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« Envoyer des micro-ordinateurs dans des villages d’Afrique où souvent il n’y a pas même d’électricité ? Je ne vois pas bien à quoi cela sert », s’interroge Patrick Lang, co-fondateur de l’association de recyclage Initiatives et Promotions. Cette remarque souligne les multiples questions que pose le reconditionnement de PC d’occasion pour les pays du Sud. De multiples écueils Premier problème : les sources d’approvisionnement. « Les grands groupes, certifiés ISO 14001, gèrent des politiques de reprise et de recyclage depuis des années. En revanche, pour les PME, économiquement il est moins coûteux de se débarrasser de ses vieux micro-ordinateurs que de les faire recycler. Quant aux particuliers, il est rare que les communes aient mis en place des collectes sélectives », détaille Sarah Martin, ingénieur à l’ADEME en charge du dossier des DEEE (déchets d’équipements électriques et électroniques). Selon Patrick Lang : « Dans les grandes entreprises, les parcs de machines anciennes sont systématiquement repris par les constructeurs. En revanche, dans les PME, le circuit de ‘déclassement’ fait qu’un micro-ordinateur transitera au fur et à mesure du temps du cadre vers son assistante, puis vers la standardiste, avant d’être stocké dans un coin ». Second point noir : assurer aux entreprises ou aux particuliers l’effacement intégral et irrémédiable des données enregistrées dans les micro-ordinateurs donnés. « Nous nous efforçons de reconditionner le PC dans son état d’origine, notamment en supprimant les données encore présentes puis nous installons des logiciels ‘libres’ ou Windows 98, dont nous disposons de licences gratuites grâce à Microsoft [voir l’encadré] », précise Marc Gallais-Hamonno, responsable du programme Internethon au sein de l’Afnet (Association francophone des utilisateurs du Net). Depuis 2000, année de la mise en place de son programme de récupération de machines obsolètes, l’Internethon a fourni 500 PC reconditionné à des organismes gouvernementaux ou non implantés en Afrique. Au plan économique, la collecte est assurée gratuitement grâce aux relais locaux d’organismes caritatifs. Le reconditionnement coûte ensuite entre 50 et 100 euros, refacturé selon les cas aux organismes bénéficiaires – l’association estimant que le recyclage d’un PC revient de 20 à 40 euros. « La difficulté est de trouver des partenaires de confiance, qui aient les moyens de prendre en charge le coût du reconditionnement et l’acheminement vers le pays destinataire. Si ces structures de confiance étaient plus nombreuses, nous pourrions transférer plus de PC vers les pays du Sud », insiste Marc Gallais-Hamonno. En Suisse, l’association à but non lucratif DeltaLink a mis sur pied la même organisation, assurant « le ramassage, l’identification, le tri, le reconditionnement, le stockage, l’emballage et l’expédition de matériel informatique usagé », puis leur exportaion vers des pays d’Afrique de l’Ouest. « L’ensemble de ces opérations est mené dans un esprit de ‘commerce équitable et solidaire’ (ni charité, ni exploitation), c’est-à-dire de manière à générer des emplois avec des salaires normaux (mais sans rétribution de capitaux) tant en Suisse que dans les pays destinataires », stipule l’association. Depuis 2001, DeltaLink a ainsi récupéré et recyclé plus de 3 000 PC et plus de 700 imprimantes, mais aussi 22 tonnes de matériels inexploitables mis au rebut. Des difficultés économiques placent cependant l’association dans une situation précaire, l’ayant obligée à licencier ses deux salariés et à ne plus recourir, pour le moment, qu’à des bénévoles. En question : les infrastructures locales L’Association béninoise des jeunes pour un développement endogène (AJEDE) pointe toutefois plusieurs limites à ces démarches. Au Bénin, seuls 30 % de la population sont alphabétisés. L’initiation à l’informatique n’est pas au programme des élèves et étudiants des établissements publics. Beaucoup de circonscriptions restent encore sans courant en dehors des grandes villes, idem pour le réseau téléphonique (sous tutelle étatique). Enfin, concernant les matériels reçus, l’association décrit une situation là encore médiocre : « la vétusté des ordinateurs (souvent des dons des ONG, ou des appareils d’occasion achetés en France) […] entraîne des pannes fréquentes, ces pannes peuvent aller de quelques minutes à cinq jours voire une semaine ». Les difficultés techniques sont multiples (accès aux serveurs, aux fichiers ou aux logiciels, manipulations erronées par des opératrices de saisie ignorantes de l’utilisation d’Internet). Dans le même ordre d’idées, Gilbert Cujean, fondateur de DeltaLink, égrène la litanie des problèmes rencontrés : « ‘produire’ à bon marché (nous sommes en Suisse…), vendre à distance depuis notre pays, faire face à une concurrence parfois déloyale et [traiter avec des organismes] dont la survie est hypothétique, du fait d’une carence chronique de liquidités financières »… Et, pour enfoncer le clou, ce responsable déplore qu’aucun constructeur informatique n’ait jamais donné de matériels, malgré les promesses formulées.
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