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Alors que, sur mission de Nicolas Sarkozy, Christian Blanc projette quelques réalisations à l’échelle du « Grand Paris », il en est une, essentielle, qui reste en suspens : l’épuration des eaux usées et d’écoulement !... A tel point que la Commission européenne menace de sanctions d’ici 2 ou 3 ans… La capitale est en effet l’une des seules en Europe à continuer d’avoir des rejets problématiques dans un milieu aquatique classé comme « sensible ». Le bassin de la Seine est, sur bien des points, le plus pollué de France et même d’Europe, selon le WWF. La station d’épuration la plus stigmatisée, Seine Aval à Achères, est la plus importante et la plus vétuste aussi. « Nous nous sommes engagés, avec le ministère de l’Ecologie, à respecter la Directive sur les eaux résiduaires urbaines (DIRU) d’ici 2011. Plusieurs usines sont en construction. Nous n’avons pas de marge mais nous sommes dans le planning de réalisation, lancé en 2006 » affirme Michel Gouzailles du SIAAP (Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne). Ce programme de modernisation n’a été lancé qu’après une première condamnation en 2004, pour non-conformité. A l’instar de Paris, 140 localités continuent d’avoir des rejets insuffisamment traités et beaucoup ne seront pas équipés avant 2011. Or les rejets problématiques sont notamment les nitrates, responsables de l’eutrophisation des rivières et du milieu marin. Ce phénomène favorise la prolifération d’algues et étouffe toute autre forme de vie, comme sur la côte et dans les rivières de Bretagne, où l’on ne s’est toujours pas attaqué à la cause : la densité, non pas humaine cette fois, mais porcine. Les eaux résiduaires urbaines pour lesquelles la France joue les mauvais élèves sont pourtant plus contrôlables que celles issues de l’agriculture, qui n’ont d’autre filtre que le sol. Du coup les eaux sous-terraines révèlent « des concentrations de pesticides annuelles préoccupantes dans 42% des points contrôlés », selon l’Agence de l’eau Seine-Normandie. Quant aux manquements des industries sur la qualité de leurs rejets, ils sont difficiles à identifier, du fait d’une « transparence opaque » des entreprises comme la qualifie Claude Barbay, de l’association environnementale HNNE de Haute Normandie. Revers de l’imperméabilisation des sols En ville, le problème est à la fois politique (rénover le réseau d’évacuation coûte cher) et urbanistique : les espaces verts manquent pour limiter les écoulements. Par temps d’orage, les réseaux d’écoulement des villes ne peuvent tout évacuer vers les stations. « A Clichy, quand les réseaux charrient 30 à 40 m3 par seconde, 15 m3 s’en vont directement dans la Seine » explique Michel Gouzailles… Avec leurs dérivés pétroliers, lessivés sur les routes, des métaux lourds, comme le zinc des toitures ou encore les pesticides des jardins (10 à 30 % des rejets de pesticides). A terme, des réservoirs devraient stocker ces eaux pour les restituer à l’usine d’épuration dans un second temps, ce qui pourrait limiter les rejets directs aux seules pluies exceptionnelles.
L’objectif des futures installations est dicté cette fois pas la Directive cadre sur l’eau (DCE). Applicable dès 2015, elle ne s’intéresse plus aux moyens mais aux résultats dans le milieu naturel et vise « le bon état écologique et chimique des eaux ». Les relevés dans le milieu naturel sont en effet très préoccupants. Une campagne nationale de mesures du MEDAD, sur une centaine de substances dangereuses, dans 3500 rejets industriels et urbains a montré en juin 2007, que sur le bassin Seine-Normandie 45 substances sont émises en quantités « significatives ou très significatives » : des métaux, des hydrocarbures, des pesticides (y compris le DDT, interdit depuis 1972). Les concentrations en PCB sont plus importantes encore que dans le Rhône. Les indicateurs les plus impressionnants sont les moules et les huîtres de l’estuaire, qui concentrent quinze fois plus de PCBs que la moyenne du littoral, selon le Réseau national d’observation de l’Ifremer. Information attendue sur les PCBs
Le ministère de l’Ecologie a lancé un plan national d’action sur les PCB le 8 février dernier, qui comprend une étude d’imprégnation sur les consommateurs, prévue « sur une durée de deux ou trois ans ». Trop long, pour le WWF, qui rendra les résultats de sa propre étude le 29 mai, afin d’alerter les consommateurs de poisson. Les activités industrielles ont également besoin d’une sensibilisation et d’une réglementation plus stricte. Même si l’utilisation des PCBs est interdite depuis 1987, « les dragages de port ou de barrages remettent en circulation dans la chaîne alimentaire ceux accumulés depuis des dizaines d’années dans les sédiments » explique Bernard Rousseau, spécialiste eau du réseau France Nature Environnement. Pas plus tard que l’été dernier, en pleine crise du Rhône, « le Port Autonome de Rouen a dragué 6 millions de m3 de sédiments sans précaution » dénonce Guillaume Llorca, du WWF. Toutes les eaux sans exception sont concernées par la Directive cadre sur l’eau (marines, fluviales, sous-terraines…). L’échéance de 2015 est proche et malheureusement utopique. « Pour la nappe de la Beauce, ce n’est même pas envisageable en 2027! Sa concentration en nitrates croît d’1mg par an et par litre » lance Bernard Rousseau. Le Grenelle, qui affiche un objectif de 66% de « bon état » sur toutes les masses d’eau en 2015 est déjà beaucoup plus optimiste que les Comités de bassin, qui planchent depuis longtemps sur la question. Une partie de la solution est politique, comme est la décision du Grenelle de réduire de 50% la quantité de pesticides épandus. Une incitation dans ce sens pourrait être d’appliquer le principe pollueur-payeur : les agriculteurs ne financent qu’à hauteur de 1,6 % les Agences de l’eau. Leur redevance pourrait passer à 3% l’an prochain.
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