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Allemagne : Les industriels contraints de financer le ramassage et le recyclage des déchets électroniques

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Publié le 05-04-2006

Décharge de déchets électroniques en Asie
Décharge de déchets électroniques en Asie

Le temps où le consommateur pouvait jeter sans mauvaise conscience ses déchets électroniques aux ordures est fini : une loi entrée en vigueur en Allemagne depuis le 24 mars obligent les consommateurs à mettre leurs déchets électroniques à part, les communes à les collecter et les fabricants d'outils électroniques à payer pour le ramassage et recyclage des déchets. De plus, à partir de juillet, certains produits toxiques seront interdits dans la fabrication des objets électroniques. Les organisations environnementales saluent les nouvelles lois, mais Greenpeace invite à rester vigilant et a mené une campagne sur la question des déchets électroniques.

Depuis le 24 mars, les ménages d’outre-Rhin peuvent déposer gratuitement leurs vielles radios, portables, imprimantes ou tout autre matériel électronique qu’ils jugent obsolète dans les containers municipaux de leur ville, à charge pour les industriels de l’électronique de les ramasser et recycler. De plus, il sera interdit à partir de juillet prochain d’utiliser le cadmium, le plomb ainsi que des retardateurs de flamme bromés dans la fabrication des objets électroniques. Avec la mise en application de cette nouvelle loi, le "Elektro- und Elektronikgerätegesetz" ou "ElektroG", le gouvernement allemand a transposé deux directives européennes visant à augmenter le nombre de composants recyclables dans la composition des outils électroniques.

Tous les industriels de l’électronique doivent s’inscrire sur un registre, le Elektro-Altgeräte-Register. Ce registre a pour but de s’assurer que chaque industriel se charge du ramassage et du recyclage des déchets électroniques dans les communes, le nombre variant en fonction de leur part de marché. D’après l'Union de l’industrie électronique et électrotechnique (ZVEI), ce sont 100 000 containers qui chaque année devront être ramassés. Un logo, qui montre une poubelle marquée d’une croix, indiquera au consommateur qu’il s’agira d’un objet non triable dans les déchets domestiques courants. Les consommateurs allemands produisent chaque année 1,8 millions de tonnes de déchets électroniques; entre 10 et 30% seulement sont jusqu’à présent recyclés.

Les enjeux économiques des déchets électroniques

D’après les représentants de la branche, la loi sur le recyclage des déchets électroniques entraîne un coût pour les industriels qui s’élève entre 350 et 500 millions d’euros par an – un coût qui, disent-ils, se répercutera sur les consommateurs. La branche prévoit ainsi huit euros supplémentaires pour l’achat d’une machine à laver, dix pour un téléviseur, quinze pour un réfrigérateur.

De l'autre côté, les entreprises spécialisées dans le recyclage des déchets électroniques ont un intérêt économique évident à recycler certaines matières qui ont une durée de vie bien plus longue que les outils électroniques. "Les déchets deviendront les ressources de demain," prévoit Helge Wendenburg, du ministère de l’Environnement. Car il s’agit de récupérer des matières comme du platine, de l’or ou de l’argent, mais également du cuivre ou de l’aluminium – et de faire en sorte que l’industrie construise des produits plus faciles à recycler.

Selon la presse spécialisée allemande, des constructeurs comme Siemens seraient déjà à l’œuvre pour préparer des objets selon les critères de l' "Ecodesign", à savoir des produits faciles à démonter et à recycler. Or, il s’agit maintenant de faire appel à la fibre écologique du consommateur car le lancement du téléphone portable "écologique" de Motorola, dont on pouvait séparer les différents éléments en quelques secondes s’est soldé par un grand flop commercial.

De fait, la balle est dans le camp des consommateurs. Aucune sanction n’est en effet prévue contre un consommateur réticent qui jetterait ses déchets électroniques dans des containers prévus à d’autres effets. Le pire qui puisse arriver est que les sociétés de ramassage des déchets refusent de vider les poubelles pour  cause de tri sélectif insuffisant.

Quand les déchets occidentaux atterrissent en Asie

A l’occasion de la CeBIT, le plus grand salon international de l’électronique qui se tient chaque année à Hanovre, 30 militants de Greenpeace ont érigé un robot électronique haut de cinq mètres, composé uniquement de déchets électroniques collectés sur les décharges d’Inde et de Chine. Sur les écrans vidéo ont défilé des images de ces décharges, dévoilant au public la précarité des conditions de travail sur place.

"Le recyclage des matières toxiques est un grand problème. Tout particulièrement quand les déchets électroniques atterrissent, souvent de manière illégale, en Chine ou en Inde. Là, les composants électroniques sont démontés à la main, sans protection. Des produits comme le PVC des câbles sont brûlés à ciel ouvert afin de récupérer le cuivre. Les ouvriers respirent les fumées toxiques – ils n’ont pas de masque – et la matière brûlée est jetée dans la nature," observe Ulrike Kallee, responsable des questions chimiques de Greenpeace-Allemagne.

Le robot électronique fait partie d’une série de campagnes de l'ONG pour sensibiliser l’opinion publique à la question des déchets électroniques. Et l’organisation environnementale de mettre en avant les différents succès de ses campagnes : un des géants de la "high-tech", Hewlett-Packard, s’est ainsi engagé à renoncer aux retardateurs de flamme bromés et au PVC d’ici 2007 sur l’ensemble de ses produits. D’autres, les "bad guys", ne cèdent toujours pas. Il s’agit entre autre, d’après Greenpeace de : Acer, Apple, Dell, Fujitsu-Siemens, IBM, Lenovo, Panasonic, Siemens et Toshiba.

En Allemagne, Greenpeace juge la loi sur le recyclage des déchets électroniques et l’interdiction de matières toxiques bonne mais insuffisante. Si des produits toxiques seront interdits, il reste que l’usage du PVC ainsi que certains retardateurs de flamme bromés restent autorisés. "Nous saluons le fait que les fabricants aient été contraints de prendre leurs responsabilités, tout comme de voir l’usage de matières toxiques diminuer, mais les mesures sont de loin insuffisantes. Les fabricants doivent pouvoir offrir des produits non toxiques, utilisables sur le long terme, simples à recycler et non pas qui empoisonnent les gens dans les arrière-cours asiatiques," conclue Ulrike Kallee.

Claire Stam
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