|
La France, qui dispose du plus grand parc d'incinérateurs de l'Union européenne, a longtemps occulté les impacts sanitaires et environnemenraux de l'incinération, mode de traitement des déchets qu'elle privilégie avec la mise en décharge - 47% des déchets sont mis en décharge et 35% sont incinérés, le recyclage n'est que de 16%, avec une récupération énergétique de 5%-. Pourtant, la combustion des déchets présente une certain nombre de risques au plan sanitaire, pour les riverains et les animaux, ainsi qu'au plan environnemental. Les émissions de dioxine, notamment, sont particulièrement nocives. Elles sont rejetées dans l'air, mais également dans les sols, où la dioxine s'accumule et touche ensuite la végétation, puis les animaux dont la nourriture provient des sols. La question de la dioxine, traitée au début des années 90 par le Dannemark et les Pays Bas, n'a été mentionnée en France qu'à partir de 1997 par les pouvoirs publics dans un texte réglementaire. C'est ensuite une directive européenne de 2000 qui a fixé les normes concernant les rejets de dioxine, applicables en décembre 2005 à toutes les installations. Dans les années 90, de nombreuses plaintes seront déposées sur l'ensemble du territoire, engendrant des fermetures d'usines d'incinération pour non conformité. En 2003, Roselyne Bachelot, alors ministre de l'écologie, avait demandé au Comité de Prévention et de Précaution (CPP) de rendre son avis sur une étude menée sur les riverains d'une usine située à Besançon, émettant un lien entre les émissions de dioxine et des cas de cancers chez les riverains. Pour le CPP, qui a rendu ses conclusions à la presse le le 27 janvier dernier, " il n'existe pas d'argument solide permettant de conclure à un risque accru de cancer pour les personnes qui résident à proximité d'une usine d'incinération ". Mais, prudent, le comité souligne que les données sur les rejets polluants sont peu nombreuses et qu'il faut poursuivre les recherches avant de tirer des conclusions définitives. " L'impact actuel et futur de l'incinération semble maîtrisé, mais il reste des incertitudes à lever, explique son président, Alain Grimfeld. Il nous semble indispensable de mettre en place des dispositifs de surveillance sanitaire ". Polémiques entre experts De fait, si le CPP fait preuve de scepticisme sur les risques de cancer, il reconnaît que tous les risques n'ont pas été identifiés à l'heure actuelle. Pour Phillippe Hubert, membre du CPP et de la direction des risques chroniques à l'INERIS, la question du risque sur la santé et l'environnement est loin d'être réglée. " Il est certain que les études menées manquent de crédibilité, a-t-il reconnu lors de la conférence. Toutes les analyses concluent à un risque, mais à des degrés très différents. Pour certains experts, le risque sanitaire est très important, au point d'exiger la fermeture des incinérateurs, et pour d'autres, il est moindre. Le niveau de risque continue à nourrir les polémiques entre experts, il faut que nous parvenions à faire des protocoles plus fiables. Mais si la surveillance de l'air et des sols est plutôt simple, celle du suivi des individus sur une population donnée est plus complexe ". La polémique entre scientifiques a du reste pris une tournure plus " politique " depuis que des médecins ont été sanctionnés par le Conseil de l'ordre pour avoir signalé des cas de cancers, liés selon eux aux incinérateurs. Le CPP affirme " ne pas vouloir s'en mêler ", et " condamne l'attitude qui, au nom d'affaires comme l'amiante, consisterait à systématiser le doute " et à " décrédibiliser le principe de précaution ". Il n'en reste pas moins que si les collectivités locales veulent continuer à privilégier l'incinération, il leur faudra désormais associer les populations riveraines, de plus en plus méfiantes à l'égard de tels projets qualifiés de " NIMBY "( Not in my back yard , " pas dans mon jardin "). Le CPP estime à cet égard que " dans de nombreux cas, le plan de gestion des déchets des collectivités locales n'est pas clairement présenté au public, ce qui empêche les associations d'avoir une vison globale de la question. De leur propre aveu, ces associations se retrouvent presque " condamnées " à lutter contre un projet ", faute d'information suffisante.
|