Burkina : recycler le plastique pour protéger l'environnement

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Publié le 15-04-2005

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Donner une deuxième vie au plastique usagé, c'est le pari que ce sont fixées deux associations burkinabès : Pengdwendé (APW) et l'Association pour l'innovation et la recherche technologique appropriée en environnement (AIRTAE). Leur objectif est écologique puisqu'il s'agit de débarrasser le Burkina Faso des déchets plastiques qui représentent une menace pour l'environnement. Mais l'initiative a aussi une dimension socio-économique, car l'AIRTAE offre une formation aux femmes pour qu'elles puissent recycler la matière polluante afin d'en faire des objets utilitaires de longue durée.

«J’ai eu l’initiative de recycler du plastique en faisant des recherches sur la gestion des déchets, surtout des sachets noirs. Je me disais qu’il fallait le recycler en objets durables Pour que cela soit faisable, il était indispensable de trouver comment mélanger les différents plastiques. J’ai trouvé un système qui a été breveté et permet au plastique de remplacer le bois ou le ciment » explique Philippe Yoda, coordinateur de l’AIRTAE et président de l’Association des inventeurs du Burkina. Le secret de fabrication est réservé aux collaborateurs de son réseau, qui, une fois formés, le diffuseront à leur tour. Une façon de ne pas laisser « les grands industriels » profiter de sa découverte, tout en recentrant sa trouvaille sur le développement communautaire.

Les propriétés du plastique

L’inventeur explique avoir été « l’un des premiers » à exposer ses créations en plastique recyclé au Sénégal, où il n’y avait « principalement que des tricotages (articles tricotés avec de la « fibre » plastique, ndlr). Il a commencé à former des femmes burkinabès à l’art de façonner le plastique en 2003. « C’était à Saaba, une ville à 10 km environ de Ouagadougou. Cette initiative a été menée grâce au ministère de l’Environnement et plus précisément du Secrétaire permanent de la Convention nationale du développement durable, et de l’association, belge Wallonie-Bruxelles », poursuit l’inventeur.
Le destin, fortement aidé par l’association belge Autre Terre, l’a rapproché de l’APW, et de sa présidente Georgette Koala. C’est elle qui lui a envoyé les femmes à former. Elles ont appris à connaître le plastique, à le collecter, le trier, le laver, à identifier quel plastique était utilisable pour fabriquer tel ou tel objet et comment se protéger des émanations.

Equipements protecteurs

Les futurs produits seront des animaux tricotés, sacs, tables basses, des pots de fleurs, des bancs, des tabourets... ou encore des bordures de jardin, des carreaux ou des pavés. « L’avantage des pavés en plastique, c’est que, contrairement au ciment, ils n’emmagasinent pas la chaleur pour la libérer une fois la nuit tombée. Par ailleurs, ils ne s’abîment pas et sont bien moins chers que d'autres types de pavés », souligne Philippe Yoda.
"Autre terre" donne des indemnités journalières de 1 500 francs CFA aux femmes (2,30 euros). L’association belge permet aussi aux « étudiantes » de travailler le plastique dans des conditions sécurisées. « Elle nous fournit des blouses, des bottes et des gants. Elle a offert des masques et j’ai créé une cheminée qui capte les gaz. Ainsi, les gens sont protégés, tout comme la couche d’ozone », souligne Philippe Yoda. « Les femmes seront également vaccinées contre le tétanos, car elles sont exposées à la maladie en fouillant dans les poubelles pour trouver le plastique » ajoute Georgette Koala.

Passer de l'artisanat à l'industrie

Les femmes, qui ont suivi les sessions de formation, pourront non seulement exercer l'activité de recyclage du plastique mais aussi former d’autres femmes dans le pays et ailleurs. Une priorité pour l’APW et de l’AIRTAE. « Nous avons misé sur les femmes, car elles sont les premières touchées par la pauvreté et ont beaucoup plus de problèmes que les hommes », estime Georgette Koala. La formation doit jouer un rôle d'insertion pour d'autres catégories souvent en difficulté, comme les sourds muets.
L’APW et l’AIRTAE ne comptent pas arrêter leurs projets là. Le duo espère recevoir une aide financière du gouvernement, séduit par l’initiative, pour emménager dans le centre de Ouagadougou équipés en électricité et eau potable. Le groupe, qui fonctionne artisanalement, a aussi pour ambition de mettre en place, d’ici 2008, des usines de transformations du plastique.

Habibou Bangré (Afrik.com)
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