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Concurrence ouverte rimera-t-elle avec électricité verte ?

Planète \Energies \Energies renouvelables

Publié le 20-09-2004



Depuis le 1er juillet 2004, le marché français de l'électricité est ouvert à tous les clients professionnels, c'est-à-dire que 70 % des acheteurs d'électricité peuvent faire jouer la concurrence . Ils seront rejoints, en juillet 2007, par les particuliers pour l'ouverture totale du marché. Face à l'objectif européen de 21 % d'énergies renouvelables dans la production totale d'énergies d'ici 2010, l'électricité verte bénéficiera-t-elle de cette libéralisation ?

PME, artisans, commerçants, collectivités locales ou associations peuvent désormais librement choisir leur fournisseur d'électricité et faire le choix des énergies renouvelables pour tout ou partie de leur consommation. Le 1er juillet, dans le cadre de sa campagne "EDF, demain j'arrête", Greenpeace annonce qu'elle a choisi l'offre 100% verte de Gaz et Electricité de Grenoble. "Nous ne prétendons pas avoir trouvé la perle rare, mais vu ses choix passés et sa stratégie future,  GEG correspondait le mieux à nos attentes. Nous aurions pu choisir Greenpeace Energie qui se trouve en Allemagne, mais nous voulions faire un choix qui soit reproductible en France", explique Hélène Gassin, responsable des campagnes énergie de Greenpeace France. L'objectif de l'ONG est clair : démontrer que l'on peut quitter EDF, se fournir en électricité verte et inviter tous les consommateurs éligibles à les suivre pour faire échouer le projet de l'EPR.

Pour les ONG, une opportunité à saisir

Même volonté d'exemplarité au WWF qui, en association avec les Eco-Maires –réseau de 700 mairies pionnières de l'environnement, a lancé la campagne "100 collectivités se branchent à l'électricité verte. "Avec cette campagne, nous voulons montrer qu’il est possible d’avoir en France une demande forte pour une électricité verte. Nous demandons aux 100 collectivités de s’engager au moins à 21%, objectif symbolique qui doit être atteint par la France d’ici 2010," explique Edouard Toulouse, chargé de campagne. Informer, sensibiliser  et accompagner les collectivités car elles sont leaders d'opinion et qu'elles peuvent accroître la notoriété des énergies renouvelables, tel est l'enjeu du WWF. "Il y a là une opportunité pour le développement des énergies renouvelables mais nous sommes conscients que le marché bougera peu, le temps notamment que les éligibles rédigent leurs appels d’offres. Cette démarche de sensibilisation que nous entreprenons avec les éco-maires  devrait aussi sensibiliser les industriels."

Une offre d'électricité verte encore à construire

Jonathan Coony, Responsable pour la France de la Division des Etudes de l'Agence Internationale de l'Energie, minimise le potentiel d'un effet de la demande sur le développement des énergies renouvelables. "Quand on interroge les gens à propos des énergies renouvelables, ils y sont très favorables mais le passage à l'acte est rare d’autant plus que les offres d'électricité verte sont peu nombreuses" et il ajoute " Le marché était déjà ouvert aux grands consommateurs, or il n'y a pas eu de changements majeurs pour l’électricité issue des énergies renouvelables."

Même si Poweo, "courtier" en énergie, annonce déjà que 5 500 clients l'ont rejoint, le poids historique d'EDF est tel que l'inertie risque de primer sur toute autre évolution. Par exemple, l'entreprise publique a déjà annoncé que tout client ayant rompu son contrat avec elle et souhaitant finalement revenir ne retrouvera pas les conditions tarifaires qu'il avait auparavant. Un argument légitime de la part d'EDF mais très dissuasif pour les entreprises qui auraient des velléités de changement. Car si, grâce à sa production d'électricité hydraulique – 9,3% de sa production totale-, EDF demeure le premier producteur européen d'électricité issue d'énergies renouvelables, force est de constater que les autres énergies de ce type ne représentent que 0,1% de sa production mondiale. A ce jour pour le marché français, EDF a seulement prévu d'élargir son offre "Equilibre" à de nouveaux clients.

Le WWF dénonce le fait que rien ne garantit que le surcoût de l'offre Equilibre serve à investir dans de nouvelles capacités de production en énergies renouvelables. C'est pourquoi, en association avec le CLER (Comité de Liaison des Energies Renouvelables), il a réuni un conseil scientifique pour définir des critères de qualité d'une offre électrique "verte" et mettre en place un label européen, le standard EUGENE. "Nous procéderons à un audit annuel afin de récompenser et distinguer les véritables offres d’électricité verte. L’ouverture à la concurrence du marché des particuliers pourra accélérer le développement des énergies renouvelables. Nous avons deux ans pour montrer que l’électricité verte ça marche et pour, qu'en 2007, le consommateur bénéficie d'une information crédible et claire," explique Edouard Toulouse.

La volonté politique fait encore défaut

Sur le site de sa campagne contre l'EPR, Greenpeace a recensé les fournisseurs français d'électricité verte certifiée et il n'y en a que trois : GEG, Poweo, et Electrabel, filiale de Suez. Pour Helène Gassin, "les blocages administratifs restent encore nombreux, la simplification des procédures est essentielle. Il est encore trop de difficile de financer des petites structures de production d’électricité verte." De son côté Edouard Toulouse du WWF rappelle que "le seuil de 12 MW imposé aux construction de production éolienne nuit à leur développement et, concernant le photovoltaïque, la loi sur l'énergie prévoit un système d'aide sur 3 ans alors que pour élaborer un plan de financement viable de cette filière de production, les constructeurs ont besoin d'une visibilité sur 5 à 10 ans."

Rappelant que lorsque la France s'est engagée, il y a 30 ans, dans son programme nucléaire, personne ne savait s'il réussirait et qu'une partie de la population s'opposait à l'ouverture des centrales, Jonathan Coony, de l'AIE, conclut : "Il faut que les pouvoirs publics soutiennent les énergies renouvelables car l’ouverture du marché n’y changera pas grand-chose. Si le marché donne plus de pouvoir au consommateur, il ne serait pas sage de s’en remettre à sa seule volonté. Or, à ce jour, le soutien effectif de l’état n’est pas au rendez-vous."

Christophe Brunella
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