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Les projections de la consommation et de l'offre énergétique pour 2030 sont pour le moins alarmantes. Selon l'agence internationale de l'énergie (AIE), la demande mondiale devrait exploser (+ 50% d'ici 2030), tirée par les pays émergents qui représentent les 2/3 de cette augmentation, (20% pour la Chine à elle seule). Cette consommation continuera en outre à reposer en grande partie sur les énergies fossiles. " Il s'agit d'un phénomène géopolitique majeur, dont les pays industrialisés ne seront plus les acteurs principaux, expliquait Olivier Appert, directeur de l'AIE, lors d'une conférence organisée par le Conseil économique et social. En outre, les pays de l'OCDE vont accroître leur dépendance vis à vis des pays instables pour l'exploitation du gaz et du pétrole. Enfin, les émissions de CO2 des PVD vont dépasser celles des pays du nord, d'où leur implication indispensable et urgente dans le protocole de Kyoto ". Si à l'heure actuelle, un large consensus se dégage sur la nécessité d'adopter un mix énergétique pour l'avenir, la répartition entre énergies fossiles et sources alternatives demeure au cœur des débats. Les projections réalisées à partir des politiques actuelles montrent en effet que si l'on suit le modèle d'aujourd'hui, 90% des besoins seront toujours satisfaits par les énergies fossiles, et seulement 10% par des sources alternatives...
Maîtrise de la consommation
La loi d'orientation sur l'énergie doit donc relever deux défis majeurs : la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre et la dépendance de l'économie aux prix du pétrole et du gaz, qui augmenteront probablement avec la stagnation de la production. L 'objectif affiché par le texte est de diviser par quatre les émissions de GES d'ici 2050 , tout en garantissant la sécurité des approvisionnements et la stabilité du prix de l'énergie. Principale mesure sur la maîtrise de la consommation, les " certificats blancs " imposent des obligations chiffrées d'économies d'énergie aux fournisseurs d'électricité, de gaz, et de fioul domestique. Deux options sont possibles : ou bien les fournisseurs financeront directement ces économies d'énergie en incitant leurs clients à diminuer leurs besoins, ou bien ils achèteront des certificats d'économies d'énergie pour compenser les excès de consommation. Cette mesure s'applique aussi bien aux entreprises qu'aux particuliers, qui pourront voir leurs factures diminuer en achetant, par exemple, des ampoules basse consommation. Aucune obligation contraignante n'est en revanche prévue pour les " certificats verts ", qui sont limités au rôle de " label ", certifiant que l'électricité vendue est produite par des énergies renouvelables. En matière d'énergies renouvelables, les députés ont adopté le " Plan Face-Sud ", dont l'objectif est d 'installer 200.000 chauffe-eau solaires par an en 2010, ainsi que le plan " Terre-Energie " qui " favorisera la production, la promotion et la diffusion des biocarburants dans les transports". En revanche, ils ont décidé de confier aux maires, et non plus aux préfets, la délivrance des permis de construire des éoliennes, qui sera obligatoirement subordonnée à l'avis conforme de la commission des sites et à l'avis des communes voisines, procédure qui risque de compliquer la mise en oeuvre des ces projets. Furieuse, l'opposition voit dans ce nouveau dispositif "la mort des éoliennes", selon l'expression d'Yves Cochet, responsable des Verts. " L'EPR n'est pas une priorité "
L'option nucléaire retenue par le gouvernement, avec la construction d'un réacteur de nouvelle génération EPR (European Pressurised Reacteur), est la mesure la plus controversée du projet. Un premier exemplaire de ce réacteur, construit par le consortium franco-allemand Areva-Siemens, doit entrer en fonctionnement en Finlande, en 2009. EDF devra proposer avant l'été au gouvernement un site pour accueillir le "démonstrateur", proposé par Areva et Siemens, qui sera opérationnel en 2010. Une série industrielle pourrait être lancée en 2015, en vue d'une mise en service à partir de 2020. Les associations écologistes, qui ont recueilli 100 000 signatures pour leur pétition anti-nucléaire, reprochent au gouvernement d' instituer un débat " de justification de l'énergie nucléaire ", ayant pour seul but de " réconcilier les français avec cette énergie ". "L'EPR n'a aucune utilité quels que soient le scénario d'évolution de la consommation énergétique", estime Michèle Rivasi, ex-directrice de Greenpeace France. Avec les 3 milliards d'euros qui seront consacrés en France à la construction d'un démonstrateur, on pourrait investir dans les énergies renouvelables et produire deux fois plus d'électricité". Les sept associations regroupées dans ce qu'elles appellent " le vrai débat " (voir article lié) - Agir pour l'environnement, Sortir du nucléaire, le Réseau Action Climat, France Nature Environnement, Greenpeace, les Amis de la Terre et le WWF- dénoncent une " politique industrielle, et non pas énergétique, prise dans le seul intérêt d'une multinationale ". Lors des débats à l'assemblée nationale, les députés UDF ont affirmé que l' " EPR n'est pas une priorité majeure pour la France. La mobilisation autour de ce projet n'est pas satisfaisante. Nous avons besoin d'une pause de deux ou trois années. Nous ne savons pas, par exemple, si nous parviendrons à remplir dans les temps l'objectif de 21 % d'énergie renouvelable dans notre production totale ! C'est cela qui doit nous mobiliser, pas l'EPR " ont-ils ajouté. " Impasse sur les transports "
Autre reproche récurrent des associations et de certains parlementaires : le gouvernement réduirait, avec ce texte, le problème de l'énergie à celui de l'électricité, et éviterait le sujet du transports, qui " dépend à 98% du pétrole et pose la question des émissions de gaz à effet de serre ". " Le projet fait l'impasse sur la question des transports, alors que les rejets de CO2 d'origine automobile ne cessent d'augmenter, atteignant près de 40% des émissions nettes de CO2, " dénonce CAP 21. Le secteur des transports est responsable de 26% des émissions brutes d'origine humaine en 2001 (contre 21% pour l'industrie et 19,4% pour l'agriculture) et de 34% pour le seul CO2 . En la matière, le texte gouvernemental comprend peu de dispositions concrètes. Il indique que l'Etat " encourage, dans un cadre européen, et sur la base d'accords avec les industriels concernés, une réduction des émissions individuelles moyennes de CO2 des automobiles neuves à 120 gCO2/km à l'horizon 2012 ", qu'il s'engage à mieux informer les consommateurs sur l'achat de véhicules moins polluants, et qu' il " incitera également les entreprises à améliorer le rendement énergétique de leur chaîne logistique et à optimiser les déplacements professionnels ou domicile / travail de leurs employés ".
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