Chine : la ruée vers l'or bleu

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Publié le 12-04-2011

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La rivière des Perles
La rivière des Perles

Avec plus de 20% de la population mondiale, mais seulement 7% des ressources en eau, la Chine a soif d'or bleu. Une sécheresse sans précédent accable actuellement le nord du pays et le gouvernement accélère les travaux de trois gigantesques canaux qui doivent permettre de siphonner l'eau des grands fleuves du sud pour alimenter la région de Pékin. Mais à quel prix ?

Il n’est pas tombé une seule goutte de pluie depuis bientôt cinq mois sur le nord de la Chine. La terre est craquelée et plus rien ne pousse. Les récoltes sont menacées. « C’est une véritable catastrophe, se plaint un agriculteur du Henan. Regardez ces pousses, elles sont toutes jaunes alors qu’en cette période de l’année elles devraient être bien vertes ». Et ce ne sont pas les rares camions-citernes envoyés à la hâte par les autorités locales qui permettront de sauver ce qu’il reste du grenier à céréales de la Chine. C’est la pire sécheresse depuis plus de 60 ans.

Paradoxe de ce pays continent, l’image est tout autre dans le sud. Des inondations y ont encore fait des milliers de sans-abri au moment de la période des ouragans. Les fleuves débordent et emportent tout sur leur passage. Trop d’eau au sud, pas assez au nord. « La question de l’eau et de sa répartition est à mon avis le plus gros problème de la Chine", explique Jonathan Watts. Ce journaliste britannique auteur d’une somme sur l’environnement (« When a billion Chinese Jump » Faber editions, non traduit en Français) estime que la question de l’eau est encore plus grave que celle de la pollution. « L’eau est encore plus polluée que l’air et, surtout, il y a ce déséquilibre des ressources entre le nord et le sud. Le gouvernement chinois fait tout ce qu’il peut pour régler ce problème. On construit de gigantesques usines de désalinisation et, surtout, cet ensemble de trois canaux qui doit permettre d’apporter l’eau du sud vers le nord. Ce sont des travaux gigantesques. Du jamais vu. Mais c’est aussi un pari dangereux. On ne sait pas qu’elle sera l’impact d’une telle structure sur l’environnement ».

Un projet pharaonique

Direction le coeur de ces travaux titanesques. Nous sommes à Zhengzhou, en plein centre de la Chine. C’est là que le fleuve Yangtsé marque la limite entre le nord et le sud du pays. Dans un nuage de poussières, des dizaines d’ouvriers travaillent à construire un tunnel étanche de 11 kilomètres de long. L’ouvrage passe trente mètres sous le Yangtsé et amène l’eau d’un affluent, à 500 kilomètres plus au sud, vers Pékin. Un aqueduc d’une vingtaine de mètres de largeur, en grande partie à ciel ouvert, alimentera la capitale. L’ingénieur responsable du projet est un homme pressé. Il ne s’étendra pas sur son ouvrage, simplement pour dire : « Ce que nous faisons est unique au monde. Regardez ces travaux. Et la technologie est 100% chinoise ». Deux autres canaux devraient voir le jour, dont l’un pour amener l’eau du grand lac de l’Ouest à travers les montagnes tibétaines. Un projet pharaonique.

Pollutions diverses et élevées

Les sources de la pollution de l'eau sont essentiellement les rejets des usines, la pollution industrielle, les déchets ainsi que les fertilisants et engrais utilisés par les agriculteurs, très utilisateurs de pesticides. Selon un rapport récent de Greenpeace, la rivière des Perles, la 3ème plus longue en Chine, contient des taux de pollution très élevés. "Des usines du sud de la Chine déversent des déchets industriels toxiques dans la rivière, qui est la principale source d’eau potable pour 4,7 millions d’habitants de son delta, notamment ceux de Hong Kong, Macao, et Guangzhou ». L’organisation environnementale dit avoir analysé des échantillons durant sept mois, surveillant plus de 60 usines de huit villes dans la région et les zones en amont. Une grande variété de substances toxiques ont été décelées dans les échantillons, notamment de forts taux de béryllium, de cuivre et de manganèse. Le taux de béryllium est en moyenne 25 fois plus élevé que la norme locale et le taux de cuivre 12 fois plus. De nombreux composés organiques toxiques notamment un ignifugeur bromé qui perturbe le système hormonal et affecte le système nerveux ; des perturbateurs endocriniens comme le bisphénol-A et des phénols alkyl. 

Le premier, parallèle au fameux grand canal construit il y a un siècle et demi, devrait être terminé en 2013. Celui du fleuve jaune en 2014. Un empressement qui inquiète de nombreuses ONG.« Ces travaux se font en dépit de toutes les règles, s’insurge l’avocat d’un groupe de riverains. Au moins 200 000 personnes vont encore être déplacées dans les prochains mois. Le gouvernement promet de les reloger, mais il refuse de payer des expropriations. Nous ne voulons pas être les victimes de ces travaux ».

Retour sur le chantier où la gigantesque foreuse ne s’embarrasse pas de ces considérations. « Le gouvernement a prévu d’indemniser et de reloger tous ces gens. Nous avons un budget pour cela », nous explique-t-on brièvement.Le budget ? Au moins 50 milliards d’euros pour ce seul canal ! Au total, le gouvernement chinois prévoit d’en dépenser dix fois plus dans la construction d’infrastructures et la protection de l’eau. 20 milliards ont déjà été engloutis en 2010. Un ministère de l’eau a même vu le jour. Dirigé par Chen Lei, il vient de publier son premier « livre bleu » dans lequel il préconise que chaque province consacre 10% de ses revenus à la construction de projets d’infrastructures et d’irrigation.

Avec plus de 20% de la population mondiale, la Chine n’a que 7% des ressources en eau. Mais le nord du pays, qui abrite 600 millions d’habitants, vit dans une situation récurrente de stress hydrique. Le désert avance, les cours d’eau s’assèchent, sans compter la pollution des nappes phréatiques. « On estime que la moitié des ressources en eau de la Chine est à un niveau très élevé de pollution, note Wang Canfa, directeur d’une ONG qui vient en aide aux victimes de la pollution. C’est un problème crucial. La croissance du pays est en péril ».


Reportage Stéphane Pambrun
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