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L'état de la planète : L'eau

Planète \Ressources naturelles \Eau

Publié le 03-03-2004



Encore récemment considérée comme une matière première inépuisable, l'eau promet de devenir une ressource rare au 21ème siècle. La surconsommation des ressources, la pollution industrielle et agricole ainsi qu'un gaspillage généralisé contribuent à précariser l'accès à l'eau de milliards d'habitants. Paradoxalement, le nombre de catastrophes naturelles liées aux cours d'eaux augmente également.

L'eau douce est une ressource naturelle plus rare qu'il n'y paraît. 97% de l'eau présente sur notre planète est en effet trop salée pour une utilisation humaine ou agricole. Le doublement au cours des vingt dernières années de la consommation mondiale de cette ressource tend donc à créer des tensions diplomatiques et occasionne d'importantes dégradations environnementales dans les zones sensibles. On dénombre en effet sur plusieurs continents un nombre croissant de cours d'eau qui s'assèchent avant même de déboucher en mer faute d'eau. Cette surconsommation généralisée est patente aussi bien dans les pays industrialisés que dans les pays en développement.


Raréfaction des ressources


La pression démographique et le recours à une agriculture extensive sont sans conteste les principales causes du stress croissant porté sur les réserves hydrologiques de nombreuses régions dans le monde. L'irrigation des cultures est en effet responsable des deux tiers de la consommation d'eau mondiale, et bénéficie souvent de subventions ou d'aides étatiques afin de la rendre accessible à tous. Ce choix politique des Etats n'incite toutefois pas les utilisateurs à mettre en place des mesures pour réduire l'énorme gâchis d'eau occasionné par les technologies d'irrigations actuelles. On estime en effet que 70% de l'eau utilisée pour l'agriculture est perdue par évaporation ou en ruissellement.

Les besoins croissants et non gérés de l'agriculture, la concentration urbaine et des accords transnationaux de partage de l'eau obsolètes contribuent à la poursuite du pompage excessif des stocks des nappes phréatiques et à la multiplication des barrages le long des principaux fleuves mondiaux. D'ici à 2025 si la consommation actuelle perdure, l'Afrique du Nord, les Etats du moyen Orient et d'Asie Centrale ainsi que l'Inde et la Chine devraient connaître d'importantes pénuries.


Dégradation de la qualité de l'eau


La qualité de l'eau douce disponible est également menacée. Le détournement du flux des cours d'eaux, l'utilisation intensive de pesticides et de fertilisants ainsi que la concentration urbaine concourent conjointement à la dégradation exponentielle de la qualité de l'eau douce partout dans le monde. Les effets de ce phénomène sont particulièrement sensibles. Les eaux usées non retraitées sont une source permanente de diffusion des maladies contagieuses en Inde, alors que la concentration de produits pharmaceutiques dans les cours d'eaux des pays du nord contribuent à l'augmentation de la résistance des bactéries aux antibiotiques ou à la baisse de la numération spermatique humaine et animale.

A ces dégradations visibles s'ajoutent l'effet des pluies acides sur la nature de nos cours d'eaux. Bien que les mesures de préservations environnementales ont permis de diminuer ses effets les plus visibles dans les pays industrialisés, ce phénomène persiste tant dans les pays du Nord que dans ceux du Sud. On assiste ainsi à une acidification progressive des cours d'eaux vosgiens dû à l'apport constant de gaz acides dilués dans les eaux de pluies de la région.


Des catastrophes aux dégâts croissants


Paradoxalement, les dégâts causés par une surabondance temporaire d'eau n'ont jamais été aussi importants qu'aujourd'hui. On note en effet une augmentation en fréquence et en nombre du nombre d'inondations, de tempêtes ou de glissements de terrains ainsi qu'une explosion des coûts humains et financiers de ces catastrophes. Bien que le réchauffement planétaire soit suspecté d'aggraver la violence de certains phénomènes naturels, les principaux dégâts sont souvent issus d'une politique d'aménagement défaillante. La déforestation et l'urbanisation contribuent à diminuer l'absorption d'eau par les sols et amplifient donc la violence des catastrophes naturelles. Une violence accrue qui se reflète dans la multiplication par 10 des réparations liées au catastrophes naturelles réclamées aux compagnies d'assurance entre 1990 et 2000.

La situation de l'eau est particulièrement préoccupante. Nos ressources planétaires sont menacées tant quantitativement que qualitativement. Les technologies ou les méthodes de production pour inverser nos principaux excès existent et sont relativement bien maîtrisés. On considère ainsi que l'abandon de la culture extensive du coton dans certaines régions permettrait de préserver de grandes quantités d'eau et de réduire de 25% l'usage de pesticides ou que la généralisation de l'irrigation au goutte à goutte entraînerait une baisse spectaculaire des besoins agricoles en eau tout en augmentant le rendement des cultures. Le scénario d'une disparition de la pénurie reste possible, il faudra toutefois qu'une volonté politique internationale se manifeste en faveur d'une gestion durable de nos ressources en eau potable.

Pierre-Marie Coupry
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