Financer l'eau pour tous

Planète \Ressources naturelles \Eau

Publié le 13-03-2003

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Pour le Forum mondial de l'eau de Kyoto, un groupe de travail, composé de financiers et présidé par Michel Camdessus (ex-directeur du FMI), a été constitué pour réfléchir aux moyens de financer les infrastructures hydrauliques dans les pays pauvres. Il vient de rendre public les conclusions de son rapport, intitulé Financer l'eau pour tous : il faudra doubler les financements actuels, si l'on veut atteindre les objectifs de développement du Millénaire.

En octobre 2000, la communauté internationale s'est donnée, avec les Objectifs de développement du Millénaire (Millenium Goals Development), établis par les Nations Unies, de nobles ambitions : " ...réduire de moitié, d'ici à 2015, la pauvreté extrême dans le monde et réduire de moitié, d'ici à 2015, la proportion de la population mondiale qui souffre de la faim et ne peut accéder à, ou se procurer des ressources en eau potable salubre... ".
Mais, c'est seulement lors du Sommet de Johannesburg, en septembre2002, que l'accès à l'eau et à l'assainissement des pays en voie de développement, est vraiment devenu une priorité car il conditionne toutes les autres composantes du développement durable, que ce soit la lutte contre la pauvreté, ou l'accès à l'éducation... Reconnaissant d'ailleurs que si " l'eau c'est la vie, l'assainissement c'ést la dignité ", les Chefs d'État ont ajouté aux objectifs du Millénaire, la diminution de moitié de la proportion de personnes sans accès à un système d'assainissement minimal en 2015.
Selon le rapport du groupe de travail pour le financement de l'eau dans le monde, présidé par Michel Camdesssus, pour atteindre ces objectifs, il faudra raccorder à l'eau potable 200 000 personnes par jour, et offrir un assainissement décent à 400 000 personnes par jour, jusqu'en 2015 !

Doubler les moyens financiers actuels...

Selon les estimations des experts financiers, les investissements à consentir, pour atteindre ces objectifs, sont très élevés : 180 milliards de $ par an ! Or, " seulement " 80 milliards de $ par an sont investis actuellement pour la gestion de la ressource en eau. Conclusion : il faudra, au moins multiplier par deux, tous les moyens financiers engagés dans l'eau, depuis les prêts et dons des grandes organisations financières (Banque Mondiale, Banques Régionales de Développement), jusqu'à l'aide publique au développement (APD)... en passant par les tarifs pour les consommateurs.
Michel Camdessus a donc appelé à une véritable " révolution des comportements des acteurs de la chaîne de l'eau ". Car, s'il faut trouver beaucoup d'argent, il faut aussi et surtout, mieux l'employer. Le rapport plaide pour une résolution des problèmes au niveau du " terrain " : les communautés locales, les ONG de terrain, doivent être aidées, en particulier grâce dans leur accès aux financements. Aujourd'hui les prêts des institutions financières internationales se font surtout au niveau des gouvernements. Le rapport demande aussi que les financements en monnaie locale soient rendus plus accessibles grâce au développement d'un entrepreneuriat et d'un système bancaire locaux.

Concernant l'APD, Michel Camdessus regrette que seulement 9 Mds de $, soit 3 % du total aillent au financement de l'eau ! Là aussi, il propose de doubler les montants.
S'agissant des partenariats public/privé, après les récents déboires de Suez a Manille et à Buenos Aires, le rapport suggère des pistes pour garantir les compagnies privées contre les risques de change lorsqu'elles interviennent dans le domaine de l'eau dans les pays émergents.
Enfin, si le rapport souhaite que la règle du paiement par l'usager soit maintenue, il conseille que l'on sorte du principe de " full cost recovery " pour évoluer vers un " sustainable cost recovery " : la totalité des coûts de distribution, d'assainissement, ne peut être supportée par l'ensemble de la population. Il faut, pour les plus pauvres, injecter un élément de politique sociale, grâce à des tarifs progressifs : les premiers m3 étant, soit gratuits, soit à un tarif préférentiel.

... et améliorer la gouvernance

Le rapport du panel Camdessus pointe aussi le problème de la gouvernance de l'eau. Les efforts financiers de la communauté internationale ne suffiront pas, sans une bonne gouvernance des pays, des collectivités locales. Alors que l'eau est vitale, elle reste paradoxalement "orpheline". Les gouvernements des pays en voie de développement n'ont pas mis en place de politique de l'eau d'une part parce qu'elle ne valorise pas leur image comme la construction d'une autoroute ou d'un aéroport, et d'autre part parce que cela conduit à des décisions impopulaires comme l'augmentation des tarifs. De même, le rapport n'hésite pas à dénoncer la corruption, plaidant pour plus de transparence et une aide financière distribuée au niveau local pour éviter les détournements au niveau gouvernemental.
Le rapport fait également une proposition assez " révolutionnaire " : les remboursements des dettes des pays pauvres devraient pouvoir être échangés contre leur engagement à investir dans l'eau. Enfin, le panel Camdessus propose la création d'une institution indépendante de surveillance et d'évaluation afin de contrôler la réalisation effective des objectifs du Millenium.

Une décision politique au G8 d'Évian ?

Dans la mesure où les propositions du panel Camdessus seront retenues au Forum de Kyoto, elles serviront de base aux travaux du G8 qui aura lieu à Évian, début juin 2003, sous présidence française. En effet, ce sommet sera particulièrement consacré au problème mondial de l'eau et au nouveau partenariat avec l'Afrique (NEPAD).
Selon Michel Camdessus, la tâche est énorme mais réalisable. Elle devra être prolongée jusqu'en 2025 pour atteindre une couverture universelle des besoins. Elle doit impliquer tous les acteurs de la chaîne de l'eau qui devront multiplier par deux leurs efforts financiers : c'est le prix à payer pour que la moitié de la population mondiale ne vive pas sous " stress hydrique " dans 50 ans.

Alain Chauveau
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