L'Allemagne connaît sa plus forte mobilisation anti-nucléaire

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Publié le 28-03-2011

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Si la catastrophe de Fukushima cristallise les peurs et les inquiétudes outre-Rhin, elle ne peut cependant à elle seule expliquer la forte hostilité de la population allemande envers l'énergie atomique et le vote en faveur des Verts aux élections régionales du 27 mars. Elle se nourrit d'une tradition historique, politique et militante spécifique au pays.

Il s’agit de la plus grande manifestation anti-nucléaire en Allemagne à ce jour : près de 250 000 personnes ont défilé ce samedi 26 mars dans les rues de Berlin, Cologne, Hambourg et Munich pour réclamer la sortie immédiate du nucléaire.  "Fukushima nous exhorte à éteindre tous les réacteurs » pouvait-on lire sur les banderoles. Des personnes de tous bords ont répondu présent à l’appel à manifester de la coalition formée par le parti des Verts (Bündnis 90/Die Grünen) et des sociaux-démocrates (SPD), mais aussi des syndicats, des organisations environnementales et altermondialistes. La forte mobilisation de la rue s’est ensuite poursuivie le lendemain dans les urnes : pour la première fois de leur histoire, un Grün, Winfried Kretschmann, a toutes les chances de diriger le Land prospère du Bade-Wurtemberg (dans le sud-ouest du pays), fief depuis près de 58 ans des conservateurs de la CDU.

Les Verts ont obtenu  24,2% des voix, leur meilleur score jamais enregistré à une élection. La campagne contre la politique nucléaire d’Angela Merkel a dominé dans ce Land, qui compte 4 des 17 réacteurs nucléaires du pays. « Le Japon a pesé une bonne part dans les résultats », commente à chaud le député conservateur au Bundestag Steffen Bilger. « La décision est sans appel, la sortie du nucléaire vient d’être prise aujourd’hui », déclare Sigmar Gabriel, chef de file des sociaux-démocrates en Allemagne. Mais c’est Eveline Lemke, candidate des Grünen dans le Land voisin de la Rhénanie-Palatinat, où ont eu lieu également des élections qui ont vu une forte poussée des Verts, qui détaille au mieux la situation actuelle en Allemagne : « Cela ne fait pas quelques semaines que nous revendiquons la fin du nucléaire, mais plus de trente ans », déclare-t-elle au soir des élections à la chaîne ARD. 

L’hostilité de longue date des Allemands pour le nucléaire est connue. Mais comment expliquer ce large pouvoir de mobilisation, aussi bien sociétale que politique, difficilement imaginable en France dès lors qu’il s’agit du nucléaire ? « Les ONG allemandes font preuve d’une meilleure organisation et coordination entre elles », observe, dans un premier temps, Cécile Lecomte, activiste écologiste française vivant en Allemagne. De fait, la manifestation du 26 mars a vu des membres de réseaux anti-nucléaires allemands défiler côte-à-côte avec des représentants syndicaux, ces derniers fustigeant les dangers auxquels sont exposés les salariés des centrales nucléaires.

Le militantisme, une autre facette de l’opposition au nucléaire 

Installée depuis 2005 à Lüneburg, dans le nord de l’Allemagne, Cécile Lecomte sert de relais entre les organisations anti-nucléaires françaises et allemandes, permettant de surmonter la barrière linguistique dans la coordination internationale des ONGs. « Souvent l’information arrive d’abord en Allemagne. Je la traduis pour ensuite la transmettre en France. En fait, je fournis un travail d’information et de traduction qui viendra nourrir par la suite les réseaux informels ». Mais pas seulement. Ancienne championne de France d’alpinisme, Cécile Lecomte s’est dans le sens propre du terme fait un nom grâce à ses talents d’escalade : « Eichhörchen », ou écureuil en allemand. « On pourrait appeler ce que je fais de l’escalade militante. Je fais de l’occupation d’arbres contre des projets autoroutiers ou j’accroche des banderoles le long des façades de grandes entreprises ».

Mais c’est surtout le blocage des convois ferroviaires transportant les déchets radioactifs qui concentre son énergie. « Les trains de déchets nucléaires sont le talon d’Achille de l’industrie nucléaire », explique Cécile Lecomte, alias « Eichhörchen-L’Ecureuil ». « Il n’y a pas de bouton marche/arrêt, il doit passer. Et c’est pour cela qu’ils ont une grande symbolique dans la lutte anti-nucléaire ». En descendant en rappel, Cécile Lecomte a pu à elle seule stopper un de ces convois pendant sept heures. Et c’est l’autre facette de l’opposition au nucléaire en Allemagne qui voit, années après années avec force couverture médiatique, le menottage aux voies de chemin de fer, l’affrontement avec les forces de police - ou l’escalade dans les arbres. Cet engagement anti-nucléaire, Cécile Lecomte doit le poursuivre devant les tribunaux allemands - seule, la législation allemande ne lui octroyant pas obligatoirement d’avocat pour la défendre. Elle ne compte plus le nombre d’amendes, de poursuites judiciaires, voire de filature ou de garde à vue « préventive ». Aussi, même si le débat sur le nucléaire domine actuellement l’opinion publique allemande, Cécile Lecomte estime qu’à moyen terme, l’appareil judiciaire, politique et économique n’est pas encore prêt à abandonner les enjeux liés à l’énergie atomique. « La société civile se transforme plus vite que l’appareil étatique ». Les dernières élections viennent d’en donner la preuve. 

Claire Stam à Francfort
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