Recyclage des textiles : une taxe pour sauver la filière

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Publié le 20-11-2006

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Relais Atlantique
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Depuis le 17 novembre, le traitement des déchets textiles est taxé. Ce service, jusque-là gratuit, est très largement pris en charge par l'économie sociale, Emmaüs en tête. La baisse de qualité du textile collecté provoque une crise sérieuse dans la filière. L'adoption de la taxe Emmaüs qui sera versée par les producteurs et/ou importateurs de textiles d'habillement, de chaussures et de linge de maison à destination des ménages suffira-t-elle à inverser la donne ?

En France, chaque habitant se débarrasse, selon l’Ademe, de 17 kilos de textile par an dont 9 kilos de vêtements. Sur presque 600 000 tonnes d’habillement délaissées chaque année, seules 100 000 sont collectées à l’heure actuelle. Si 20 % de ces vêtements sont détruits, 80 % sont valorisés, 10 à 20 % sont réemployés en France (via des boutiques à prix modique), 30 à 40 % exportés, essentiellement en Afrique et 20 % deviennent des chiffons d’essuyage ou partent pour l’effilochage et la cartonnerie. Au regard d’autres filières de recyclage comme celle des emballages (86 kilos par an et par habitant), l’enjeu semble moindre. Mais l'atout de cette filière est qu’elle repose essentiellement sur des entreprises de l’économie sociale, qui ont bâti leur projet d’insertion par le travail (3 000 emplois créés) via cette activité. De plus, son impact environnemental est faible, puisqu’elle privilégie le réemploi.
Il serait possible de collecter 400 000 tonnes supplémentaires ce qui générerait 3 à 4 000 nouveaux emplois en insertion, selon le mouvement Emmaüs. Acteur majeur du secteur, il collecte à lui seul, à travers ses différentes structures (communautés, entreprises d’insertion telle le Relais fondé en 1984, et comités d’amis),  60 % des 100 000 tonnes rassemblées annuellement. 

La consommation "kleenex" en cause

Une crise sérieuse frappe ce secteur et hypothèque son éventuel développement. Il y a un an, Martin Hirsch, le président d’Emmaüs tirait la sonnette d’alarme pour demander de l’aide, sa filière étant menacée de disparition. 20 % des structures (privées ou d’insertion) ont fermé leurs portes ces trois dernières années, à cause de la baisse des revenus issus de la valorisation, liée à la mauvaise qualité des textiles. « Il y a quelques années", témoigne le responsable du Relais de Cambresis, dans le Nord, « nous avions entre 15 et 20 % de déchets, aujourd’hui, nous atteignons 30 %. Et là où 8 à 10 % des vêtements partaient dans nos boutiques de seconde main, seulement 5 à 6 % alimentent aujourd’hui ce circuit. Même l’exportation a chuté, de 50 % à 30 %. » Parallèlement les coûts d’incinération augmentent et les structures, économiquement étranglées, cherchent des solutions urgentes.
Les raisons de cette crise sont multiples. Tout d’abord, la qualité du textile a fortement décliné. La production "made in China", qui répond à des critères de rapidité, de volumes très importants et de prix très bas est en cause. Elle génère une consommation « kleenex » du vêtement, instaurée par des enseignes spécialisées au marketing efficace comme H&M ou Zara ou encore par la grande distribution qui propose des jeans à 7 euros ! Ces vêtements parviennent dans le circuit de seconde main en piteux état.
Autre effet induit par ce mode de consommation… de la mode : les vêtements d’occasion ont de plus en plus de mal à concurrencer le neuf tant les prix baissent, limitant les débouchés des boutiques comme Ding Fring (associées au Relais). Enfin, le comportement des citoyens, qui confondent parfois dons de vêtements et déchetterie, a aussi son impact dans l’appauvrissement de la filière. « Comme nous assumons cette tâche à la place de la collectivité », explique-t-on au relais «on récupère toutes sortes de choses. Cela a un coût, et il n’y a pas de raison que nous continuions à l’assumer tout seul. »

Les producteurs doivent financer la fin de vie de leurs produits

Le fondateur du Relais, Pierre Duponchel rappelait, il y a quelques mois que la filière de récupération textile est la seule qui n'a jamais rien coûté ni à la collectivité, ni au consommateur, ni au producteur. Cette situation ne pouvait plus durer. L’association Emmaüs a donc fait campagne pour que le principe de la responsabilité élargie du producteur s'applique aussi aux textiles. L’entreprise qui met sur le marché un produit qui, un jour, deviendra un déchet doit contribuer au financement de sa fin de vie. 
Le coût d’une tonne de vêtements collectée, triée, et valorisée est estimé à 100 euros par la profession. Le prix moyen d’une tonne incinérée est aussi de 100 euros. La question, posée par Emmaüs, est de savoir quelle solution privilégier : continuer à incinérer de plus en plus et faire « de la fumée à 100 euros la tonne » ou bien maintenir, sur une base de 100 euros la tonne, une filière et des emplois ?
En décidant, le 17 novembre 2006, de créer une "Taxe Emmaüs", l'Assemblée nationale a choisi la pérennisation. Refusée un an avant, cette taxe aura finalement été expliquée et proposée par un groupe de travail dirigé par le député UMP Jacques Pélissard. L'amendement voté prévoit "que les producteurs et/ou importateurs de textiles d'habillement, de chaussures et de linge de maison à destination des ménages "sont tenus de contribuer ou de pourvoir au recyclage et au traitement des déchets".
Selon les estimations d'Emmaüs, qui sera bénéficiaire, au côté d'une trentaine de structures, des revenus générés par cette taxe, ils pourraient s’élever à 10 millions d’euros (1 pour mille de la valeur d’un vêtement). Mais rien de précis n'est fixé pour l'instant, "Les conditions, comme les pénalités encourues ou les moyens de favoriser l'emploi d'insertion, seront fixées par décret." Seul élément connu : les producteurs/importateurs auront le choix entre mettre en place leur propre système de recyclage (en respectant un cahier des charges) ou contribuer financièrement à un organisme agréé. Dans son projet Emmaüs souhaitait lancer une éco-filière à part entière.

Si l’adoption de la taxe est une nouvelle de taille, elle ne permettra que de compenser le manque à gagner actuel à condition d’être mise en oeuvre rapidement. Toutes les négociations sur son montant et son mode d’application vont commencer et elles peuvent être longues. Il a fallu plusieurs années pour mettre en place la filière de recyclage des déchets électriques et la taxe, adoptée en août 2004, destinée aux industriels de l’agro-alimentaire pour financer des messages publicitaires nutritionnels diffusés dans les mêmes créneaux horaires que leurs publicités, n’est toujours pas en application.
En ce qui concerne le développement de la filière de recyclage textile, des pistes se dessinent : augmenter la recherche pour trouver de nouveaux circuits de valorisation (Emmaus produit, par exemple, des panneaux isolants), automatiser partiellement le tri, partager davantage avec les pays du Sud, travailler sur l’augmentation de la qualité à travers un label européen de qualité, mobiliser les citoyens sur un changement de comportement...les options sont nombreuses.

Sylvie Touboul
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