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Définir des objectifs ambitieux sans leur adjoindre de moyens est-il une démarche utile ? Alexia Leseur : L'absence de moyens clairement identifiés est bien sûr regrettable mais c'est quand même très important que la Commission Européenne affiche des objectifs de long terme, vis-à-vis des industriels énergéticiens et électriciens qui en tiendront compte dans leur décision d’investissement et vis-à-vis de la communauté internationale. Aujourd’hui, seule l’Union Européenne a une voix forte sur la lutte contre le réchauffement climatique, le Canada est en recul depuis le changement de gouvernement et, au niveau fédéral, la position des Etats-Unis n’a pas bougé. C’est donc crucial que l’Union évoque l’après 2012, terme du protocole de Kyoto. Le fait qu’elle donne un cap de réduction des émissions ambitieux va servir de référence.
ONG et urgence climatique
Réaction Greenpeace a accueilli froidement les annonces de la Commission Européenne. Pour l’ONG, il s’agit d’une « communication pot pourri de toutes les bonnes et mauvaises solutions pour lutter contre la crise climatique et faire face aux enjeux énergétiques qui se profilent. Pour son expert climat l’objectif de réduction devrait être de 30 % et il ne faut pas fixer un objectif global d’usage de recours aux énergies renouvelables mais des objectifs sectoriels. Enfin face à l’urgence climatique, Greenpeace estime que les solutions existent : «efficacité, sobriété et renouvelables étant le triptyque de base » et elle appelle la Commission et les Etats membres à « se détourner des mauvaise solutions que sont le nucléaire, le charbon soit disant propre et la séquestration ». Action Greenpeace est membre de l’Alliance, une coalition d’ONG qui appelle tous les citoyens français à une grande mobilisation sur le climat le 1er février 2007. L’idée consiste à leur demander d’éteindre toutes les lumières et appareils y compris ceux en veille pendant 5 minutes, entre 19 H 55 et 20 H, le jour de la sortie à Paris du nouveau rapport du groupe d’experts climatique des Nations Unies. L’objectif est de montrer aux candidats à l’élection présidentielle que le changement climatique est un sujet primordial à prendre en compte.
L’Union n’a pas précisé de quels moyens elle se dotait pour atteindre ces objectifs. A.L. Ce n’est pas encore si inquiétant à ce stade. D’une part elle fera une nouvelle communication sur ces moyens courant 2007, d’autre part, tout dépend de la façon dont les Etats membres mettront en œuvre ces objectifs. Il est évident qu’à l’heure actuelle ils sont à des degrés très divers d’avancement à la fois sur la réduction des émissions et la fourniture en énergies renouvelables. Une place importante devrait être accordée au système de marché européen des quotas d'émissions. La Commission vient de donner un signal fort en demandant à 9 Etats membre, fin 2006, de revoir leur PNAQ pour les durcir. Aujourd’hui, elle a décidé d’obliger ses membres à exiger des industriels concernés une politique plus ambitieuse de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. De quels instruments dispose l’Union pour atteindre l’objectif de réduction de 20 % de ses émissions de GES à horizon 2020, dans le domaine de l'énergie ? A.L. Du marché des quotas d’émissions d’abord. L’idée est bien de donner un prix à la tonne de CO 2 suffisamment élevé pour que ceux qui ont beaucoup réduit leurs émissions gagnent de l’argent et ceux qui ne le font pas paient un coût élevé. La première phase de fonctionnement du mécanisme sur 2005-2007 a permis de tester le mécanisme mais les quotas nationaux ont été largement accordés et le prix de la tonne a atteint des niveaux très faibles. Pour la seconde période 2008-2012, on est plus optimiste, le prix de la tonne est d’ores et déjà beaucoup plus élevé puisque les acteurs tiennent compte des décisions de la Commission sur les PNAQ. Sur les énergies renouvelables et les biocarburants, les Etats membres ont l’obligation de respecter les objectifs fixés. C’est en principe à eux de se donner les moyens de les atteindre. Reste à savoir si les pénalités en cas de non respect des objectifs seront suffisantes. Quelles sont les autres initiatives qui vous semblent intéressantes ? A.L. : La volonté d’intégrer le secteur aérien dans le mécanisme de réduction des émissions de GES (voir article lié) ainsi que le développement des dispositifs de séquestration de carbone. Aujourd’hui cela semble être une piste très prometteuse pour les centrales électriques au charbon qui sont nombreuses en Europe et partout dans le monde. Il y a aujourd’hui deux projets pilotes aux USA et en Mer du Nord mais la Commission a d’ores et déjà dit qu’elle voulait l’intégrer au mécanisme à une date non encore fixée. Toutes les actions vont vers la réduction du carbone, quels programmes existent pour les autres gaz à effet de serre ? A.L. : Le carbone représente plus de 80 % des émissions de GES en Europe mais il existe deux autre gaz dont les effets sont préoccupants : le méthane et le N20. Ils sont plus difficiles à mesurer et à limiter puisque leurs sources d'émissions sont diffuses. Par exemple l’agriculture est un secteur fortement émetteur de méthane. Des réductions sont possibles mais en France cela concerne 600 000 exploitations ! La France a eu l’idée de proposer de créer des « projets domestiques » pour tous les secteurs non soumis au système des quotas (agriculture, bâtiments, transport…). Il s’agit de financer des projets de réduction des émissions de GES adossés au dispositif du protocole de Kyoto sur le territoire français. La phase expérimentale vient d’être lancée, une cinquantaine de porteurs de projets ont manifesté de l’intérêt. Le premier appel d’offre devrait être organisé au printemps 2007 en attendant les décrets d’application de ce système que le gouvernement devrait publier dans les semaines à venir.
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