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Deux textes, publiés le 31 mai dernier au Journal Officiel -soit le jour même de la démission du gouvernement Raffarin- sont venus in extremis assouplir la réglementation sur l’élevage industriel. Le premier de ces décrets modifie les distances limites d’épandage par rapport aux cours d’eau et aux habitations, permettant aux agriculteurs d’épandre à 15 mètres au lieu de 35. Le second autorise l’extension des élevages industriels dans les « zones d’excédents structurels », c'est-à-dire 140 cantons dont les sols sont déjà saturés par l’azote et le phosphore, rejetés dans le sol par les élevages intensifs. Pour l’association Eau et Rivières de Bretagne –région particulièrement touchée par les pollutions agricoles-, ces mesures sont à la fois scandaleuses et absurdes. « On remet en cause tous les efforts menés pour reconquérir la qualité de l’eau. Et c’est le consommateur qui va continuer à payer la facture » . L’association, qui lutte depuis plusieurs années contre ces extensions, entend saisir le Conseil d’Etat et la Commission européenne sur ces mesures qui vont à l’encontre des directives européennes obligeant les Etats membres à « parvenir au bon état écologique des eaux d’ici 2015 ». En Bretagne, les premières alertes des experts sur le taux de nitrates ont été lancées dès 1970. Ces deux décrets passent d’autant plus mal qu’un rapport du Muséum d’histoire naturelle, publié le 6 juin dernier et réalisé sous la direction de Jean-Claude Lefeuvre, professeur au Muséum, et président du comité scientifique du WWF, est venu confirmer le mauvais état des eaux françaises. Selon l’étude, près des trois quart des eaux françaises présentent un état dégradé. Dans l'hypothèse la plus optimiste, moins de 50 % des masses d'eau (de surface et souterraines) pourront atteindre un bon état écologique en 2015. Et dans l'hypothèse la plus pessimiste, seulement 25 %. Pour Jean-Claude Lefeuvre « ce bilan indique que l'eau s'est perpétuellement dégradée en raison d'une action insuffisante depuis trente ans." De fait, l’étude indique que 25 % des masses d'eau sont dans un « bon état probable », 25 % sont classées « à risque », 23 % relèvent de la catégorie "doute" et 27 % sont des eaux artificielles ou modifiées, comme les lacs de retenue des barrages. « Ces dernières ne pourront jamais atteindre l'objectif de bon état écologique", souligne Jean-Claude Lefeuvre. Les pesticides se retrouvent dans 47 % des points d’eau, dans 50 % des eaux côtières.
Pavillon bleu pour les rivières et les ports de plaisance
En dehors des plages, qui se voient attribuer -ou non- chaque année un « pavillon bleu » sous forme de drapeau, cet éco-label récompense également les communes pour la bonne qualité environnementale de leurs rivières et de leurs ports de plaisance. Symbole d'une qualité environnementale exemplaire, notamment en matière de gestion de l’eau et des déchets, le drapeau « pavillon bleu » permet de sensibiliser les collectivités locales pour qu'elles prennent en compte le critère "environnement" dans leur politique de développement économique et touristique. C’est également une image positive véhiculée auprès des résidents et des touristes.
Niveaux de pollution alarmants Les chiffres de cette pollution sont alarmants dans plusieurs régions : les eaux du bassin Artois-Picardie sont polluées à 38 %, celles de Loire-Bretagne à 35 % et celles de Rhin-Meuse à 45 %. Si l'on considère uniquement les eaux souterraines, le bassin de Seine-Normandie est pollué à 83 % et celui de Rhin-Meuse à 69 %. "L'état des lieux est alarmant en Artois-Picardie, où 100 % des eaux souterraines, utilisées entre autres pour l'alimentation en eau potable, sont classées à risque", estiment les auteurs du rapport. Pour autant, ces résultats alarmistes, ne prennent en compte « que » les pollutions aux pesticides et aux nitrates, et non d’autres polluants comme les substances pharmaceutiques, les phtalates (issus du plastique), ou les dioxines. Faute de soutien public, la mesure de ces autres polluants, nécessitant des installations plus performantes, n’a en effet pas été mise en place. Cette dégradation des eaux due à l’agriculture intensive donne une résonance particulière aux revendications des agriculteurs bio, qui dénoncent le contenu de la nouvelle loi d’orientation agricole. « Annoncé comme devant répondre aux attentes des citoyens en matière d’amélioration de l’environnement, ce projet ne fait que conforter un peu plus une agriculture intensive dont les effets secondaires –pollution des eaux et de l’air, stérilisation des sols, disparition de la biodiversité, santé des consommateurs et des agriculteurs - sont laissés à la charge de la société et des générations futures », souligne dans un communiqué la FNAB (Fédération nationale de l’agriculture biologique). Le projet de loi leur octroie une simple « aide » de 2 000 euros pour se maintenir pendant 3 ans. Sans véritable plan de développement, on imagine mal comment la France pourra dépasser ses 1,8% de surfaces agricoles bio.
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