Déchets incinérés : une énergie renouvelable ?

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Publié le 07-10-2009

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Et si l'incinération des déchets permettait à la France d'atteindre son objectif de 23 % d'énergie renouvelable en 2020 ? C'est ce que propose le syndicat du traitement des déchets (SVDU), qui y voit une importante source d'énergie. Une hérésie pourtant, selon les associations écologistes.

Les déchets constituent une ressource et on ne les valorise pas. C’est en substance ce que dénonce Luc Valaize, le président du SVDU*. Ce syndicat qui regroupe 87% des opérateurs de l’incinération des déchets ménagers français repart donc en campagne pour promouvoir l’incinération des déchets comme source d’énergie renouvelable. De fait, la législation européenne la reconnaît comme telle depuis 2001 mais à 50% seulement, compte tenu du fait que seule la moitié des déchets ménagers sont issus de ressources renouvelables et fournissent de la biomasse. En s’appuyant sur cette directive, le SVDU estime donc qu’en améliorant l’efficacité énergétique des usines françaises, l’incinération des déchets pourrait fournir à l’Hexagone les 10% d’énergies renouvelables supplémentaires qui lui manquent pour atteindre l’objectif de 23% en 2020 fixé par l’Union européenne.

Pour cela, le SVDU qui a décidé depuis le début de l’année de « lutter contre tous les préjugés » en multipliant les études sur les sujets controversés, vient de publier les résultats d’une enquête pour faire le point sur la production et la vente d’énergie par les usines d’incinération d’ordures ménagères (UIOM). Et le résultat est mitigé. Aujourd’hui, 13 millions de tonnes de déchets sont incinérées en France mais seules 11 millions permettent de produire de l’énergie. Ce qui représente 704 000 tonnes équivalent pétrole, qui fournissent à 76% de l’énergie thermique.

Avec 128 usines, le parc d’incinérateurs français est le plus important d’Europe, mais il est aussi l’un des moins efficaces. Surtout, il est inégalement performant: 72% des usines représentant 63% du tonnage ont un rendement énergétique inférieur à la moyenne nationale, soit 0,064 tep/t. Les meilleurs, elles, produisent en moyenne 0,118 tep/t. « Il y a un rapport de 1 à 10 entre les plus mauvaises et les meilleures usines », affirme ainsi Luc Valaize. Si, dans une version « optimiste » on remettait l’ensemble du parc aux normes des plus efficaces, la production d’énergie pourrait donc être doublée, s’emballe le SVDU.

« Contraire aux réalités scientifiques »

L’idée n’est pas nouvelle. Elle est régulièrement mise en avant depuis des années maintenant et portée au niveau européen par le lobby actif du syndicat européen des constructeurs d’incinération (ESWET). Mais du côté des associations écologistes comme le WWF, Greenpeace ou le Centre national d’information indépendante des déchets (Cniid), le concept a du mal à passer. « Le SVDU veut donner une image vertueuse à l’incinération mais, même si la législation l’autorise, considérer l’incinération comme une source d’énergie renouvelable est contraire aux réalités scientifiques », dénonce le directeur du Cniid, Sébastien Lapeyre. D’une part, l’incinération génère des gaz à effet de serre, qui représentent l’équivalent en carbone de 2,3 millions de voitures selon le Cniid (L’ONG milite d’ailleurs pour que l’incinération soit assujettie à la taxe carbone). D’autre part, comme les déchets organiques sont fortement chargés en eau, la dépense d’énergie pour l’évaporer dans le four de l’incinérateur peut être très importante. Et se fait parfois en ayant recours à du pétrole ou du gaz injecté par des brûleurs d’appoint…

 « L’incinération des déchets, loin d’être un moyen de lutter contre le réchauffement climatique, au contraire y contribue activement », conclut ainsi Serge Orru, le président du WWF dans une tribune intitulée « l’opposition aux incinérateurs de déchets et aux décharges est-elle dogmatique ? ». D’autant plus qu’en « favorisant l’incinération, on délaisse d’autres formes de traitement des déchets comme la méthanisation et les vraies énergies renouvelables comme la géothermie », déplore Sébastien Lapeyre. De plus, le problème sanitaire des incinérateurs, même récents, reste présent. L’Institut national de veille sanitaire estime ainsi qu’il faudra 10 à 20 ans pour savoir s’il existe un risque de cancer avec les nouvelles générations d’usines.

Dans ce débat se cache également une question économique. Aujourd’hui l’électricité fournie par les incinérateurs rapporte en moyenne 18€ par tonne de déchets aux collectivités locales, ce qui équivaut actuellement à 198 millions d’euros par an et pourrait aller jusqu’à 513 millions d’euros dans le cas du scénario énergétique optimiste du SVDU. Mais pour qu’il puisse se réaliser, le syndicat souhaite des tarifs de rachat encore plus élevés ou une exonération de la TGAP, la taxe générale sur les activités polluantes, instaurée cette année et qui renchérit la tonne incinérée de 1,5 à 7 euros (puis 14 euros à partir de 2013). Pousser la valorisation énergétique des déchets fournirait ainsi des arguments de poids pour obtenir satisfaction. Dès aujourd’hui, des dégrèvements de TGAP s’élevant jusqu’à 50% peuvent d’ailleurs être obtenus pour les incinérateurs ayant des performances énergétiques élevées…


*SVDU : syndicat national du traitement et de la valorisation des déchets urbains et assimilés.

Béatrice Héraud
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