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L’absence d’eau potable et d’assainissement cause 8 millions de morts par an. Cette situation avait conduit la communauté internationale à s’engager pour qu’en 2015, le nombre de personnes qui n'ont pas accès à l'eau soit réduit de moitié. Or, selon le rapport publié par l’ONU à la veille du forum mondial de Mexico sur l’eau, seulement 12 % des pays ont accompli ce travail jusqu’à présent. Les Nations-Unies renvoient dos à dos les différents acteurs de cette question, agences d’aide au développement, gouvernements, entreprises du secteur privé…. Le rapport constate en effet que "les crédits alloués à l’eau ne progressent pas. L’aide publique au développement totale consacrée au secteur de l’eau au cours de ces dernières années s’élève en moyenne à 3 milliards de dollars par an, à laquelle on peut ajouter 1,5 milliards de dollars accordés (…) principalement par la Banque mondiale. Cependant, seul un faible pourcentage (12 %) de ces fonds parvient effectivement à ceux qui en ont le plus besoin," indique le rapport.
Les multinationales de l’eau sont également montrées du doigt : "les investissements du secteur privé dans le domaine de l’approvisionnement en eau sont en recul (…) Beaucoup de grandes multinationales présentes dans le secteur de l’eau ont commencé à réduire leurs activités, voire à y renoncer, à cause des risques politiques et financiers importants auxquels elles étaient exposées." Pour autant, si le rapport souligne que "les résultats atteints par le secteur privé n’ont souvent pas été à la hauteur ni des attentes des autorités des pays en développement, ni des pays donateurs," il affirme cependant que « ce serait une erreur » de faire une croix sur l’action du secteur privé. Les gouvernements des pays du Sud ne disposent pas, selon l’ONU, des moyens nécessaires "pour résoudre les problèmes de mauvaise gestion des ressources et d’insuffisance des services d’approvisionnement en eau." De fait, les investissements nécessaires sont estimés, selon le rapport du Conseil mondial de l’eau (CME), à environ 10 milliards de dollars par an pour fournir un service d'eau potable et d’assainissement aux populations qui en sont toujours dépourvues. En outre, entre 15 et 20 milliards de dollars sont nécessaires pour maintenir ce service aux personnes qui l'ont déjà. Or, les investissements actuels ne représentent que la moitié de ces budgets, tandis que l'aide publique au développement des pays de l’OCDE est en baisse, et va prioritairement aux pays pouvant dégager de l’épargne publique. Les ONG fustigent également les prêts de la Banque mondiale, "octroyés à condition que les pays acceptent de privatiser le service de l’eau, considéré comme étant l’unique moyen de pallier le manque de finances des gouvernements ou à la dégradation des services publics trop bureaucratiques" (Rapport d’Oxfam 2004, « Reclaiming Public Water! - Participatory alternatives to privatisation”).
« Corruption, inertie… »
Pour le CME comme pour l’ONU, la « crise de l’eau » n’est pas due à la rareté de la ressource, mais bien à la mauvaise gouvernance et à l’incapacité de savoir gérer les ressources. "Il existe aujourd’hui une crise de l’eau, mais cette crise n’est pas due à son insuffisance à satisfaire nos besoins ; elle résulte plutôt d’une si mauvaise gestion de cette ressource que des milliards de personnes - et l’environnement - en souffrent gravement", souligne ainsi le CME, tandis que l’ONU explique la situation actuelle par "les mauvaises pratiques de gestion, la corruption, l'absence d'institutions appropriées, l'inertie bureaucratique et la faiblesse des investissements dans les domaines des ressources humaines et des infrastructures physiques." Que faut-il attendre du Forum de Mexico dans un tel contexte ? Agacées, les ONG françaises dénoncent dans un appel commun "des réunions qui se succèdent sans faire évoluer cette situation dramatique, posant ainsi la question de la légitimité de sommets internationaux extrêmement coûteux et relativement improductifs." "Il est urgent d’abandonner la logique des effets d’annonce qui entame chaque jour la crédibilité de nos gouvernements, de mettre en application les engagements déjà pris et d’adopter une approche qualitative et équitable des problèmes d’accès à l’eau et à l’assainissement," ont-elles rappelé dans un document commun.
Le Forum, qui doit évaluer les « progrès » accomplis depuis trois ans (le dernier Forum avait eu lieu en 2003), est également censé élaborer des propositions concrètes pour accélérer la réalisation des objectifs du Millénaire. Plusieurs mesures sont indispensables pour y parvenir: appliquer le principe du droit à l'eau, augmenter les financements, en particulier dans les pays les moins développés, impliquer les populations locales dans la gestion de l’eau …Mais la question de l’eau est aussi –surtout ?- un conflit idéologique, qui oppose les partisans d’un droit à l’eau assuré par un service public local, à ceux qui estiment qu’il s’agit essentiellement d’un besoin, devant être géré par le secteur privé…Pour les ONG, il apparaît clairement que "les pays en développement risquent très probablement d’être insidieusement forcés à ouvrir leurs frontières aux entreprises du Nord dans le cadre de l’OMC (…) . Cela implique une mise en concurrence des entreprises des pays du Sud avec des multinationales du Nord. Une telle approche empêcherait le développement et le renforcement de compétences publiques locales." Une alternative défendue par les ONG, forum après forum. "Après des années de tentatives ratées de privatisation de l’eau, il est temps de privilégier d’autres options afin d’améliorer le contrôle public et communautaire de la distribution d’eau (…)Une plus grande participation de la population, ainsi qu’un plus grand contrôle démocratique s’avèrent déterminants," conclut le rapport d’Oxfam.
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