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C’est pour le moins insolite. Le visiteur parcourant le zoo de Hellabrunn à Munich découvre sur un grand tableau électronique que le fumier produit par les animaux du zoo contribue à fournir de l’électricité à 120 ménages, ainsi qu’à chauffer plusieurs parties du parc animalier. Ce fumier fait en effet partie des 2000 tonnes de déchets organiques récoltés par la régie communale de la capitale bavaroise, déchets qui sont ensuite placés à l’intérieur d’une grosse cuve appelé digesteur. Fermé et chauffé, sans entrée d’air et à l’abri de la lumière, les déchets placés dans ce digesteur se décomposent par l’action combinée de plusieurs types de micro-organismes pour produire du biogaz, lequel est ensuite conduit à la centrale de cogénération communale pour produire électricité et chaleur. Une énergie locale, urbaine et à 100% renouvelable. Le projet-pilote mené au zoo de Munich entend montrer tout le potentiel énergétique des déchets organiques ménagers en milieu urbain. Jusqu’à présent en effet, la production de biogaz produit à partir de cultures, en milieu rural donc, avait le vent en poupe. Selon l’Agence allemande du biogaz (Fachverband Biogas e.V.), on dénombre fin 2009 environ 4 780 centrales au biogaz en fonctionnement, correspondant à une puissance électrique moyenne de 400 kW et à une puissance installée cumulée de 1 600 MW. Cette poussée du biogaz en Allemagne s’explique par la volonté du législateur de valoriser cette énergie, la loi sur les énergies renouvelables (la fameuse EEG) prévoyant une prime de 60 €/MWh, en plus du tarif d’achat de base de l’électricité. Acteurs et projets se multiplient Et c’est aux communes et entreprises de ramassage des ordures de découvrir à leur tour le potentiel énergétique des quelques huit million de tonnes de déchets organiques ou « Biomüll » par an produits par les ménages allemands. Précisons ici que dans une très large majorité, les ménages allemands se doivent de posséder quatre poubelles devant leurs portes : pour la « Biomüll » donc, pour le papier, pour le plastique en tout genre et enfin pour tout ce qui est jugé difficilement ou non recyclable, le « Restmüll ». Michael Kern, chercheur à l’institut de Witzenhausen sur les déchets, l’environnement et l’énergie observe que « beaucoup d’entreprises de ramassage des ordures réfléchissent actuellement à investir dans ce secteur. En un laps de temps assez court, le nombre de centrales biogaz (traitant les déchets organiques ménagers) a doublé, passant de 60 à 120 ». Certes, le nombre de ces centrales apparait encore très faible par rapport aux centrales au biogaz fonctionnant avec les déchets agricoles, mais dans quelques années, environ un tiers, voire la moitié des déchets organiques seront transformés en biogaz, prédit le chercheur. De fait, Berlin prévoit d’étendre la part des énergies renouvelables vers un minimum de 30% de la fourniture en électricité d’ici 2020. Les biodéchets pourraient alors représenter 3% selon les calculs de l’institut de Witzenhausen, soit un cinquième de ce produirait la photovoltaïque. Au niveau européen, l’avenir semble aussi prêter à l’optimisme : une récente étude de l’agence Frost & Sullivan prévoit que l’industrie des déchets dans la fourniture d’énergie va atteindre une valeur de 3,6 milliards de dollars d’ici 2016 en Europe. Pour les entreprises de collecte et de traitement des déchets (privatisées ou partiellement en Allemagne), investir dans le « recyclage » des déchets organiques ménagers présente l’avantage majeur de s’assurer un moyen de revenus supplémentaire conséquent. En vendant l’électricité et la chaleur produites par leurs centrales de biogaz, elles sont en droit de bénéficier de la prime et des tarifs d’achat prévus par le législateur. Ce à quoi il faut ajouter le fait que ces entreprises peuvent utiliser leurs propres énergies, un facteur majeur de réduction de coûts d’opération. Pour les communes, cela signifie principalement accélérer la fin des incinérateurs, très impopulaires auprès des habitants (de 562 en 1993, l’Allemagne est passé à 160 incinérateurs en 2007), ainsi qu’une possibilité de faire baisser les redevances pour le ramassage des ordures. Mais au siège de la Fédération des entreprises communales (la VKU qui représente les régies communales en Allemagne) à Berlin, on fait savoir que la valorisation des déchets organiques en milieu urbain rentre dans une stratégie d’indépendance énergétique vis-à-vis des quatre oligopoles qui se divisent le marché de l’énergie en Allemagne. « Grâce à l’énergie produite dans leurs propres centrales, les régies communales élargissent leurs accès à un marché attractif jusque-là monopolisé par les quatre entreprises de l’énergie. Cette énergie réduit par ailleurs la dépendance des régies communales vis-à-vis de la fluctuation des prix à la bourse à l’énergie de Leipzig ». L’observation a son importance alors même que le gouvernement vient de rallonger la durée de vie des centrales nucléaires, cimentant encore un peu plus le monopole des quatre géants de l’énergie…
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