A Montpellier, les riverains contestent la méthanisation à grande échelle

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Publié le 28-09-2007

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Alors que les déchets restent une question sensible au sein du Grenelle de l'environnement, le projet de Vinci à Montpellier crée la polémique. Le groupe y construit actuellement un centre de tri automatique et de méthanisation des ordures ménagères pour traiter 203 000 tonnes par an. Les riverains s'inquiètent, en dépit des précautions prises sur ordre du préfet, et s'estiment en danger.

Dans le langage courant «usine à gaz » évoque le type même du système hasardeux et compliqué. Les riverains de l'unité de méthanisation en construction sur la Zone artisanale de Garosud, à Montpellier, ont dû potasser sérieusement leur physique et chimie pour comprendre de quoi il retournait. Peut-être est-ce ce qui les rend si exigeants vis à vis de cette établissement qu'ils voient sortir de terre avec anxiété.  Personne ne conteste la méthanisation en soi..On n'imagine plus laisser fuir le méthane des ordures, puissant gaz à effet des serre, sans le capter. Le méthane se forme en milieu fermé, pauvre en oxygène, par la décomposition de fragments animaux et végétaux. Au centre des décharges, où les restes organiques se mêlent aux résidus inertes, le processus dure des décennies; et le gaz s'en élève en pure perte, ou du moins s'élevait, car les pays riches, de nos jours,  installent des tuyaux pour le récupérer; le plus souvent, hélas, pour le brûler dans des torchères. On retire ainsi des décharges, tous les ans, 105 millions de tonnes «d'équivalent CO2" estime l'IPCC(International Panel on Climate Change), Comité International sur le Changement de Climat.
Reste que ce "biogaz" d'ordures ménagères, surtout composé de méthane, recèle de l'énergie inemployée. Depuis le premier choc pétrolier, on pense à la production de biogaz à partir de déchets domestiques avec, comme résidu, un compost destiné à enrichir les sols. Les petits projets écologistes des années 70, conçus pour les pays pauvres, ont laissé place aux usines suisses automatisées qui traitent, chaque année, 15 000 à 25000 tonnes de déchets organiques purs : restes de cuisine, tontes de pelouses, tailles de haies etc. Partisans comme opposants de l'unité contestée de Montpellier citent en exemple ces réalisations, et l'on construit à Garosud huit réacteurs suisses Kompogaz. La controverse se situe ailleurs.

Un projet "absurde"

François Vasquez, de l'Association des Riverains de Garosud, candidat de Cap 21 aux récentes législatives, trouve cette usine "absurde" pour plusieurs raisons. Sa taille, pour commencer : il s'agit selon lui, de la plus grosse en France. L'agglomération de Montpellier regroupe 400 000 habitants. Les réacteurs devraient traiter, après séparation du tout-venant des ordures ménagères, 100 000 tonnes de déchets organiques ou biodéchets, y compris les cartons souillés et haillons de textiles naturels. Le centre de valorisation organique (CVO) en construction à Lille Séquedin affiche la même capacité : 100 000 t. pour plus d'un million d'habitants. Encore le COV de Séquedin, situé au bord d'un canal, sera-t-il alimenté par voie d'eau. Les habitants de Garosud craignent, eux, de voir passer des camions d'ordures ménagères, voire de résidus industriels, des confins du département. Un «tourisme des déchets » qui irait, disent-ils, à l'encontre de textes votés au Parlement Européen. Les villages de Fabrègues et Castries, pressentis pour enfouir les déchets ultimes, arguent également de leurs sols calcaires poreux et contestent le projet.

Risques toxicologiques

Deuxième inquiétude, la situation de l'usine à 50 m de la première maison et 200 m d'un lotissement, entre exploitations agricoles, zone commerciale et artisanale, grande surface de vêtements et villas. Il suffirait d'une sonnerie de portable, pour provoquer le chaos. Les grosses unités de méthanisation en Espagne (Ecoparques, Valorga) se trouvent, expliquent les opposants montpelliérains, à 2 km du premier habitant. En outre, le tri des ordures y est soumis à surveillance humaine, par mesure de sécurité.  Plus encore que l'accident, les voisins de l'usine redoutent les émanations d'hydrogène sulfureux. Ce gaz nauséabond au quotidien, typique des décompositions, devient en effet inodore à forte concentration. Il tue alors rapidement - « en deux respirations » selon Vasquez. Le 13 novembre 2005, à Rhareistedt en Allemagne, il a fait quatre morts, dont le directeur de l'usine de méthanisation (10 000 tonnes), venu voir ce qui se passait et qui n'a rien senti.

Pour l'Observatoire des déchets de l'agglomération de Montpellier, association d'experts, ingénieurs et universitaires, qui s'interdit de sortir d'un avis technique, les risques se multiplient, devenant moins maîtrisables, avec la taille de l'usine, le nombre de réacteurs et la proximité de la zone habitée. Pendant l'enquête publique, en 2006, plutôt que de sexprimer officiellement, l'Observatoire a préféré écrire une lettre confidentielle au préfet. Par la suite, celui ci a imposé dans son arrêté trois mesures qui ont surpris : présence sur le site de personnel 24h sur 24, obligation pour la direction d'organiser des secours depuis l'usine en cas d'accident, et interdiction de traiter des déchets extérieurs à l'agglomération. Si tout ce se passe comme prévu, à l'été 2008, trois sortes de déchets se traiteront dans l'usine dans le strist isolement, explique Nicole Stamm, élue (Verts) de l'agglomération : en premier lieu, des bio-déchets des nombreux restaurants de la ville, des cuisines collectives et de celles des Montpelliérains qui recevront des sacs d'une couleur particulière pour les y déposer (cette collecte séparée n'a pas commencé). Deuxièmement des biodéchets de meilleure qualité encore, sélectionnés parmi les premiers,  puisque l'on comprendra, avec l'usage, quelle provenance fournit  "les plus nobles". biodéchets. De ces deux lignes de transformation, après diverses étapes de tri, sortira en trois semaines du biogaz transformé en électricité, GDF refusant les gaz à composition variable, et deux composts respectivement de bonne et haute qualité.

La troisième ligne traitera les «poubelles grises» d'ordures ménagères en vrac, ce qui enrage les opposants, persuadés que l'on pousse les citoyens à jeter n'importe quoi. Triées, comme les biodéchets, par une série de tambours aux perforations de plus en plus petites, et débarrassées, par aimantation, des métaux ferreux, ces ordures séjourneront ensuite dans le « BRS », un procédé inventé par Vinci, qui ne souhaite pas donner de détail sur son fonctionnement. Tous les déchets y resteront plusieurs jours, en sorte d'amorcer la méthanisation et opérer un dernier tri automatique, avant d'entrer dans les réacteurs, explique Novergie (groupe Suez) chargé d'exploiter l'usine pour dix ans. La seule crainte de Nicole Stamm est que des miettes de verre ne bloquent la machinerie. Mais les opposants se demandent à quel moment les petits objets de métaux lourds, piles de montre, par exemple, se trouveront évacués du circuit. Ils craignent qu'ils ne contaminent la matière en BRS, et estiment, d'avance, que le compost ne trouvera pas preneur. Cependant, pour Novergie, pas de doute, ce compost répondra aux normes et se vendra.

Selon qui a raison, le volume de déchets ultimes à stocker en décharge à la sortie de l'usine peut varier de beaucoup. A Fabrègues en particulier, le projet rencontre des résistances, car le site choisi se trouve au dessus de la nappe phréatique qui prolonge l'étang de Thau. Sujet d'autant plus délicat, que les parcs à moules et à huitres abondent dans cette vaste pièce d'eau alimentée par une source en profondeur.

Marie-Paule Nougaret
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