L'Europe plus fragile face au pic pétrolier

Planète \Energies

Publié le 23-06-2011

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Le déclin des réserves de pétrole conventionnel est aujourd'hui communément admis. Si les plus optimistes misent sur la découverte de nouveaux gisements, l'urgence est à la transition vers une énergie décarbonnée. En particulier pour les plus dépendants au pétrole, Union Européenne en tête.

Le pic pétrolier a été atteint en 2006. C'est en substance ce que révèle l'Agence Internationale de l'Énergie dans son rapport annuel World Energy Outlook 2010, paru début novembre dernier. Une première pour l'AIE, qui a longtemps réfuté l'imminence d'un pic pétrolier mondial. Désormais, ses prévisions sont sans appel : « la production de pétrole brut se stabilise plus ou moins autour de 68 millions de barils par jour (Mb/j) à l’horizon 2020, mais ne retrouve jamais le niveau record de 70 Mb/j qu’elle a atteint en 2006. »

L'AIE conjugue déclin du pétrole brut et croissance de la production mondiale

Pour autant, l'AIE se veut rassurante. Certes, les réserves de pétrole brut déclinent, mais l'heure n'est pas (encore) à l'affolement. Misant sur les progrès technologiques, l'exploitation de gisements connus, la découverte de nouveaux gisements, la production de pétroles non-conventionnels (issus du charbon et des schistes bitumineux), et les gains de raffinage, l'agence estime que la production mondiale « pourrait atteindre les 100 millions de barils par jour en 2035 ». Autrement dit, malgré le déclin des champs pétroliers aujourd'hui en activité, la production continuera de croître. Un scénario bien plus optimiste que celui des géologues pétroliers de l’Association for the Study of Peak Oil and Gas (ASPO), d'après qui la production totale de pétroles, toutes catégories confondues, ne sera en 2035 que d’environ 75 millions de barils par jour.

En particulier, l'AIE estime que « le pétrole non conventionnel devrait jouer un rôle de plus en plus important dans l’approvisionnement pétrolier mondial d’ici à 2035 », malgré le bilan environnemental très controversé des gisements en question. (voir article lié). Une analyse que partage Olivier Appert, président d'IFP Energies Nouvelles*, d'après qui « les pétroles non-conventionnels d'aujourd'hui sont voués à devenir les pétroles conventionnels de demain. Car s'il est urgent de réduire notre consommation énergétique et de développer les énergies non carbonées, les ressources fossiles représenteront encore 50 à 60% de l'approvisionnement énergétiques en 2050.»
En revanche, pour Bernard Durand, ancien directeur de la division Géologie-Géochimie de l'IFP et auteur de La crise pétrolière, analyse des mesures d'urgence, l'AIE fait un pari sur l'avenir plus qu'incertain. « Le montant des investissements nécessaires pour développer fortement ces productions est extrêmement élevé. Il est bien possible aussi que les prix à la production grimpent en même temps que le prix du pétrole, reculant ainsi toujours plus loin l’horizon de la rentabilité de beaucoup de projets. »

Face à la baisse des exportations, la consommation énergétique européenne doit impérativement baisser

D'après le géologue, c'est davantage la baisse des exportations que le déclin des réserves qui impacteront à court terme les approvisionnements. « Les quantités disponibles sur le marché international vont  décroître plus vite que la production mondiale, malgré l’apparition de nouveaux pays exportateurs comme le Brésil ou le Kazakhstan », assure-t-il. Car d'ici 2020, la production des champs pétroliers en activité aura diminué de 30%. Une perte de 20 Mb/j, équivalente au double de la production saoudienne. Or, la consommation énergétique des pays producteurs augmente considérablement, et ceux-là ont déjà réduit leurs exportations de 5% depuis 2005. D'ici à 2030, « l'Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis, l'Iran, la Russie et la Norvège auront cessé d'exporter leur pétrole », ajoute Bernard Durand. Fortement dépendante de ces exportations, l'Union Européenne serait en première ligne en cas de variations chaotiques du prix du baril. En 2008, elle importait près de 70% de sa consommation de pétrole brut.

Réduire drastiquement la consommation d'énergie d'origine fossile semble donc le défi le plus urgent que l'Union européenne ait à relever. Sans quoi, la précarité énergétique pourrait, dans les années qui viennent, toucher un nombre de plus en plus important de citoyens. Or, réunis lors d'un Conseil européen consacré à l'énergie et à l'innovation le vendredi 4 février dernier, les chefs d'État et de gouvernement de l'Union ont repoussé « d'éventuelles mesures en faveur de l'efficacité énergétique » à l'horizon 2013. Et si le texte final prévoit qu'à partir du 1er janvier 2012, « tous les États membres devraient inclure des standards d'efficacité énergétique, prenant en compte les objectifs européens, dans tous les appels d'offre de bâtiments et services publics », l'objectif fixé par le paquet énergie-climat de 2008 (améliorer l'efficacité énergétique de 20% d'ici 2020 par rapport à 1990) « n'est pas sur la bonne voie ». Certes, les chefs d'État appellent à « une révolution des systèmes énergétiques » d'ici 2050. Mais le risque est grand de voir s'envoler le prix du pétrole bien avant cette échéance.

*l'IFP, Institut Français du Pétrole, a été rebaptisé IFP Energies Nouvelles en juillet 2010

Anne Farthouat
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