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Partenariats public/privé : solution durable ou marchandisation de l'eau ?

Planète \Ressources naturelles \Eau

Publié le 13-03-2003



Bien que 95 % des services municipaux de distribution d'eau relèvent encore du secteur public, la privatisation de ces services suscite des débats houleux. Parallèlement au Forum de Kyoto, un contre-forum se tient à Florence et propose des solutions alternatives. Deux visions du monde s'affrontent...

La " Déclaration de Porto Alegre sur l'eau " signée en février 2002, par un groupe d'ONG, est claire : " L'eau douce de la Terre appartient à tous et est nécessaire à la vie et ne doits pas être traitée comme une marchandise achetable, vendable, source de profit, tel un bien économique...l'eau est essentielle à la sécurité de nos communautés et sociétés. Pour cette raison sa propriété, son contrôle, sa distribution et sa gestion doivent rester dans le domaine public... Nous ne considérons pas... que le modèle français de privatisation basé sur des contrats de concession de longue durée soit une bonne solution pour l'équité, le développement durable, le contrôle démocratique de la gestion de l'eau dans l'intérêt public ".
A cette vision s'oppose celle des entreprises qui plaident pour la privatisation des services d'approvisionnement de l'eau ce ui ne signifie pas la privatisation des ressources en eau. Ainsi, Gérard Mestrallet, PDG de Suez, a posé, dans " La vraie bataille de l'eau ", les trois principes qui guident son action :
- Nous sommes opposés à la privatisation de la ressource en eau... Nous ne vendons pas un produit, mais assurons un service, celui de rendre disponible à chacun et en permanence une eau purifiée et de restituer cette eau au milieu naturel après traitement
- La privatisation des infrastructures de l'eau dans les pays en développement ne nous semble pas nécessaire... les infrastructures sont confiées à l'opérateur privé pour la durée de son contrat. À lui de les entretenir et de les améliorer.
- Le droit universel de l'accès à l'eau doit être reconnu...

Un secteur privé très minoritaire

Ce débat idéologique qui agite beaucoup les Forums et Sommets mondiaux de toute sorte, a-t-il un sens ? Le risque d'une " privatisation " mondiale de l'eau semble minime. Jean-Luc Trancart, directeur de la communication de Suez, aligne quelques statistiques sur l'importance du secteur privé dans les pays émergents : " De 1992 à 2002, c'est à dire de Rio à Johannesburg, le secteur privé a signé 300 contrats dans les pays en voie de développement, alors qu'il n'en avait signé que 15, lors de la décennie précédente. cela ne représente quand même qu'environs 5 % du marché mondial de l'eau et des investissements dans ce secteur. Ainsi le secteur privé n'investit que 3,5 milliards de $ par an, sur un total actuel de 80 milliards de $ et alors que les besoins pour atteindre les objectifs du Millenium seraient de 180 milliards ! Enfin, il faut se rappeler que Suez a raccordé 7 millions de personnes en 10 ans, ce qui est à la fois énorme et ridicule face aux besoins chiffrés par Michel Camdessus, de 400 000 personnes par jour ".
De plus, les revers qu'a connu le groupe Suez aussi bien à Manille (Philippines) où l'entreprise vient de rompre le contrat de 25 ans qu'elle avait signé en 1997, et à Buenos Aires (Argentine) où le groupe a dû provisionner 500 millions d'euros de pertes de change sur son contrat de distribution d'eau, ne devraient pas encourager une fulgurante progression du secteur privé dans les pays émergents. Gérard Mestrallet a même annoncé, le 9 janvier 2003, une réduction de près d'un tiers de son exposition dans ces pays en termes de capitaux employés pour son plan d'action 2003/2004. Son directeur de la communication parle, lui, de " petite croissance pour la prochaine décennie " et de " maintien de nos positions ".

L'eau gratuite pour les plus pauvres ?

Les multinationales seront pourtant au cœur des débats du contre-forum de Florence sur l'eau. Dans la vision altermondialiste, l'usager pauvre doit disposer d'un accès gratuit à l'eau alors que le modèle privé est basé sur un paiement par tous, même s'il opère une péréquation entre riches et pauvres.
C'est Riccardo Petrella, intellectuel italien qui a lancé le Manifeste de l'eau en 1998 et qui a été un des premiers a parlé de "bien public mondial, de bien commun de l'humanité, accessible à tous". La difficulté repose sur le fait que l'accès à l'eau n'est jamais gratuit, au contraire. Comme le souligne le rapport mondial de l'eau, les plus pauvres sont ceux qui ont le moins accès à l'eau et doivent payer davantage pour l'obtenir : " A Delhi (Inde), par exemple, des marchands font payer aux pauvres le m3 4,89 dollars, alors que les familles qui sont raccordées au réseau de distribution ne paient que 0,01 dollar par m3. A Vientiane (République démocratique populaire du Laos), des marchands font payer le m3 14,68 dollars contre des tarifs municipaux qui sont de 0,11 dollar ".

Pour une approche pragmatique

Le débat public/privé est donc loin d'être clos. Le rapport du panel Camdessus, face à l'immensité du défi, plaide pour " un effort de l'ensemble des acteurs, alors qu'ils ont trop souvent tendance à se renvoyer la balle". Au-delà des oppositions idéologiques, il envisage le partenariat public/privé comme "une option, qui doit être décidée selon des critères d'efficacité, de coût et de compétences ". Une approche pragmatique, comme celle que préconise Guy Leclerc, directeur Eau et grands projets au sein du département développement durable de PricewaterhouseCoopers : " Quel est le meilleur système, régie municipale ou gestion déléguée au privé? Je n'ai pas d'avis tranché. Le juge de paix c'est la création de valeur pour le consommateur, c'est-à-dire le prix de l'eau ".

Alain Chauveau
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