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La technique du « bois raméal fragmenté » (BRF) correspond au broyage des rameaux, brindilles et branches de faible diamètre, entre 1 et 6 cm, et gorgés de substances nutritives. Ces résidus, encore verts, contiennent une grande variété de protéines et de sucres, de l'amidon, des minéraux et des microfibres de cellulose et de lignine. Epandus sur le sol, ces petits bouts de bois, longs de 5 à 10 cm, forment une couche fertile, propice à un cortège d'organismes vivants – insectes et champignons notamment, qui accélèrent la décomposition des débris végétaux et enrichissent l'humus. Un processus de régénération naturelle que le « maître à penser » des BRF, le Québécois de l'Université de Laval Gilles Lémieux dénomme « aggradation ». Par opposition à l'appauvrissement et la dégradation des sols entrainés par l'agriculture intensive. Nourrir l'écosystème
Expérimentée depuis 1978, l'aptitude d'un tapis de tiges broyées à restaurer la fertilité du sol, donc son rendement agricole, a fait l'objet de nombreux essais sur tous les continents : Ukraine, Belgique, Canada, Sénégal, République Dominicaine... Un comparatif fait au Congo, dans une plantation d'Eucalyptus, a montré 7 ans plus tard un rendement de 146 m3/hectare sur la parcelle recouverte de BRF, contre 84 m3/ha pour la parcelle sans BRF et 127 m3/ha sur celle où les résidus ont été brûlés. Un autre, fait en France sur des vignes situées dans trois zones géographiques distinctes, a constaté qu'une épaisseur de 3 cm de BRF stimule la croissance des racines des jeunes plants et protège le sol de la canicule. Outre l'amélioration du sol, les autres avantages du BRF concernent la baisse de la pollution (en réduisant les intrants), l'économie d'eau et le stockage du carbone. Le colloque sur « les rémanents en forestrie et en agriculture », organisé à Lyon, les 1 et 2 février 2007, a dégagé les contours et les besoins de cette filière émergente, en regroupant plus de 230 participants. Des agriculteurs, agronomes, écologues, jardiniers ou gestionnaire d'espaces verts, venus de 11 pays différents, tous praticiens et chercheurs de cette technique jusqu'ici volontiers cantonnée aux agriculteurs bios. « Le principal enseignement des discussions est que les arbres de nos forêts ne suffiront pas à fournir les volumes de BRF réclamés par les usagers, de l'ordre de 100 m3 à l'hectare et par cm. Les gisements devront être trouvés ailleurs et s'approvisionner dans les villes, les arbres en bord de route, les haies, les vignobles, les vergers », pointe Benoit Dodelin, l'un des coordinateurs des actes du colloque (publiés en décembre 2007) et fondateur de l'association Bois Mort Agriculture et Forêt (BMAF). Selon le spécialiste, l'une des solutions de gestion des BRF consisterait à penser les parcelles agricoles avec des haies composées de taillis ou d'arbres feuillus pouvant être coupés très régulièrement. « Tous les trois ans à peu près. » Ce BRF serait ensuite utilisé sur place, dans les jardins ou les champs, de manière à minimiser les couts de transports. Une biomasse de proximité ?
Un m3 de bois génère environ un quart de tonne équivalent pétrole (TEP). Chaque année, la taille des arbres de l'agglomération lyonnaise produit 100 000 m3 de branches. Le potentiel atteint les 4,7 millions de m3 dans les forêts de la seule région Rhône-Alpes. La récolte de 70 % de ces gisements potentiels, surabondants, créérait ou consoliderait 2 500 emplois ruraux. Sa mise en place entre toutefois en concurrence avec les besoins du bois-énergie, dont l'usage en chaufferie va croissant. D'autant qu'il ne faut pas mettre en péril l'équilibre écologique forestier. Désormais, comme l'a dit l'un des participants au colloque, la ressource « branchages » des villes, qu'elle provienne de la coupe ou de l'élagage, n'est plus un déchet vert mais « un véritable coproduit », valorisable par les collectivités locales entre 50 et 80 euros la tonne, sous forme de compost. Faute d'être structurée, la demande de BRF reste inégale et dépasse largement son offre. La création de la BMAF marque cette ambition « raisonnée ». « Ses objectifs sont de soutenir l'organisation, à grande échelle, des filières de production et de distribution des BRF, mais aussi de faciliter le dialogue avec les pouvoirs publics, ainsi que coordonner les efforts scientifiques nécessaires à l'entière compréhension des mécanismes biochimiques expliquant l'effet des BRF » résume Benoit Dodelin, l'un des animateurs de ce réseau national, annoncé en décembre 2007. Premier chantier : une étude socio-économique sur le coût global du BRF, comparé à celui du paillage ou du compost.
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