USA : États et municipalités s'attaquent au réchauffement climatique

Planète \Environnement \Réchauffement climatique

Publié le 28-07-2005

Partagez : Partager

Devant l'apathie de l'administration Bush en matière de la lutte contre le réchauffement climatique, les instances législatives, étatiques et municipales américaines commencent à développer des politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

« Le bien-être de la planète est un sujet important pour les Etats-Unis; et c’est une préoccupation qui devrait être importante pour toutes les nations  […]. Nous reconnaissons notre responsabilité [en matière de changement climatique] et nous l’adresserons chez nous, dans notre hémisphère et dans le monde entier, » annonçait le Président Georges Bush, en 2001. Que le principal contributeur mondial d'émissions de gaz à effet de serre ( 25% des émissions planétaires pour 5% de sa population), admette sa responsabilité, aurait pu être réjouissant si cela n'avait pas constitué le préambule du discours présidentiel annonçant le refus des USA de ratifier le protocole de Kyoto.

Depuis cette décision, l’apathie de l’administration Bush en terme de lutte contre le réchauffement planétaire est évidente. Le plan d’action contre le changement climatique, proposé en 2002, s'appuie sur des distinctions sémantiques pour transformer en baisse de 18%, en 10 ans, de l’intensité d’émissions produites par les entreprises une augmentation réelle des émissions de GES de 18%, entre 1990 et 2012. En fait, ce plan d’action entérine une politique de « laisser faire » de l’économie qui voit naturellement baisser son intensité d’émissions grâce à l’augmentation du poids global du secteur des services au détriment de celui de l’industrie. Le seul aspect réellement positif de la politique fédérale des quatre dernières années a été une spectaculaire augmentation des fonds destinés à la recherche et, dans une moindre mesure, de généreux avantages fiscaux octroyés pour certains investissement environnementaux comme l‘énergie solaire ou éolienne et la subvention des véhicules hydrides.

Des divergences législatives croissantes  

L’inaction de la Maison Blanche commence toutefois à susciter des dissensions dans les deux chambres américaines. Lors des dernières discussions sur le budget, le congrès a ainsi montré sa volonté d’augmenter les dépenses publiques sur le financement de recherches scientifiques et technologiques concernant le réchauffement climatique, tout en modifiant certaines des orientations de ces recherches. Ce désaccord sur la stratégie à adopter pour réduire les émissions de GES, se concentre essentiellement sur le rôle à venir de l’énergie nucléaire. Le congrès a ainsi augmenté de 25% les crédits de recherche pour cette forme d’énergie, alors que le budget alloué aux énergies renouvelables et à l’économie d’énergie baissait respectivement de 8,2 et 3,9%. « Le support croissant du Congrès pour une action accrue sur le changement climatique et l’attrait politique que représente les subventions devraient contribuer à augmenter l’isolement de l’administration dans le nouveau consensus américain sur le changement climatique, » analyse Thomas L. Brewer du Centre for European Policy Studies.

Le fossé qui sépare la position de l’administration Bush de celle du Sénat est encore plus profond. Publié fin juin 2005, la proposition de loi de l’énergie, adoptée par le Sénat, prévoit ainsi d’ambitieux objectifs de lutte contre les émissions de GES, si l’on se place dans le contexte américain. L’Energie Bill 85-12 propose notamment d’imposer aux sociétés de distribution d’électricité d’acheter au minimum 10% de leurs besoins en énergies renouvelables à l’horizon 2020, d’imposer des quotas de production d’éthanol ou d’accélérer la recherche et l’installation de centrales au « charbon propre ». Bien qu’imparfaite et contenant des clauses électoralistes, comme les quotas de production d’éthanol qui profiteront essentiellement aux agriculteurs du Middle West, cette proposition marque la volonté du Sénat d’engager les Etats-Unis dans une stratégie énergétique durable. Cet intéressant plan de route législatif souffre toutefois de l’absence d’objectifs de réduction des émissions de GES, et sera, très certainement, substantiellement modifié lors des discussions avec le Congrès. Il est donc douteux qu’il dote l’administration fédérale d’une politique suffisamment volontariste pour faire face aux enjeux du réchauffement planétaire.

Les Etats et les municipalités prennent le relais

En l’absence d’un politique fédérale forte, de nombreux États ont commencé à s’attaquer aux différentes problématiques du changement climatique. La nature et les objectifs de ces initiatives varient toutefois grandement. Neufs États de Nord-Est et de la côte atlantique collaborent ainsi sur un programme commun de quotas d’émissions de GES des centrales électriques, alors que les États de Washington, d’Oregon et de Californie coopèrent sur une stratégie commune de réduction globale de leurs émissions de GES. D’autre part, 18 États disposent désormais d’objectifs de développement des énergies renouvelables plus ou moins ambitieux, allant d’une fourniture de 2,2 à 30% de leurs besoins électriques.

Bien que la disparité des initiatives contribue à renforcer le sentiment que les Etats-Unis ne disposent pas de réelle stratégie en matière de changement climatique, elles ne doivent pas pour autant être mésestimées. Deux lois californiennes, qui recueillent l’adhésion d’un nombre croissant d’États, pourraient avoir un impact majeur sur la réduction des émissions de GES aux USA. La loi sur les standards d’émissions des véhicules prévoit ainsi une baisse progressive des niveaux tolérés à partir de 2009. « Ce projet permettrait une baisse de 17% des émissions de GES des véhicules légers à l’horizon 2020 et de 25% en 2030» décrypte Chuck Shulock du California Air resources Board. Certes le niveau de ces réductions est encore insuffisant mais leur effet est loin d’être négligeable alors que le secteur des transports compte pour 27% des émissions américaines. De plus l’adoption de lois similaires dans d’autres États pourrait contraindre les constructeurs automobiles à généraliser ce type de véhicules à l’ensemble du pays dans un souci d’économies d’échelle. L’autre initiative importante concerne les économies d’énergies avec la promulguation d'une législation limitant la consommation électrique de certains appareils électroménagers, comme les frigidaires ou les climatiseurs.

Mais la politique la plus active émane des principales communes américaines. Le 13 juin 2005, les 1183 membres de la confédération américaine des maires ont adopté, à l’unanimité, un accord aligné sur les objectifs du protocole de Kyoto. Ils s’engagent ainsi à réduire, en 2012, leurs émissions de GES de 7% par rapport au référentiel de 1990. Une grande première dans l'organisation politique américaine bi-partisane et un signe fort sur le fait que le réchauffement climatique devient une préoccupation majeure des Américains.  

P.M.Coupry
© 2005 Novethic - Tous droits réservés
Partagez : Partager

Sommaire du dossier

Rendez-vous sur Facebook Suivez-nous sur Twitter Rendez-vous sur Facebook Rendez-vous sur Facebook
Le Centre de Recherche
ISR
» A propos de l'ISR
» Les études ISR
» Le Label ISR Novethic
» La liste des fonds ISR
» L'Essentiel de l'ISR
RSE
» A propos de la RSE
» Les études RSE
» Repères RSE
Conférences
» Les débats thématiques
» Le colloque annuel
English
» Studies and Events
Outils
» Formations développement    durable
» Bibliographie
» Glossaire
Presse
http://www.novethic.fr/novethic/upload/misc/offre_stage_colloque.pdf