Lingettes : quel impact environnemental ?

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Publié le 30-03-2005

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Alors que les lingettes sont la cible de campagnes de nombreuses ONG environnementales, l'AFISE (Association française des industries de détergence, de l'entretien et des produits d'hygiène industrielle) vient de rendre public les résultats d'une analyse cycle de vie (ACV) comparant les impacts écologiques des lingettes avec ceux d'autres produits de nettoyage.

Dans la lettre accompagnant le dossier de presse sur les résultats de l’analyse du cycle de vie des lingettes, le président de l’AFISE, Max Coppolani n’hésite pas à faire un peu de provocation : « S’il fallait résumer ce dossier, je dirais que les lingettes font plutôt bon ménage avec l’environnement». En effet, selon l’AFISE, les lingettes ne représenteraient que 0,05 % de nos ordures ménagères, alors qu’elles permettraient d’économiser plus de 5 millions de m3 d’eau par an (soit l’équivalent de la consommation d’une ville de 100 000 habitants). Cette petite phrase risque toutefois de rester en travers de la gorge d’ONG comme le WWF France qui, dans sa newsletter « Du jetable au durable », affirme que les lingettes sont 16 fois plus chères et font 20 fois plus de déchets que le nettoyage traditionnel ! Pour donner ces chiffres, le WWF France s’appuie sur une étude menée par l’Observatoire bruxellois de la consommation durable, comparant l’entretien d’une maison de 100 m2 pendant un an soit avec un liquide nettoyant ménager soit avec des lingettes. Dans ce second cas de figure, on arrive à une consommation  record de 1530 lingettes représentant 23 kg de déchets pour un coût de 555,77 euros !
Cette hypothèse extrême ne correspond pas à la réalité du marché et aux habitudes de consommation. Selon l’AFISE, alors que les Français(es) sont de loin les plus gros utilisateurs Européens2(ils consomment 25 fois plus de lingettes que les Anglais et trois fois plus que les Espagnols ou les Italiens), seuls 4 foyers sur 10 utilisent des lingettes pour l’entretien de la maison, la consommation moyenne s’établissant à 7 lingettes par semaine.

Limiter le volume des déchets

Si la version lingette des écologistes ne semble pas vraiment réaliste, qu’en est-il de la version industrielle ? Si l’on en croit Nadia Boeglin de l’ADEME, qui a réalisé la revue critique de l’analyse du cycle de vie, conduite par Ecobilan - comparant trois solutions pour nettoyer les cuisines (lingettes petites surfaces, produit de nettoyage en spray et nettoyant ménager liquide en flacon) -  les conclusions sont mitigées : « Certains chiffres avancés par l’AFISE dans leur démonstration ne sont pas tirés directement de cette analyse. Ce sont des extrapolations. En fait cette étude démontre que chaque produit a des  points forts  et des points faibles. Aucun des produits ne peut être qualifié de meilleur pour l’environnement sur tous les indicateurs ». Les trois produits sont effectivement, sensiblement équivalents en ce qui concerne leur contribution au changement climatique, à l’acidification de l’air et à la toxicité humaine. En revanche, si les lingettes présentent bien un avantage en terme de consommation d’eau (3 fois moins que le liquide pur ou dilué) et d’eutrophisation, c'est-à-dire de dégradation de la qualité de l’eau , l’analyse confirme qu’elles génèrent 3 fois plus de déchets ménagers que le spray et 6 fois plus que le liquide. Il faut toutefois noter qu’après incinération, les quantités de résidus solides totaux générées par chacun des trois produits  sont très proches : le spray et le liquide en générant seulement 35 % de moins que les lingettes !
Devant de tels résultats, que peut-on conclure ? Selon Nadia Boeglin, c’est à chacun de choisir sa solution, tout en essayant d’optimiser l’utilisation des produits : « Par exemple, choisir plutôt un liquide concentré et le diluer dans l’eau froide, ou des sprays rechargeables… ou encore si l’on choisit les lingettes, en faire un usage modéré. En tout cas, pour l’ADEME, le message consistant à limiter l’usage de produits jetables reste valable : pour les lingettes, un facteur multiplicateur des déchets ménagers de 3 ou de 6 me semble suffisant pour justifier le dit message ». Même si elle  reconnaît que ce débat sur les produits jetables reste de l’ordre du symbole et de la pédagogie : « Nos déchets ménagers proviennent d’une telle multitude de produits que, ramené au niveau individuel, aucun produit n’en constitue une part significative. Même les 18 milliards de sacs de caisse ne représentent « que » 2 kg de déchets par personne, soit 0,5 % de notre production individuelle annuelle ».

Alain Chauveau
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