Greenpeace confortée dans sa victoire juridique sur Areva

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Publié le 08-03-2006

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Le logo d'Areva détourné par Greenpeace
Le logo d'Areva détourné par Greenpeace

Alors que l'ONG avait eu gain de cause en décembre 2005 contre l'industriel sur le stockage illégal des déchets nucléaires, elle vient de conforter cette victoire juridique. Le tribunal de Cherbourg demande en effet à Areva de communiquer à Greenpeace, sous 8 jours, les informations concernant le stockage et le traitement de déchets nucléaires en provenance de Hollande. Au-delà de ces 8 jours, Areva devra payer à Greenpeace une astreinte de 10 000 euros par jour et par pièce manquante au dossier.

La décision rendue par le tribunal de Cherbourg vient confirmer, deux mois après la Cour de cassation, la victoire juridique obtenue par Greenpeace au terme de plusieurs années de poursuites judiciaires. Condamnée en décembre 2005 pour stockage illégal de déchets nucléaires, Areva se voit aujourd’hui sommée de transmettre à l’ONG toutes les informations relatives au traitements de déchets venus de l’étranger. Le tribunal de Cherbourg a ainsi confirmé, en toute logique, la première condamnation infligée au groupe industriel. Greenpeace lui avait en effet demandé par écrit de communiquer les contrats et autorisations liés aux déchets hollandais ainsi que le calendrier de retraitement  et le calendrier de retour de tous les produits issus de l'opération (produits, vitrifiés, uranium de retraitement, plutonium, déchets technologiques, déchets du process, etc.). Et, comme elle l’avait annoncé lors de sa première victoire, l’ONG a eu à nouveau recours à la justice pour obtenir satisfaction. "Nous sommes extrêmement satisfaits. Ce que nous disons depuis 20 ans est enfin validé par le droit. Plutonium et uranium sont bien des déchets. Les produits nucléaires, valorisables ou non, sont des déchets, déclare Yannick Rousselet, chargé de campagne nucléaire de Greenpeace France. Nous allons pouvoir désormais attaquer sur le fond. La totalité de ces déchets sont dans l'illégalité et doivent donc  immédiatement retourner dans leur pays d'origine. Cogema doit s'adapter à son nouvel environnement juridique."

Une longue bataille judiciaire

Polémique sur la création d'une Haute autorité de sûreté nucléaire

Le projet de loi sur la transparence nucléaire, comprenant la création d'une Haute Autorité de sûreté nucléaire (HASN), est actuellement en discussion au Parlement. Cette instance serait dirigée par un collège de cinq membres nommés pour six ans par les présidents de la République, du Sénat et de l'Assemblée nationale et aurait pour mission la surveillance des installations nucléaires et de la radioprotection. Cette disposition est largement contestée par le réseau sortir du nucléaire (RAC) ainsi que par Greenpeace. « L'angle de la transparence, sous lequel le président de la République a choisi de présenter le débat, a pour seul objectif de crédibiliser la relance du nucléaire français", a déploré le porte-parole du réseau, Stéphane Lhomme, tandis que Greenpeace estime que "personne ne pourrait demander des comptes à l'HASN, puisqu'elle ne serait pas dotée de la responsabilité morale" et que "ses membres seraient issus de l'industrie ou des services de l'administration ». Le porte-parole du gouvernement a de son côté fait valoir que "ce projet répond à une exigence de sûreté. Il répond à une exigence démocratique et s'inscrit pleinement dans le cadre de la Charte de l'environnement (...) qui prévoit le droit à l'information des citoyens en matière d'environnement ».



La Cour de Cassation a rejeté le 7 décembre le pourvoi en Cassation du groupe Cogema/Areva contre une décision de la Cour d'Appel de Caen du 12 avril 2005 qui l'avait condamnée pour stockage illégal de déchets nucléaires en France. Après 4 ans d'une  procédure entamée en mars 2001, la Cour de Cassation confirme qu'une matière nucléaire sans usage ultérieur prévu est bien un déchet et rejette de fait la distinction entre " matière valorisable " et " déchet nucléaire " que défendait Cogema/Areva. Ce procès a débuté lorsque Greenpeace a eu connaissance du stockage de déchets nucléaires venus d'Autsralie. Le tribunal des référés de Cherbourg avait alors interdit à la Cogema de procéder au déchargement et à l'entreposage des combustibles usés australiens suite à un recours de Greenpeace. L'entreprise avait fait appel et obtenu gain de cause, puis Greenpeace a alors saisi le juge du fond. Au terme d'une longue procédure, la cour d'appel de Caen a condamné, en avril dernier, la Cogema pour " stockage illégal de déchets nucléaires ", décision confirmée par la Cour de Cassation le 7 décembre. Pour Greenpeace, cette victoire est beaucoup plus large que la seule affaire des déchets australiens. Elle constitue en effet selon l'ONG " une première jurisprudence dans le domaine de la gestion par Areva/Cogema des déchets nucléaires étrangers ".

Obligation de transparence

Sur cette question, la Cour d'Appel de Caen a effectivement considéré que " le stockage depuis quatre ans de déchets radioactifs dans des conditions injustifiées au regard de la législation applicable (...) constitue une atteinte portée à la qualité de l'environnement... " . La loi du 31 décembre 1991 (loi Bataille) interdit en effet de stocker en France des déchets nucléaires étrangers en dehors des délais techniques strictement nécessaires pour leur retraitement. Or, le contrat entre la société australienne et la Cogema ne prévoit " aucune  utilisation quelconque du combustible usé ", ce qui a fait dire à la Cour que ce stockage était illégal. Désormais, cette nouvelle jurisprudence peut s'appliquer à tous les déchets étrangers -provenant actuellement de Suisse, d'Allemagne et de Hollande- stockés sans autorisation ou prévision de retraitement. Pour Maître Faro, l'avocat de Greenpeace, cette décision crée un nouveau droit des activités nucléaires ainsi qu'une obligation de transparence, puisque désormais le contrôle des déchets ne sera plus exclusivement sous l'autorité du pouvoir politique, mais sera susceptible d'être contrôlée au plan juridique. "Alors qu'auparavant seules les autorités politiques contrôlaient les déchets nucléaires, nous pouvons maintenant demander des comptes sur le stockage de tous les déchets étrangers ou français. Devenus des déchets " comme les autres ", les matières nucléaires ne sont plus protégées et tombent dans le droit commun ", précise Maître Faro.
Cette décision historique va nous permettre d'interroger Areva sur les déchets stockés depuis 15 ans en France, et savoir où se trouvent les produits issus du retraitement, ajoute Yannick Rousselet, chargé de campagne nucléaire chez Greenpeace. Nous pouvons également demander le calendrier prévu pour les opérations de retraitement et pour la réexpédition de ces matières dans leur pays d'origine ". Greenpeace , qui dénonce le stockage illégal de déchets étrangers " jamais retraités ", a fait savoir qu 'elle souhaitait obtenir des réponses " rapides " sur les contrats de retraitement existants entre l'industriel français et ses clients étrangers, " avant de procéder par référé devant le tribunal si nécessaire ", a-t-elle ajouté. Pour l'heure, l'ONG a obtenu sur l'affaire des déchets australiens 10 000 euros de dommages et intérêts versés par la Cogema pour " atteinte à la qualité de l'environnement " .
Dans un communiqué, le groupe Cogema a commenté la décision de la Cour de cassation en indiquant qu'elle " ne remet pas en cause le traitement des combustibles usés australiens qui a débuté le 9 juin 2005, l'autorisation opérationnelle de traitement ayant été délivrée par arrêté le 29 mars 2005. Conformément à la loi, les déchets issus du traitement seront renvoyés en Australie. L'uranium sera recyclé ", a précisé l'industriel.

Véronique Smée
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