Accès à l'électricité : un défi pour ABB et pour la Tanzanie

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Publié le 06-08-2007

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La Tanzanie connaît de sévères problèmes d'accès à l'électricité qui paralysent le développement économique et social du pays, et nuisent à la pérennité de l'environnement. Depuis 2003, le constructeur d'équipements électriques ABB a lancé, en partenariat avec le WWF, le programme « Accès à l'électricité ». L'objectif : équiper des villages ruraux en générateurs pour leur donner accès au développement et les impliquer dans la conservation de la flore et de la vie sauvage.

Dans le Sud-Est de la Tanzanie, la réserve du Selous abrite une importante population d’animaux sauvages, dont beaucoup sont des espèces protégées. « Nous avons des problèmes avec les communautés limitrophes », regrette Cyprian Malima, chef de projet pour le WWF. « Dès que les animaux sortent du parc, ils ne sont plus en sécurité. C’est pourquoi nous travaillons depuis 1997 avec les habitants du village de Ngarambe sur la frontière Est de la réserve pour les impliquer dans la conservation des espèces animales ». Pour le WWF, cette prise de conscience doit passer par un meilleur accès au développement. Un avis que partage Valbert Moshi, chef de projet pour ABB en Tanzanie : « Nous pensons que si les communautés ont accès à l’énergie, elles vont naturellement être amenées à se développer. La nuit tombe toute l’année vers 18h. L’électricité permet d’éloigner les animaux des villages, de dégager du temps de travail et de permettre un meilleur accès à l’éducation, à la santé et à la construction de commerces. » En 2003, ABB a rejoint le WWF pour lancer le programme Accès à l’électricité et fournir un générateur au village de Ngarambe. « Seule 10 % de la population tanzanienne est connectée à l’électricité, dont moins de 1 % en milieu rural » note Valbert Moshi. « À Ngarambe, dès la mise en place du générateur, le commerce a augmenté. Les professeurs peuvent profiter de la soirée pour corriger les devoirs et donner des leçons particulières. L’hôpital est opérationnel même la nuit. Enfin, les animaux se tiennent à l’écart du village et risquent moins d’être chassés par les habitants ».

Monopole public et initiatives privés

Si la problématique environnementale est centrale en Tanzanie, la question de l’implantation des entreprises sur un secteur de l’énergie en difficulté est également essentielle. « La structure du secteur énergétique est particulière en Tanzanie », souligne Emmanuel Maillard, responsable de la Mission économique à Dar es Salaam. L’entreprise publique Tanesco (Tanzania Electric Supply Company Limited), créée par le président socialiste Julius Nyerere après la proclamation de la République Unie de Tanzanie en 1964, détient le monopole de la distribution d’énergie dans le pays.

Migesado développe le biogaz dans les campagnes
Implantée depuis 1994 dans les terres arides de la région de Dodoma, la capitale du pays, l’ONG Migesado tente de trouver des solutions énergétiques adaptés aux villages des zones rurales. « Les villageois n’ont pas accès à l’électricité », explique Herbert Kitange, directeur de l’ONG. « Ils s’éclairent et cuisinent à partir de charbon de bois ce qui pose un problème de déforestation et pèse sur les femmes, qui doivent cumuler la corvée d’eau à la corvée de bois ». Pour remédier à cette situation et amorcer le développement économique et social des campagnes, l’ONG a choisi d’implanter une source d’énergie compatible avec la vie dans les zones rurales : le biogaz. Introduit en 1975 par les Indiens, le biogaz est produit par la macération dans un méthaniseur en béton d’excréments humains et bovins mélangés à de l’eau. « Cette technique correspond aux besoins de nos campagnes », constate le chef maçon Gideon Massaka. « Surtout, le coût d’investissement est faible et, comme de nombreuses familles de la région de Dodoma possèdent quelques vaches, le coût d’utilisation quasi-nul. »

Elle assure également 98 % de la production d’électricité - un monopole rompu depuis l’ouverture au projet Songas de l’entreprise privée Globeleq en 2002, suite à la découverte d’un gisement de gaz sur l’île de Songo Songo dans le sud du pays. Cependant, la Tanesco enregistre depuis plusieurs années une grave crise financière. Un temps ouverte à la privatisation, l’entreprise a gelé les investissements nécessaires à la maintenance de ses installations. La grande sécheresse de l’an dernier a alors provoqué la plus importante crise énergétique de l’histoire de la Tanzanie : en abaissant le niveau du lac Victoria, le manque d’eau a détérioré les turbines déjà obsolètes, et obligé des centrales hydrauliques à fermer. Le pays, dont 70 % de la production électrique est hydraulique, a dû mettre en place des rationnements drastiques, qui ont largement pénalisé l’économie. Également, les importations d’électricité et la nécessité de compenser les coupures par des générateurs à essence ont augmenté la facture pétrolière et bouleversé la balance des paiements.


Le groupe ABB, qui construit des pièces détachées d’équipements électriques et d’automation, a réalisé en 2006 un chiffre d’affaires de plus de 24 milliards de dollars et emploie 180 000 personnes dans près de cent pays. En Tanzanie, ABB réalise 10 millions de chiffre d’affaires pas an et compte 130 employés. L’entreprise détient 20 % d’une usine, ABB Tanelec, à Arusha dans le nord du pays. « L’objectif est aujourd’hui d’adapter notre production pour permettre aux entreprises publiques et aux clients industriels d'améliorer leurs performances tout en diminuant l'impact de leurs activités sur l'environnement », annonce Fred Kindle, président du groupe ABB. En Tanzanie, ABB vend ses pièces détachées à FG Wilson, qui les assemble pour vendre des générateurs et autres produits électriques à Tanesco. Le groupe souhaite faire du village de Ngarambe un site modèle, vitrine de son savoir-faire, pour renforcer son implantation sur le secteur des composants électriques, et du développement durable. « Nous avons fait une étude pour développer une énergie renouvelable à Ngarambe », explique Valbert Moshi. « Le biogaz n’a pas été retenu, car dans la région les troupeaux ne survivent pas à la présence de prédateurs. Le solaire est trop fragile, et il n’y a pas suffisamment de vent pour l’éolien ». ABB envisage donc d’investir sur le biofuel : « Nous avons décidé de modifier le générateur pour lui permettre d’accueillir du biofuel, produit à base de tournesol, de sésame ou de jatropha. Nous avons calculé que si chaque famille produisait deux hectares d’une de ces trois cultures, le village deviendrait autonome en énergie, et pourrait s’organiser autour d’un modèle économique pérenne ». Chaque famille pourra alors vendre sa production, et acheter de l’électricité. « Nous sommes en train de faire les démarches auprès du gouvernement, qui est seul habilité à accepter cette décision ».
Gageons que l’initiative d’ABB et du WWF recevra un accueil favorable : pour assurer dans le futur son indépendance énergétique, la Tanzanie pourrait regarder du côté des énergies renouvelables. Et déjà, le ministre de l’agriculture Christopher Chiza a fait savoir en avril dernier qu’il s’intéressait de près à la question du biofuel, et envisagerait de développer les premières cultures de jatropha.

Gaëlle Bohé à Dar es Salaam, Tanzanie.
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