Europe : la politique énergétique répondra-t-elle aux attentes des citoyens ?

Planète \Energies

Publié le 04-04-2006

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Dans un contexte de défis énergétiques majeurs –sécurité des approvisionnements et réduction des émissions de gaz à effet de serre– les citoyens européens sont une majorité à considérer que le bon niveau de décision est le niveau européen. Pour autant, si le récent Conseil européen qui s'est tenu les 23 et 24 mars 2006 réaffirme la volonté d'un marché intérieur et d'établir une feuille de route commune, le manque de précision des objectifs témoignent d'une certaine timidité face aux enjeux.

En décembre 2005, lors de la 16e Conférence sur la charte européenne de l'énergie, à Bruxelles, Andris Pielbags, commissaire européen à l'énergie déclarait que "dans nos scénarios habituels, à l’horizon 2030, près de 70% de l’énergie consommée dans l’Union européenne sera importée. La demande énergétique devrait croître de 1 à 2% par an et la part des combustibles fossiles dans notre approvisionnement énergétique pourrait atteindre près de 90%, augmentant considérablement les émissions de gaz à effet de serre.” Face à la raréfaction ainsi qu'au renchérissement des ressources fossiles et à l'objectif de diviser par 4 nos émissions de GES d'ici 2050, la mise en place d'une stratégie énergétique cohérente à l'échelle de l'Europe est plus que nécessaire. Une situation dont sont conscients les citoyens européens selon le dernier eurobaromètre "énergie" paru en janvier 2006.

Europe et européens face aux défis énergétiques

En effet pour près de la moitié d'entre eux (47%), le niveau le plus approprié pour la prise de décision quant aux nouveaux défis en matière d'énergie –sécurité d'approvisionnement et changement climatique notamment – est le niveau européen. Il apparaît clairement aussi que les Européens des 25 pays membres de l'Union voient dans le développement des énergies renouvelables et la R&D les meilleurs moyens de réduire notre dépendance énergétique. Ainsi 48% d'entre eux attendent des gouvernements nationaux qu'ils privilégient le développement de l'énergie solaire  (63% en France) et un tiers le développement de l'énergie éolienne. Seuls 12% citent l'énergie nucléaire comme un instrument efficace pour relever les enjeux énergétiques futurs.

Si 40% sont prêts à payer plus chère une "énergie verte", seuls 13% accepteraient une hausse du prix de l'énergie supérieure à 5%, ce qui semble définir le plafond d'une hausse des coûts acceptable pour les foyer européens. Il faut noter, de plus, que les résultats par pays sont beaucoup plus différenciés : les populations des nouveaux Etats membres se montrent beaucoup plus réticents à l'idée de payer plus chère une énergie issue de ressources renouvelables, une attitude qui semble liée à la situation économique du pays. Ainsi 43% des européens souhaiteraient en apprendre plus sur l'utilisation efficace de l'énergie notamment par rapport à l'impact que cela pourrait avoir sur leur facture. Pour 40% d'entre eux, les mesures d'incitation comme les déductions fiscales encourageant l'efficacité énergétique devraient être privilégiées par les pouvoirs publics.

Par contre seule une hausse significative du prix du pétrole les inciterait à revoir l'utilisation de leur voiture. A partir de 2 euros le litre d'essence, ils sont alors 22 % à déclarer qu'ils utiliseront leur véhicule "beaucoup moins souvent" et 31% "un peu moins souvent."

Achever le marché européen de l'énergie

C'est dans ce contexte de défis énergétiques majeurs et de citoyens favorables à une énergie plus propre mais pas à n'importe quel prix, que la Commission a présenté son Livre vert sur la politique énergétique européenne et dont les principaux axes ont été confirmés lors du Conseil européen qui s'est tenu les 23 et 24 mars 2006.

Rappelant trois objectifs principaux –sécurité de l'approvisionnement, compétitivité et viabilité environnementale– le Livre vert met surtout l'accent sur la nécessité de dépasser les protectionnismes nationaux en la matière et d'achever le marché intérieur de l'énergie. José Manuel Barroso, Président de la Commission, a ainsi déclaré : "S'il y a des entreprises européennes en matière aéronautique, pourquoi ne peut-il y avoir de grandes entreprises européennes en matière énergétique ? Voilà l'importance d'un point de vue conceptuel et politique, c'est de passer du plan stratégique national, des 25 mini-marchés de l'énergie au plan stratégique européen." Pour ce faire, près d'une trentaine de propositions ont été annoncées. Il est ainsi rappelé que l'Union et les Etats-membres doivent œuvrer pour finaliser l'ouverture du marché intérieur de l'électricité et du gaz. A partir de juillet 2007, tout consommateur européen aura le choix de son fournisseur. Il est prévu également de favoriser le développement des infrastructures des réseaux gaziers et électriques pour qu'au moins 10% des capacités de production soient interconnectées. Côté viabilité environnementale, le Livre vert et le conseil annonce la volonté de parvenir d'ici 2015 à ce que la part des énergies renouvelables dans la production d'énergie atteigne 15%.

Si cette réflexion semble annoncer la volonté d'un marché de l'énergie plus cohérent et que l'idée de réduction de la demande fait son chemin, nombre d'organisations écologistes dénoncent l'absence d'objectifs concrets clairs et chiffrés et regrettent la timidité de la démarche. Les Verts européens demandent même que soit intégré un programme de sortie du nucléaire. Difficile, en l'état, de savoir si ces directions finiront pas répondre aux attentes des citoyens dans un territoire où quand la France se lance dans un projet de nouveau réacteur nucléaire, l'Autriche, premier pays européen en matière d'énergies renouvelables, réaffirme que cette source d'énergie n'est toujours pas une option, alors qu'il est certain que le développement des énergies renouvelables n'est possible qu'avec une volonté politique forte. Au moins, la volonté de fixer des objectifs communautaires  concernant le bouquet énergétique global et de créer un régulateur européen de l'énergie semble jeter les bases d'une future politique énergétique commune.

Christophe Brunella
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