Détournement d'eau pour les JO

Planète \Ressources naturelles \Eau

Publié le 11-06-2008

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A quelques semaines des JO, les arrosages municipaux de Pékin diffusent une eau abondante sur d'immenses gazons et de parterres de fleurs. Les conséquences de cette profusion sont déjà ressenties par de nombreux paysans, qui ne sont plus autorisés à pomper l'eau pour leurs cultures et viennent grossir les rangs des « travailleurs migrants ».

Alors que les installations olympiques rivalisent d’aménagements paysagers, la profusion d’eau nécessaire à leur entretien a de quoi surprendre. Le 31 mai était également inauguré le centre nautique olympique de Shunyi, où se tiendront les épreuves d'aviron, canoë-kayak et la nage en eau libre. Cette base nautique flambant neuve est aujourd’hui alimentée par une rivière, la Chaobai, qui était pourtant à sec depuis 9 ans.
D’où provient, dans ces conditions, l’eau qui semble maintenant abonder dans la capitale ?
Les deux tiers de l’eau consommée, destinée au secteur agricole et industriel, sont prélevés dans des réserves souterraines dont le niveau s’est abaissé de 11 m depuis 1999. L’eau du robinet des Pékinois provient, elle, du réservoir à ciel ouvert de Miyun. Ce dernier a vu son volume divisé par 7 au cours des dernières années. Les besoins croissent fortement avec l’expansion phénoménale de la ville : la population de la province a en effet quadruplé depuis les années 1960 et dépasse les 16 millions depuis 2007.

« Détournement » d’eau 

Pour répondre à la demande, les autorités ponctionnent la province limitrophe du Hebei. Des chantiers sont en cours pour transporter 300 millions m3 d’eau, soit près de 10% de la demande annuelle, sur 300 km. Ce projet, qui doit être terminé avant le 8 août, jour de l’ouverture des JO, coûte plus d’1,5 milliard euros et nécessite la construction de dizaines de canaux et tunnels. Ses conséquences sont déjà ressenties par de nombreux paysans qui ne sont plus autorisés à pomper l’eau pour leurs cultures et viennent grossir les rangs des « travailleurs migrants » cherchant un emploi en ville. Selon certains journalistes chinois, le transfert accentue un phénomène d’appauvrissement, apparu avec l’ouverture économique du pays, et qu’ils qualifient de “ceintures de pauvreté”. Selon les statistiques de la China National Democratic Construction Association, le revenu moyen des habitants n’atteint dans ces régions que 10% du niveau moyen pékinois. Bien qu’il assure 80% de l’approvisionnement en eau de Pékin, le Hebei voisin ne bénéficie guère des retombées économiques liées aux JO.

Une empreinte écologique multipliée par deux
Selon une étude du WWF réalisée avec le Conseil chinois pour la coopération internationale sur l'environnement et le développement (CCICED, la Chine exploite ses ressources naturelles (terres, forêts, eau...) deux fois plus vite qu'elles ne peuvent se renouveler.Son empreinte écologique est de 1,6 hectare par habitant contre une disponibilité moyenne de 0,8 hectare. Au niveau mondial, chaque habitant exploite en moyenne 2,2 hectares.

Il s’agit en fait d’une partie du projet pharaonique de diversion d’eau du sud vers le nord dont l’idée avait d’abord été lancée par Mao au début des années 50. Les travaux, finalement commencés en 2002, dureront 50 ans et sont évalués à 50 milliards d’euros. Selon le chercheur Sébastien Colin -géographe, Maître de Conférences à Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO)-, « les JO sont aujourd'hui un moyen pour les autorités d'accélérer l'aménagement de la capitale. Cette accélération accroît fortement la demande et il est vrai que le transfert semble une solution plus rapide et plus radicale que les mesures de gestion durable qui nécessitent un temps plus long, mais qui seront à terme plus efficace et quasiment sans effet pervers contrairement au transfert ». Il estime « qu’une gestion plus efficace de la ressource, pas seulement à Pékin, mais à l'échelle de toute la Chine du Nord, constituerait une première étape indispensable ».   

Bonnes pratiques pour les JO

Or Pékin a du retard. Le Dr. Eva Sternfeld, du Centre chinois pour l’environnement et le développement durable, explique que la politique conduite par les autorités municipales s’est longtemps concentrée sur l’accroissement des ressources, au détriment d’une gestion efficace et durable des réserves. « C’est seulement depuis quelques années que des efforts sont réalisés pour augmenter sensiblement les capacités de traitement des eaux usées et pour réduire les pertes par maîtrise des fuites, l’utilisation des eaux pluviales pour l’agriculture, etc» précise-t-elle. Afin de réduire les pollutions autour de Miyun, les usines ont été fermées, 15 000 personnes déplacées et les fermiers sont tenus de réduire l’utilisation de pesticides. Mais Eva Sternfeld regrette que « la législation destinée à protéger les ressources ne s’applique pas sur 70% de l’aire de captage des eaux du réservoir de Miyun se trouvant en dehors des limites provinciales de Pékin ». Ce qui fait craindre aux responsables municipaux que les eaux alimentant le réservoir soient en partie des eaux usées.

Pour économiser les ressources, le directeur du Bureau de l’eau de Pékin, cité dans le quotidien China Daily, indique que « l’accent va être mis à l’avenir sur le recyclage des eaux usées. » Les JO sont l’occasion d’une démonstration de bonnes pratiques. Sur les principaux sites, le taux de recyclage doit atteindre 100%. Le comité d’organisation des Jeux (BOCOG) indique que 15 des nouveaux sites tels que le grand stade et le centre aquatique sont équipés de systèmes de captage et de traitement des eaux pluviales. Ces eaux peuvent être utilisées pour alimenter des plans d’eau, les systèmes de climatisation des bâtiments, les toilettes, pour le lavage des routes, etc. Des solutions qui devront être reproduites à grande échelle si Pékin entend protéger durablement ses ressources.

Vannina Pomonti à Pékin (Chine)
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