteurs d’oléagineux, avec de forts soutiens politiques, pour écouler la surproduction céréalière. La même année, l’Europe instaurait une jachère sur 15% des terres, afin d’endiguer cette surproduction. En échange, une prime était versée aux céréaliers pour le manque à gagner. Mais les agriculteurs ont conservé le droit de cultiver ces jachères pour des usages non alimentaires. Certains pensaient déjà à la filière des biocarburants. Tout est parti de là. Les biocarburants ne servent qu’à offrir des débouchés commerciaux. Tout le reste n’est que diversion ou propagande. En quoi est-ce ennuyeux d’utiliser la jachère pour des cultures à biocarburants ? Fabrice Nicolino : Outre l’usage supplémentaire de pesticides et d’engrais, qui relâche de grosses quantités de gaz à effet de serre, la fin programmée des jachères sera une catastrophe pour la biodiversité ordinaire. La petite faune, les insectes, les oiseaux, y trouvaient un refuge précieux. C’est une menace de plus, qui contredit tous les discours officiels sur la protection de la nature Mais admettons des plantes à biocarburants cultivées de façon durable, sans compétition avec l’alimentaire. Ne présentent-elles pas l’avantage de lutter contre l’effet de serre, en évitant de mobiliser les ressources fossiles ? Fabrice Nicolino : Deux scientifiques américains de réputation mondiale, David Pimentel et Tad Patzek, ont réalisé une étude complète du cycle de production, incluant la destruction de la forêt tropicale –c'est-à-dire l’émission du CO2 inclus dans le bois et dans sol- et concluent que les biocarburants sont en réalité bien plus néfastes pour le climat que le pétrole ! Une étude plus récente de Paul Crutzen, prix Nobel de chimie en 1995, confirme hélas leur travail. En France, on s’est lancé dans un plan d’envergure sans l’appui d’aucune étude écologique complète. Une seule étude existe, commandée par l’Ademe et la Diren en 2002. Le problème, c’est qu’elle a été confiée à un cabinet privé et pilotée par un comité comprenant les plus gros industriels des oléagineux. Autant dire que l’étude est complètement biaisée. L’ingénieur agronome Patrick Sadones critique d’ailleurs durement sa méthodologie, comme je l’explique dans mon livre. En outre, je trouve scandaleux que l’Ademe se soit associée aux industriels pour créer l’Agrice (Agriculture pour la chimie et l’énergie), qui est le cœur de lobby des biocarburants. La seconde génération de carburants promet une efficacité énergétique décuplée, en utilisant l’intégralité de la plante et la cellulose des arbres, ressource abondante, notamment en France. Fabrice Nicolino : C’est de la propagande pure et simple. Pour faire passer les critiques sur la première génération ! Dans ce domaine, rien n’est encore prouvé, c’est le moins qu’on puisse dire : l’OCDE elle-même, temple des libéraux, émet les doutes les plus extrêmes sur cette deuxième génération, qui conduira, soit dit en passant, à l’expansion d’arbres génétiquement modifiés. Des arbres mous, qui contiendront moins de lignine pour permettre d’extraire plus aisément leur cellulose, matière première des biocarburants. Au fou ! Comble de l’immoralité : en France, au Havre, le groupe Sania ouvrira début 2008 une bioraffinerie pour faire du carburant à partir de graisses animales ! Car on peut aussi rouler « à l’animal ». « La faim, la bagnole, le blé et nous », par Fabrice Nicolino, Editions Fayard, octobre 2007.
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