Bolivia Inti

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Une ONG refuse de compenser les émissions de CO2 du Dakar

L'ONG Bolivia Inti, spécialisée dans la diffusion des fours solaires en Amérique latine, a refusé 100000 € des organisateurs du Dakar pour compenser leurs émissions de CO2. Le marché de la compensation volontaire, en quête de structuration, voit sa demande exploser depuis deux ans.

La compensation du Dakar ne passera pas par moi. Ce slogan aurait pu être repris par l’ONG Bolivia Inti – Sud soleil qui travaille avec des partenaires latino-américains à la diffusion de fours solaires dans des populations en situation de « famine énergétique ». Début 2009, ASO, la société organisatrice de la course a proposé, via un intermédiaire argentin, de compenser ses émissions de CO2, en apportant 100 000 € sur trois ans à l’ONG. Une somme rondelette que l’association a pourtant refusée : « dans une société où il faut travailler sur une plus grande sobriété énergétique, le Dakar relève plutôt de la gabegie », explique Vincent Dulong, le directeur de Bolivia Inti.

Du Protocole de Kyoto aux fours solaires

Cette affaire alimente la polémique autour de la pertinence des dispositifs de compensation volontaire afin de participer à la lutte contre le changement climatique. Le principe, initié par le Protocole de Kyoto, consiste à créer un système d’échange de crédits d’émission des gaz à effet de serre contre finances. En dehors des secteurs réglementés par des quotas (Etats, industries polluantes...), la compensation volontaire concerne les entreprises et les particuliers qui décident de réduire leur impact environnemental par l’achat de crédits d’émission.
Les Nations unies encadrent les plus gros projets (50000 tonnes équivalent CO2 – TéqCO2 – évitées par an en moyenne) à travers les mécanismes de développement propre (MDP) destinés à financer des projets d’énergie propre dans les pays du sud, et de mise en œuvre conjointe (MOC) qui concerne les projets dans les pays industrialisés. Mais nombres de petits projets du type de Bolivia Inti intéressent aussi les entreprises car ils ajoutent une dimension humaine à l’impact environnemental et sont plus faciles à valoriser en termes d’image.
Trop petits (moins de 5000 TéqCO2 évitées par an) pour accéder au dispositif onusien, ces projets forment un marché qui met plus de temps à se structurer :
La valorisation en équivalent CO2 d’un projet favorisant les énergies renouvelables ou la reforestation demande de l’expertise, le prix de la tonne de CO2 est très variable selon le compensateur (de 1 à 200 € selon un document du gouvernement français) et l’engagement de réduction des émissions à la source qui doit accompagner la compensation n’est pas contraignant.

Un marché en forte croissance

De l’impact réel de la compensation à un simple outil de greenwashing pour les entreprises de pays industrialisés, les débats restent vivaces. Encore faut-il que le réchauffement climatique en laisse le temps. Le marché de la compensation volontaire se développe de manière exponentielle au niveau mondial : de 13 millions TéqCO2 en 2006 à 43 millions TéqCO2 en 2007, soit 225 millions € versée principalement par des entreprises. Le nombre de compensateurs (les intermédiaires entre porteurs de projets et entreprises) a quasiment triplé en deux ans pour dépasser le chiffre de 80. Une petite dizaine d’opérateurs sont français. Principalement des entreprises qui ajoutent à l’offre de compensation, des prestations de conseil et des ONG comme Action Carbone ou le Geres.

Label, charte et transparence

Une demi-douzaine de labels ont émergé depuis trois ans. En Europe, les plus en vue sont le Voluntary carbon standard (VCS) initié par des entreprises britanniques et une ONG et le Voluntary gold standard (VGS) créé par une cinquantaine d’ONG dont le WWF. Bolivia Inti vise le label VGS. « Derrière la logique du label, il faut décrypter le langage onusien. C’est d’autant plus difficile que nous sommes une petite équipe », estime Vincent Dulong. Il est surtout inquiet de voir des projets comme ceux de Bolivia Inti noyés par des actions de plus grande ampleur et donc plus « rentables » : « je défends l’idée qu’un micro ou même un nano projet est utile car les populations qui en bénéficient voient leur vie complètement changer. ».
Selon Benoît Leguet*, de la Mission climat de la Caisse des dépôts et consignation, « il y aura toujours une demande pour des petits projets innovants, pour ne pas dire sexy pour les entreprises. Seulement, il faut trouver le bon équilibre entre le contrôle-qualité de ces projets et le coût de la transaction [de compensation, ndla]. » Le coût de la certification pourrait être rédhibitoire. Le label VGS imagine d’ailleurs un système à moindres frais avec un contrôle par échantillonnage.
L’éthique des entreprises reste aussi un sujet de débat car elle ne fait pas l’objet de labellisation : payer pour compenser ses émissions n’est pas éthiquement identique à réduire ses propres émissions. En France, l’Ademe a produit une charte en 2008 qui précise que « la compensation est à développer postérieurement ou conjointement à la mise en œuvre de solutions alternatives ou d’efforts de réduction des émissions. » Un « premier pas » pour éviter le greenwashing, note Vincent Dulong, qui insiste toutefois pour que l’on développe la sensibilisation en France. Plutôt que de labelliser une démarche, la transparence des informations fournies pas les entreprises sur leurs réductions serait plus efficace, selon Benoît Leguet : « éthique ou pas, les entreprises compensent et réduisent car cela est rentable en termes de part de marché ou de fidélisation de clientèle. Il est essentiel qu’elles disent ce qu’elles font et sur quel périmètre de leur activité plutôt que d’afficher une « neutralité carbone » qui ne veut rien dire. »

*Benoît Leguet et Valentin Bellassen ont publié "Comprendre la compensation carbone" en novembre 2008 aux éditions Pearson

Philippe Chibani-Jacquot
Mis en ligne le : 09/03/2009
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