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En 2008, l’Ademe avait déjà identifié le phénomène de précarité énergétique, le Grenelle lui donne une définition : elle touche des ménages vulnérables par la faiblesse de leurs revenus, habitant dans des logements mal isolés et dépensant plus de 10% de leurs revenus pour satisfaire leurs besoins élémentaires en énergie. Cette situation concerne aujourd’hui 3 400 000 ménages (13% des ménages), des ménages défavorisés et modestes, propriétaires dans la grande majorité (62%) et âgés de plus de 60 ans (55%). Selon l’Ademe, la part des dépenses d’énergie dans le budget des Français varie en effet considérablement selon «leur lieu de résidence et leurs revenus». Elle est passée de 10 à 15 % dans le revenu des ménages les plus pauvres entre 2001 et 2006, tandis qu’elle a baissé pour les plus aisés, dont les revenus augmentent plus vite que le prix de l’énergie. La part des dépenses énergétiques des 20 % les plus pauvres est ainsi 2,5 fois plus élevée que celle des 20 % les plus riches… Les dépenses en combustibles fossiles des plus aisés représentent moins de 4% de leur revenu total alors que les ménages les plus défavorisés consacrent presque 9% de leur revenu total à l'achat de gaz et de produits pétroliers. De même, les dépenses en électricité des ménages à fort pouvoir d'achat représentent seulement 2% de leur revenu contre 6% pour les plus pauvres, rappelle l'Agence, en citant une enquête 2006 de l'Insee. Un phénomène qui n’est pas prêt de s’enrayer, puisque selon l’Ademe, les prix augmentent de 3 % par an depuis 1995, et qu’ils pourraient croître de manière « exponentielle » après 2020. Aux inégalités liées aux revenus s'ajoutent le clivage rural/urbain : la part de ces dépenses dans le budget d'un citadin reste inférieure de près d'un quart à celle d'un habitant rural. "La part des achats de combustibles fossiles dans le revenu des ménages peut être multipliée par six entre un riche citadin et un rural pauvre", estime même l’Ademe. C’est ce constat, lié aux impératifs écologiques pour le secteur de l’habitat, qui conduit aujourd’hui Jean-Louis Borloo à promouvoir les mesures de « Solidarité écologique », issues du Grenelle de l’environnement et du rapport Pelletier sur la précarité énergétique, remis le 6 janvier dernier au ministre. Ce rapport avait identifié 425 000 ménages concernés, finalement ce sont 300 000 d’entre eux qui ont été ciblés par ces nouvelles mesures. Des propriétaires aux revenus très modestes (non imposables), situés en milieu rural, qui seront aidés pour rénover leur habitation et réduire leur facture de 20à 30%, sur la période 2010-2017 ; soit 40 000 par an. Pour un montant de 10 000 euros de travaux, 70% seront subventionnés directement, sans que les ménages n’aient à avancer l’argent (dont ils ne disposent pas…). La somme restante sera couverte par les économies d’énergies réalisées (665€ par an pendant cinq ans). Au total, 1, 25 milliards d’euros seront consacrés à cette mesure, via le Fonds national d'aide à la rénovation thermique des logements privés, géré par l'Agence nationale de l'habitat (ANAH), qui avancera directement les sommes aux propriétaires retenus après avoir réalisé un diagnostic énergétique. Réagissant à cette annonce, Europe Ecologie estime que cette précarité « touche plus de 3 millions de personnes en France, autant dire que cette aide n’est pas à la hauteur des besoins des Français. Si nous partageons la préoccupation du gouvernement sur cette question essentielle aujourd’hui, force est de constater que le rythme n’est pas le bon. Ce qu’il faut, c’est la rénovation de 300 000 par an », peut-on lire dans le communiqué du mouvement écologiste. Enfin, le Cler (Comité de liaison des énergies renouvelables) avait déjà exprimé son scepticisme sur l’application réelle des recommandations du rapport Pelletier, auquel il a participé. « Force est de constater que les ministres n’ont pas semblé particulièrement enthousiastes devant les 9 propositions d’actions retenues dans le plan (…) », a-t-il fait savoir le 12 janvier dernier. « Ils ont certes salué bien bas les prouesses consensuelles et les capacités de concertation incroyables des structures associées à la réflexion, mais ont balayé bien vite les espoirs d’avancées significatives aux niveaux national et local ».
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